• Le chant de la Libération (le chant des Partisans)
    Le chant de la Libération (le chant des Partisans) René LEFEBVRE (1914 - 1975)  Musée de l'Armée 1944

    LEFEBVRE René (1914 - 1975)

  • Le chant de la Libération (le chant des Partisans)
    Le chant de la Libération (le chant des Partisans)

    LEFEBVRE René (1914 - 1975)

Le Chant des partisans

Date de publication : avril 2016

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Contexte historique

L’image d’un chant

Réalisé en 1944 par René Lefebvre, ce dessin illustre le célèbre Chant de la libération (Le Chant des partisans). Il est donc postérieur à ce dernier, dont la musique, signée Anna Marly, date de 1941 et les paroles, signées Joseph Kessel et Maurice Druon, de mai 1943. C’est surtout la date d’impression et de diffusion de cette image (été 1944) qu’il convient de bien préciser pour mieux saisir son contexte.

Un contexte où la Résistance sort de la confidentialité et de la clandestinité pour devenir une réelle coalition politique (des communistes aux gaullistes) qui bataille aux côtés des Alliés, mais aussi par rapport à eux pour reconstruire un pouvoir autonome dans une France en voie de libération depuis le Débarquement. C’est bien dans cette perspective qu’il convient d’appréhender l’enjeu de la diffusion, de plus en plus massive, du chant à partir de cette période, ainsi que celle de l’image qui l’accompagne désormais.

En effet, avant de devenir, au fil du temps, le véritable hymne de la Résistance française, Le Chant des partisans n’est d’abord connu que pour son air, choisi comme « indicatif musical » de l’émission Honneur et patrie réalisée par la France libre et diffusée sur la BBC depuis mai 1943. La mélodie est écoutée et interprétée clandestinement dans les milieux de la Résistance, où elle est sifflée entre partisans et devient même un signe de ralliement et de reconnaissance dans les réseaux et les maquis. Ce n’est en revanche qu’à partir de 1944 que les paroles et ce dessin se font véritablement connaître de plus en plus largement, cette fois au-delà des seuls cercles de résistants, qui sont d’ailleurs toujours plus nombreux.

Si plusieurs dessins ont illustré ce chant, celui-ci est l’un des premiers connus. Dès le printemps 1944, il figure sur la pochette de certains disques et, plus généralement, sur la première de couverture de la partition (c’est le cas pour l’exemplaire ici étudié). Il est parfois également diffusé avec le texte seul (en feuillet ou livret), ou encore sous la forme de simples tracts ou affiches. Moins célèbre que le chant lui-même, ce dessin devient cependant familier, ancrant dans les consciences et les représentations une certaine image de la Résistance, à la fois avant et après la fin de la guerre.

Analyse des images

Une allégorie de la liberté et de la libération

René Lefebvre est un illustrateur français. Connu pour ses affiches de cinéma et de publicité, il travaille aussi régulièrement avec le monde parisien du spectacle (cabarets, théâtres) et de la musique (illustrations de pochettes de disques) dans les années 1940 et 1950.

Cette illustration a vraisemblablement été éditée après la libération de Paris, en août 1944. En effet, les Éditions Raoul Breton (éditions musicales et générales) étant situées dans la capitale (texte du bandeau en bas du document), elles n’auraient pu la publier et la diffuser librement sous l’Occupation.

L’illustration, à l’encre rouge sur fond blanc et assez stylisée, représente un village français « typique » (le clocher surmonté du coq, quelques maisons et des arbres) entravé dans de lourdes chaînes (épaisseur du trait), tandis que de noirs (rouges ici) corbeaux volent dans son ciel. La Statue de la liberté, vue en contre-plongée, se dresse au-dessus du village et semble animée d’une certaine force, capable déjà de briser quelques liens de la servitude (à droite).

En plus du dessin et de la signature de son auteur, au centre de l’image, la couverture de la partition comporte du texte de même couleur que l’illustration. Il rappelle d’abord, à droite, les noms de la compositrice et des paroliers. En bas à gauche, une citation du journaliste écrivain Quentin Reynold, datée de janvier 1944, décrit le destin, la nature et l’essence de ce chant : « C’est le chant de la liberté, le chant des partisans français… C’est le chant d’un peuple qui veut être libre… C’est le chant des hommes qui ne veulent pas être esclaves… C’est : “LA NOUVELLE MARSEILLAISE”… »

Interprétation

« La nouvelle Marseillaise »

Le dessin et le texte qui l’accompagne sont naturellement didactiques et pensés pour être directement compréhensibles. Il s’agit de figurer l’oppression nazie et de lui opposer un mouvement de libération qui s’apparente à une nouvelle révolution (référence à La Marseillaise), c’est-à-dire à une renaissance de la France en tant que telle, dans son essence, comme République, comme pays des lumières et patrie la liberté. Une liberté ici personnifiée dans la figure à la fois glorieuse, au sens presque religieux, et imposante de la célèbre statue, qui évoque en tout cas le mouvement puissant (brisant les chaînes les plus lourdes) et l’avènement inéluctable d’une sorte de principe idéal et immortel (haut dans le ciel des idées morales).

Certains éléments font directement référence au texte de la chanson, et notamment au premier couplet qui s’ouvre sur les deux strophes : « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines / Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne. » Les corbeaux disent ainsi l’ombre et le mauvais augure nazie qui rôde, noirs de menaces et d’humiliations. Les chaînes évoquent quant à elles l’« esclavage » et la privation de liberté. Le village symbolise enfin métonymiquement (et assez traditionnellement) la France dans son ensemble, écho aux « plaines » de la chanson, ou encore aux « campagnes » de La Marseillaise.

Presque étonnante ici, la Statue de la liberté, que l’on associe habituellement plutôt à l’univers urbain de New York et qui domine ce petit ensemble villageois. Outre ses indéniables qualités graphiques, elle semble avoir été choisie en tant qu’unique symbole immédiatement et universellement reconnaissable de la liberté. Enfin, et peut-être surtout, elle constitue un signe évident de la reconnaissance du pays pour les soldats américains qui, en 1944-1945, combattent encore sur le sol français. On comprend aussi que les « origines » françaises de la statue rappellent la solidarité historique entre deux peuples épris de liberté depuis leurs révolutions respectives (d’où la référence à La Marseillaise), indiquant en creux que les Français ont toujours été et restent les acteurs de leur propre émancipation, notamment à travers les résistants dont ce chant est l’hymne.

Bibliographie

AZÉMA Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine. XIV : De Munich à la Libération (1938-1944), Paris, Le Seuil, coll. « Points : histoire » (no 114), 1979.

AZÉMA Jean-Pierre, WIEVIORKA Olivier, Vichy (1940-1944), Paris, Perrin, 1997.

BROCHE François, CAÏTUCOLI Georges, MURACCIOLE Jean-François (dir.), Dictionnaire de la France libre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2010.

MARCOT François (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance : résistance intérieure et France libre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006.

MARLY Anna, Anna Marly : troubadour de la Résistance. Mémoires, Paris, Tallandier, coll. « Historia », 2000, livre + CD audio.

MURACCIOLE Jean-François, Histoire de la France libre, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (no 1078), 1996.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Le Chant des partisans », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 juillet 2019. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/chant-partisans
Commentaires
Vestiges de barricades, boulevard Saint-Michel à Paris, après les émeutes étudiantes de mai 1968 Zint Günter (né en 1941)