les grandes phases de la révolution (57 oeuvres)
Quelques grandes figures de la Révolution (13 oeuvres)
© Musée de la Révolution Française, Vizille
Titre : Les derniers Montagnards.
Auteur : Charles RONOT (1820-1895)
Date de création : 1882
Date représentée : 17 juin 1795
Dimensions : Hauteur 290 cm - Largeur 200 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée historique de la Révolution française, Vizille (Vizille) ; site web
Contact copyright : Joëlle Palacios, Musée de la Révolution française, BP 1753 -38220 Vizille, Tél : 04.76.68.07.35 / Fax : 04.76.68.08.53
Référence de l'image : Réf. 000PE031077 / Inv. 882.1
Exacerbée par la crise sociale, la famine et le chômage, exaltée par la répression et la persécution menées contre les militants sectionnaires à la suite des journées de germinal an III, une foule de femmes et d’hommes envahit la salle de la Convention le 1er prairial an III (20 mai 1795) et réclame « du pain et la Constitution de 1793 » jamais appliquée. Quelques députés de la « Crête », la minorité montagnarde, appuient et organisent les revendications des insurgés. Mais Boissy d’Anglas alors président de la Convention résiste passivement aux injonctions et refuse de signer les décrets que les députés montagnards lui présentent. Finalement, la Convention est délivrée dans la nuit par la garde nationale, et les insurgés se retirent sur des promesses qui ne seront jamais tenues. Quelques jours plus tard la répression judiciaire se met en place, et six des députés montagnards ayant participé à l’insurrection sont condamnés à mort. Ces derniers se poignardent au sortir du tribunal : Romme, Goujon et Duquesnoy tombent morts, Bourbotte, Duroy et Soubrany seront achevés par la guillotine. Ce sont les « martyrs de prairial » ici représentés par Ronot presque un siècle plus tard.
Les six Montagnards sont plus grands que nature dans cette composition imposante de plus de 3 mètres de haut et 2 mètres de large. Ronot fait de Goujon le héros principal de la scène. Dans le livret du Salon de 1882 où est présenté le tableau, il s’appuie sur une citation de l’Histoire de la Révolution de Thiers : Romme « transmit le couteau à Goujon, qui d’une main assurée se porta le coup mortel ». En raison de la lumière qui éclaire ses habits colorés et de son geste dramatique, Goujon, le seul à regarder devant lui, est en effet le personnage principal de la composition et donc du moment historique mis en image par l’artiste. Romme, dont Thiers nous rappelle qu’il s’était frappé le premier et « craignant de se manquer, se frappe plusieurs fois au cœur, au cou, au visage », et gît ensanglanté au bas des marches du tribunal, dos aux spectateurs dont le regard est ensuite conduit vers les deux conventionnels qui, dans une attitude de grande fraternité, fixent admirativement Goujon. Derrière lui, un cinquième condamné répète son geste et sa posture. Enfin, un dernier personnage masqué par la pénombre regarde l’ensemble de la scène, l’index droit pointé vers le ciel en un geste prophétique.
Les événements révolutionnaires suscitent un intérêt grandissant dans les années qui précèdent la commémoration du premier centenaire de la Révolution française. Ainsi, malgré une critique très hostile, cette peinture fut-elle acquise par l’Etat et placée en dépôt à Bourg-en-Bresse, la ville natale de Goujon. Une incertitude subsiste toutefois sur l’identité des conventionnels placés derrière Romme, Goujon et Bourbotte, tous trois situés dans la partie gauche du tableau et facilement identifiables. Philippe Bordes penche pour une progression chronologique : Duquesnoy, Soubrany et Duroy – du plus jeune au plus vieux –, tandis que A. Ehrard propose Soubrany, Duroy et Duquesnoy, se fondant sur des critères vestimentaires et sur les origines sociales des trois conventionnels.
Auteur : Pascal DUPUY