Les relations entre la France et la Russie (3 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda
Titre : Le Triomphe du Tsar Alexandre Ier ou la Paix.
Auteur : Louis Léopold BOILLY (1761-1845)
Dimensions : Hauteur 35 cm - Largeur 64 cm
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 92-002073-02 / inv20116
© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Titre : Portrait d'Alexandre Ier, tsar de Russie.
Auteur : François GERARD (1770-1837)
Date de création : 1814
Dimensions : Hauteur 244 cm - Largeur 164 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Malmaison (Rueil-Malmaison) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-050477 / MM.59.4.1
Le double vainqueur de Napoléon.
Le choc des empires français et russe entre 1805 et 1815 transforme profondément l’Europe. Victorieux par deux fois de Napoléon en 1814 et 1815, le tsar Alexandre Ier (1777-1801-1825) cherche à établir de nouvelles relations internationales basées sur un pacte fraternel et une assistance mutuelle entre les grands souverains européens qui deviendra la Sainte-Alliance.
La tentative d’hégémonie de la France en Europe échoue définitivement, mais le pays, redevenu royaume Bourbon, est redevable au tsar de rapidement recouvrer son rang de principale puissance européenne.
Alexandre entre la première fois dans Paris à la tête des troupes alliées par la porte Saint-Martin le 31 mars 1814. Les Parisiens, à l’exemple des peintres Boilly et Gérard, s’enthousiasment rapidement pour les Russes et son tsar.
Boilly réalise alors une œuvre de circonstance, le Triomphe d’Alexandre, en copiant un dessin du peintre Prud’hon de 1801: le Triomphe de Bonaparte (Musée Condé, Chantilly). Quant à Gérard, portraitiste de l’ancienne cour impériale au talent recherché par toute l’Europe, il peint dès 1814 certains des principaux vainqueurs de Napoléon. Il aurait le même jour reçu dans son atelier, pour des séances de pose, Alexandre, le roi de Prusse et Louis XVIII. Gérard a déjà représenté sous l’Empire Alexandre en costume impérial (tableau non localisé), mais le tsar lui commande cette fois-ci son effigie au milieu d’un paysage sommaire, en grand uniforme (Ermitage, Saint-Pétersbourg, dont une répétition est ici présentée) et en uniforme simple (Ermitage).
Un tsar pacificateur.
Boilly peint une représentation à l’antique et allégorique d’Alexandre porté par un quadrige. Il est conduit en triomphe par la Victoire ailée et accompagnée de la Paix à la porte d’une ville ou devant un arc triomphal. Des putti introduisent le cortège en dansant et en portant une branche d’olivier en guise d’étendard alors que les muses entourent son char. Sur celui-ci est représenté un combat mené par un cavalier, qui renvoie aux évènements guerriers passés. Parmi la foule à l’arrière plan, des jeunes filles dansent, une femme admire le héros à son passage et deux personnes semblent deviser sur ses hauts-faits.
Gérard créé lui un portrait de l’empereur en pied d’une grande simplicité. Alexandre a alors 37 ans, une silhouette élégante, une chevelure blonde et frisée avec un front dégarni. Il est peint debout et de face, la tête tournée de trois quarts vers sa droite, dans un paysage sans trace réelle de présence humaine. Il porte l’uniforme vert et blanc de maréchal en chef russe. Il tient ses gants blancs et le pommeau de son épée dans sa main gauche et son bicorne à plume dans celle de droite. Sa poitrine est décorée du ruban et de la plaque de l’ordre russe de Saint-André, des croix de l’ordre russe de Saint-Georges, de la médaille russe commémorant la campagne de 1812, de l’ordre autrichien de Marie-Thérèse, de la Croix de fer prussienne et, plus bas, de l’Épée de Suède.
De nouveaux rapports franco-russes.
Le dessin de Prud’hon représentant le Triomphe de Bonaparte que Boilly reprend ici fut exposé au Salon du Louvre en 1801 et fêtait le retour à la paix consécutive à la signature du traité de Lunéville avec l’Autriche (9 février 1801). Il devait être gravé en grand mais la reprise des hostilités rendit sans doute rapidement le sujet obsolète et il ne servit qu’à illustrer sous forme réduite l’ouvrage du Danois Bruun Neergaard Sur la situation des Beaux-Arts en France (1801). En 1814, Boilly achève en quelque sorte le projet de Prud’hon en peignant à la manière d’une gravure le nouvel héros fêté pour avoir définitivement mit fin aux guerres de la Révolution et de l’Empire. Pour tout changement, il peint une figure plus grande d’Alexandre dans le même uniforme représenté par Gérard et qui est sans doute celui que portait le tsar à son entrée à Paris en 1814.
Les deux représentations d’Alexandre peintes par Gérard en 1814 frappent pas leur dépouillement qui leur donne un caractère universelle et renvoient l’image d’un souverain à la vertueuse simplicité qui porte son regard au loin comme pour commander à l’avenir.
Alexandre tente alors de peser de tout son poids dans l’établissement d’un nouvel équilibre européen sans mettre la France au ban des nations, malgré le retournement politique du pays durant l’épisode des Cent Jours. Il cherche à imposer une révolution diplomatique par de nouvelles règles internationales basées sur des principes chrétiens (allant jusqu’à proposer un désarmement), mais qui, interprétés de manière très conservatrice (par le diplomate autrichien Metternich notamment), aboutissent à une alliance réactionnaire et répressive des monarchies absolutistes.
Mais de 1815 à 1818, la conduite modérée des troupes russes de l’armée d’occupation de la France modifie sensiblement l’image du Russe auprès des Français qui avaient été effrayés en 1814 par l’arrivée sur le territoire national de cosaques réputés sauvages. Les Russes, comme les Anglais, sont alors reconnus moins violents et brutaux que les Autrichiens et les Prussiens.
Fort de ses victoires sur Napoléon, mais déçu de ses résultats diplomatiques, Alexandre mène après 1815 une vie de plus en plus mystique et une politique autoritaire par crainte de l’émergence d’idées révolutionnaires dans son pays. Sa mort brutale en 1825 est suivie en décembre, à Saint-Pétersbourg (alors capitale russe), de la révolte avortée dite ultérieurement des Décembristes, du nom donné aux officiers qui l’ont menée et dont certains avaient pu comparer la situation de leur pays avec ceux de l’Europe occidentale durant les récents conflits qui les avaient portés jusqu’à Paris.
Si les relations entre la Russie et la France restent distantes au cours des décennies suivantes, les deux pays opèrent toutefois un rapprochement stratégique à la fin du siècle pour contrer les empires centraux d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie, rapprochement qui aboutit à la signature de l’alliance franco-russe en 1892.
Auteur : Guillaume NICOUD