Le baiser de la libération | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Le baiser de la libération

Date de publication : juin 2014

Agrégée d'histoire, doctorante à l'Université Paris I

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Contexte historique

Un G.I. photographe dans la campagne de libération

Le débarquement allié en Normandie marque le début de la libération de la France, qui s’échelonne du 6 juin 1944 au 8 mai 1945. Photographes indépendants ou travaillant pour une agence ou un organe de presse, correspondants de guerre et services photographiques des armées réalisent des images qui documentent ces instants.

L’organisation de la production des images était peu contrôlée, mais les photographies réalisées devaient être visées par la censure des armées pour pouvoir être publiées. Le G.I. Tony Vaccaro fait partie de la 83e division d’infanterie des troupes du général Patton. Il débarque en France fin juin avec son appareil photo autour du cou. Dès lors, il ne cessera de capturer des images de la guerre tout en redoublant d’ingéniosité pour pallier les défaillances technique et le manque de produits, pellicules, et papier.

Il participe à la campagne de libération et couvre toutes les opérations militaires menées par sa division. Appelé à intervenir à Saint-Briac-sur-Mer dans le cadre de la libération de la Bretagne, le jeune soldat enregistre ces instants dont il est un des acteurs.

 

Analyse des images

Le baiser au libérateur

Le photographe et G.I. s’attache à témoigner de l’allégresse qui parcourt la fête improvisée par les villageois pour marquer la libération de Saint-Briac. Devant la poste du village, les jeunes femmes forment une farandole et sourient à l’objectif. Elles encerclent ainsi le soldat américain qui, au premier plan, embrasse sur les joues une petite fille. Le soldat a autour du cou un foulard que portait la jeune Noëlle. « La petite fille avait un foulard sur les yeux et les autres tournaient autour d’elle. Au moment où elle allait toucher quelqu’un, sa main rencontra le soldat Gene Constanzo. Quand je vis la scène, je courus vers eux […] J’ai pris le cliché juste au moment du troisième baiser. Si il [sic] n’y avait eu que deux baisers, j’aurais tout raté. Mais en Bretagne ils s’embrassent toujours trois fois. »

Pourtant, le mouchoir soigneusement étalé sous les genoux de la petite Noëlle laisse penser que la scène n’est pas un véritable instantané. Symbole d’innocence et de pureté, la fillette semble incarner la gratitude qu’éprouvent les villageois. Lui aussi agenouillé, le G.I. se prête à l’exercice et tient la jeune Noëlle à deux mains. Son uniforme vient contraster avec la fraîcheur des robes d’été de la petite fille et des jeunes femmes. L’image se focalise ainsi sur la reconnaissance manifestée au libérateur et sur la liesse qui succéda au départ des Allemands et à l’entrée des chars américains.

Interprétation

La construction d’un symbole de la Libération

« Quand j’ai pris cette image, je savais déjà que je détenais une photographie exceptionnelle : l’amour des hommes les uns pour les autres dans le monde entier… », commente plus tard Tony Vaccaro, devenu un photographe renommé. Bien que postérieurs, tout comme le titre qu’il donne à son cliché, « Le baiser de la libération », ses propos traduisent sa conscience d’assister à un moment historique et son souci de faire de son image un symbole des scènes de fête et de fraternisation qui ont pu avoir lieu à la Libération, tout en suggérant l’espoir et l’attente des populations avant l’arrivée des Alliés.

D’une certaine manière, le soldat dont la photographie n’était qu’une activité secondaire sur le terrain a construit ici une véritable icône. Topos des scènes de libération, ce cliché doit sa force au contraste entre le soldat, représentant de l’Amérique et des Alliés, et la petite fille et les jeunes femmes, allégorie de la France libérée. Acteur de la Libération, en première ligne car simple soldat de 1re classe, le G.I. photographe livre ainsi une image empreinte d’une approche documentaire qui a fonction de témoignage mais privilégie aussi l’émotion.

Bibliographie

ABDELOUAHAB Farid, L’Année de la liberté : juin 1944-juin 1945, Paris, Acropole, 2004.AZEMA Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine, T.14.De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Seuil, 2002 [1973].DELPORTE Christian, MARECHAL Denis (dir.), Les médias et la Libération en Europe, 1945-2005, Paris, L’Harmattan, 2005.Tony Vaccaro, Photographies 1944-1945, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, Rennes, 2010

Pour citer cet article
Anaïs GUILPIN, « Le baiser de la libération », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 06 décembre 2019. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/baiser-liberation
Commentaires
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Anne Guillet le 07/09/2019 à 10:09:08
Bonjour, Permettez-moi d'apporter un éclairage local à votre analyse de l'œuvre. "Pourtant, le mouchoir soigneusement étalé sous les genoux de la petite Noëlle laisse penser que la scène n’est pas un véritable instantané." Ceci me semble une erreur d'interprétation. J'ai une cinqantaine d'années et j'ai grandi en Bretagne. Je connais bien cette "danse du mouchoir" qui faisait partie de tous les bals de mariage et de toutes les fêtes de villages de mon enfance. La personne qui danse à l'intérieur de la ronde est munie d'un mouchoir. Selon les occasions, elle a les yeux bandés ou pas. Après avoir exécuté quelques pas de danse de son choix, cette personne s'approche de la ronde. La première personne qu'elle touche, volontairement ou non, doit venir la rejoindre au centre du cercle. Le mouchoir est étalé sur le sol et les deux danseurs s'y agenouillent et échangent des baisers. Ensuite, si le premier danseur avait les yeux bandés, il enlève le bandage - effet de bonne ou mauvaise surprise lorsqu'il découvre son partenaire ! - et le met sur les yeux du deuxième danseur qui a son tour va danser au centre de la ronde. Le premier danseur rejoint le cercle. Et ainsi de suite... Quand le danseur du centre n'avait pas les yeux bandés, cette danse permettait aux plus timides de déclarer indirectement leur flamme ! J'espère que ce commentaire vous aura été utile. Bien cordialement
 Guarding the French beaches. Weston HAYNES ( - ) : 1944 Musée national de la Coopération Franco-américaine Le « D Day »