Les auberges de jeunesse

Date de publication : mai 2019

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Contexte historique

Les auberges de jeunesses

Cette affiche, créée en mars 1945 par M. Lassalle pour le Mouvement Uni des Auberges de Jeunesse (MUAJ), est conservée aux Archives nationales dans le cadre du PAJEP (Pôle de conservation des archives des associations de jeunesse et d'éducation populaire).

La domination de deux personnages à la dimension démesurée, le graphisme simplifié, les traits stylisés font penser à l’esthétique du réalisme socialiste alors promue par le Parti communiste. Rien d’étonnant puisque le parti est, en 1945, le premier parti de France et attire bon nombre d’adhérents et de mouvements de jeunesse, dont le MUAJ.

Le premier organisme d’auberges de jeunesse en France, la Ligue Française des Auberges de Jeunesse (LFAJ), est créé en 1929 sous l’égide du démocrate-chrétien Marc Sangnier. La religiosité de ce dernier amène les socialistes à créer le Centre Laïc des Auberges de Jeunesse (CLAJ), qui est à son apogée en 1936, quand les congés payés sont mis en place par le Front populaire. L’union des auberges se réalise pendant la guerre avec la création d’un organisme chargé de la gestion des auberges, les Auberges Françaises de la Jeunesse, et d’un mouvement de jeunesse, Les Camarades de la route (CDR) : l’idéologie ajiste se construit. En zone sud, les auberges servent souvent de refuge aux réfractaires du STO alors qu’en zone nord, le CLAJ devient un organe de collaboration très actif.

À la fin de la guerre, les auberges de jeunesse semblent concrétiser le rêve ancien d’une action commune au service de la jeunesse et de l’éducation populaire. Dès 1944, est créée l’Union Française des Auberges de Jeunesse (UFAJ) et le MUAJ, qui regroupe tous les usagers des auberges. Mais la création de l’Organisation Centrale des Camps et Auberges de la Jeunesse (OCCAJ) par des militants catholiques provoque la dissolution du MUAJ qui s’intègre au mouvement de jeunesse communiste, Forces Unies des Jeunesses Patriotiques (FUJP). Le rêve d’unité est déjà rompu et ne sera jamais définitivement acquis, en raison de polémiques incessantes.

Analyse des images

Vers l’égalité des sexes

Deux jeunes ajistes, couleur de terre, portant sacs à dos, shorts et godillots se tiennent par la main, cheveux au vent, sous un ciel d’azur. Ils s’éloignent de l’usine, dessinée en gris, symbole de la morosité de leur vie quotidienne, pour aller d’un pas décidé « au-devant de la vie », « par les monts et par les plaines »,  une fleur à leurs pieds, symbole de la nature bienfaisante. Les ajistes, qu’ils soient intellectuels, paysans ou ouvriers comme ici, partagent  tous le même idéal. Les jeunes, réticents à l’idée d’adopter un uniforme ajiste, portent ici le costume type du randonneur. Fidèle à l’esprit ajiste, rien ne distingue la jeune ajiste de son « camarade ». Elle a laissé de côté sa coquetterie, la robe et les chaussures à talons, comme le jeune homme a abandonné son costume, sa cravate, sa valise.

On est loin de la morale étriquée qui vouait la jeune fille à son destin d’épouse et de mère. Ces jeunes découvrent les loisirs, la nature, l’activité sportive, la franche camaraderie, la mixité. Dans leur marche vigoureuse, ils bousculent les mentalités, mais remarquons que la jeune fille, heureuse de s’émanciper, doit se déguiser en garçon pour accéder à l’égalité des sexes.

Interprétation

Auberges de jeunesse et réflexion innovante

Les auberges de jeunesse ont joué un rôle majeur dans l’élaboration de la politique des loisirs et la naissance de l’éducation populaire. Elles favorisèrent une réflexion innovante pour instaurer des activités de plein air, la pratique du sport, la découverte de la nature, de la mer, de la montagne et du ski, mais aussi la mixité, l’égalité entre filles et garçons, l’accès à la culture pour tous, l’internationalisme, la laïcité, la fraternité par-delà les idéologies nationales, confessionnelles ou politiques.

Le rêve d’une unité d’action des auberges de jeunesse aura été impossible à réaliser, bien qu’il animât leurs responsables depuis 1929. Toutefois, l’ajisme aura contribué à dessiner le paysage de la France d’aujourd’hui : ses militants sont à l’origine d’une pléthore d’organismes comme Peuple et Culture, les Maisons des Jeunes et de la Culture, Tourisme et Travail, Le TNP, Jeunesse et Montagne et même le Club Med et la FNAC… 

Bibliographie

Joffre Dumazedier. Vers une civilisation des loisirs. Editions du Seuil.1962

Georges Lefranc. Juin 36. Julliard 1966

Jean-Pierre Chabrol. L’embellie. Plon. 1968

Lucette Heller-Goldenberg. Thèse d’Etat. Histoire des Auberges de Jeunesse en France des origines à la Libération (1929-1945). Université de Nice. 1985

Pour citer cet article
Lucette Heller-Goldenberg, « Les auberges de jeunesse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21 mai 2019. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/auberges-jeunesse
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