Les commandos Kieffer | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Les commandos Kieffer

Date de publication : mai 2016

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Contexte historique

Le 1er bataillon de fusiliers marins commandos

Cette photographie, réalisée entre juin 1943 et juin 1944, représente quelques membres des commandos effectuant un entraînement en Écosse. Créé le 2 avril 1942 et placé sous le commandement du lieutenant de vaisseau Kieffer (promu capitaine de corvette le 5 juin 1944), le bataillon de fusiliers marins commandos (BFMC) est intégré au Special Service Brigade, au sein du commando interalliés no 10 (et, de ce fait, placé sous autorité britannique). Les soldats du 1er BFMC suivent une formation intensive avec les commandos britanniques (les Bérets Verts) au château d’Achnacarry, situé dans les Highlands écossais.

Organisés en deux troops et une section de mitrailleuses K-Gun, ils sont cent soixante-dix-sept à participer au débarquement du 6 juin 1944, seuls représentants de la France à rejoindre les côtes normandes par voie maritime. Arrivés sur la plage Sword de Colleville-sur-Mer, ils s’illustrent tout particulièrement à Ouistreham, où ils reprennent à l’ennemi, au prix de lourdes pertes, l’ancien casino fortifié du site Riva Bella. Après avoir combattu jusqu’à la fin de la bataille de Normandie, le 1er BFMC est notamment engagé lors de la libération de Flessingue, aux Pays-Bas, en novembre 1944.

Cette prise de vue n’est diffusée qu’après les opérations, car tout ce qui touche aux commandos et à leur préparation est ultra secret et sous contrôle des forces britanniques. Dotée d’une valeur documentaire et instrument de la propagande alliée, elle permet aussi, à sa manière, d’incarner l’élite des combattants de la France libre, acquérant de ce fait une dimension symbolique.

Analyse des images

Figures de la France libre

Ce cliché anonyme nous plonge au cœur d’un exercice d’instruction militaire que ces commandos suivent quotidiennement pendant plusieurs mois. Son auteur pourrait être un membre du 1er bataillon, plus vraisemblablement un photographe autorisé et missionné par les forces alliées.

En se plaçant au-devant des commandos en marche, il choisit de représenter un instantané éloquent. Les militaires s’approchent d’un pas décidé du photographe et semblent fondre sur le spectateur, donnant l’impression d’une force en mouvement que rien ne peut arrêter.

Trois colonnes de quatre ou cinq soldats bien alignés parcourent ainsi d’un pas réglementaire (cadencé, les bras le long du corps) une route de campagne, passant à côté d’une maison de briques typique de la région. Le soleil diffuse une grande luminosité, si l’on en juge par les manches retroussées et les cols ouverts des chemises. Les simples commandos sont de jeunes hommes portant un uniforme britannique et un béret (qui n’est pas encore le béret vert, celui-ci étant remis à la fin de l’instruction). Plus âgés, les officiers à la tête de chaque colonne se distinguent également par leurs couvre-chefs, identifiés comme ceux de la marine. Malheureusement, les insignes qui les ornent sont illisibles sur l’image.

Le photographe a, enfin, choisi de centrer le lieutenant de vaisseau Kieffer, qui est le commandant de ces troupes en exercice. Si certains visages sont assez détendus, le sien est plutôt fermé, déterminé, grave. Il fixe l’objectif en continuant d’avancer, droit, martial, guerrier. Il apparaît en tout cas comme l’acteur principal de cette photographie.

Interprétation

En marche, prêts au combat

Ce cliché donne donc à voir certains des visages de ceux qui doivent habituellement rester dans la clandestinité avant d’opérer derrière les lignes ennemies. Les commandos sont, en effet, particulièrement redoutés et ciblés par les nazis (Hitler ordonne d’abattre tous ceux qui seraient faits prisonniers en octobre 1942). De même, parce qu’elle indique sommairement le lieu de leur entraînement, cette image n’est pas destinée à être diffusée avant un certain temps.

Elle permet d’incarner les soldats du 1er bataillon, dont près de la moitié étaient bretons. Les héros sont de jeunes gens, parfois encore adolescents (premier rang à gauche et à droite de l’image). Si la photographie donne quelques indications sur la réalité de leur formation (équipement, matériel, exercice), le document entend surtout présenter une scène « habituelle » (la marche) de leur entraînement, prise sur le vif.

La figure centrale de Kieffer est plus connue. Né en 1899 et mort en 1962, il répond dès le 19 juin à l’appel du général De Gaulle avant de s’engager dans les Forces navales françaises libres le jour où celles-ci sont créées, le 1er juillet 1940. Inspiré par le fonctionnement des Special Forces britanniques, il constitue et dirige les premiers commandos de la marine française, qui ne prendront son nom que bien après le conflit. Cette image montre certes un groupe, mais un groupe qui suit son chef.

Quoique diffusée après le Débarquement, cette image a aussi une valeur idéologique et symbolique. Elle témoigne du fait que des Français ont bien constitué une partie des troupes d’élite alliées, suggérant, d’une part, que la France libre n’est pas qu’un concept et, d’autre part, que les Britanniques ont su s’appuyer sur des nationalités réfugiées (Polonais, Français, Grecs, etc.) à qui ils ont fait une place de choix. Bientôt prêts aux combats les plus extrêmes, ces hommes et celui qui les guide avec fierté sont des acteurs à part entière de la Libération. Triés sur le volet, leur entraînement et leurs capacités font d’eux de redoutables soldats en marche vers une victoire inéluctable.

Bibliographie

AZÉMA Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine. XIV : De Munich à la Libération (1938-1944), Paris, Le Seuil, coll. « Points : Histoire » (no 114), 1979.

KIEFFER Philippe, Béret vert, Paris, France-Empire, s. d. [1951 ?].

MAN John, Atlas du Débarquement et de la bataille de Normandie (6 juin – 24 août 1944), Paris, Autrement, coll. « Atlas : mémoires » (no 1), 1994.

MASSIEU Benjamin, Philippe Kieffer : chef des commandos de la France libre, Paris, Pierre de Taillac, 2013.

SIMONNET Stéphane, Les 177 Français du Jour J, Paris, Tallandier / ministère de la Défense, 2014.

WIEVIORKA Olivier, Histoire du débarquement de Normandie : des origines à la libération de Paris (1941-1944), Paris, Le Seuil, coll. « L’univers historique », 2007.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Les commandos Kieffer », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 05 décembre 2020. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/commandos-kieffer
Commentaires
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Romain le 06/06/2019 à 06:06:23
Les historiens anglais(Max Hasting!!) americain et presque tous ont souvent oublies de publier que des Francais ont aussi debarques en juin 1944 en Normandie car mon pere(decede a 96 ans!!) ancien officier de la Marine National m'a comente en 60-70 sur les comandos Francais que tout le monde avait oublie mais 75 ans apres ENFIN les voilas!!!!!!!
 La « Grande Armée » du Bloc national. Pierre DUKERCY pseudonyme de Pierre MEJECAZE (1888 - 1945) 1924 Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / MHC