Frida Kahlo accueille Léon Trotski au Mexique | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Frida Kahlo accueille Léon Trotski au Mexique

Date de publication : novembre 2016

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Contexte historique

La fin de l’exil politique pour Léon Trotski et Natalia Sedova

Cette photographie de Léon Trotski (1879-1940) et de son épouse Natalia Sedova (1882-1962), accueillis par Frida Kahlo (1907-1954) et le marxiste américain Max Shachtman (1904-1972), a été prise dans le petit port mexicain de Tampico le 9 janvier 1937, alors qu’ils viennent de débarquer du Ruth, pétrolier norvégien. Léon Trotski et Natalia Sedova ont quitté le port d’Oslo le 20 décembre 1936. La Norvège a décidé de les expulser, comme tous les autres pays dans lesquels ils ont vécu précédemment, depuis que Staline les a bannis de l’URSS en 1929 et leur a retiré la citoyenneté soviétique.

C’est au Mexique que les époux trouvent enfin un refuge, après ces longues années de pérégrinations. Ils doivent leur salut à un homme, l’artiste mexicain Diego Rivera (1886-1957), peintre muraliste et fervent communiste, qui a intercédé en leur faveur auprès du président de la République mexicaine Cardenas (1895-1970) afin qu’il leur accorde l’asile politique. Le pays, où est encore vivace le souvenir de Zapata et de Pancho Villa, apparaît au couple russe exilé comme une terre promise.

Convaincu que les agents de la Guépéou sont partout, Trotski exige que des amis sûrs viennent à sa rencontre à son arrivée à Tampico. Des fonctionnaires gouvernementaux ainsi que deux trotskistes américains les accueillent donc sur le débarcadère. Au milieu du groupe, une très jolie femme s’avance ; elle explique au couple que Diego Rivera, hospitalisé à Mexico, ne peut venir à leur rencontre mais qu’il la charge, elle, Frida Kahlo, son épouse, de le représenter.

Les époux Trotski sont ensuite accompagnés à Mexico, où Diego les retrouve pour les ramener chez lui, à la Casa Azul (la « Maison bleue »), où il vit avec Frida. Cette hospitalité dure deux ans. Diego transforme la maison en une véritable forteresse. La vie de Trotski est menacée, Staline a juré sa perte. Mais, bientôt, une intrigue amoureuse se noue entre l’exilé et son hôtesse.

Analyse des images

La première rencontre de Frida Kahlo et Léon Trotski : naissance d’une passion

Les époux Trotski arrivent souriants à Tampico, visiblement satisfaits de cet heureux dénouement. Ils entourent Frida Kahlo ; bien que le sujet de la photographie soit l’arrivée du couple au Mexique, le personnage central de cette image est bien Frida, alors à l’aube de ses 30 ans.

La beauté particulière de l’artiste, à l’ascendance indienne, espagnole et allemande, atteint à cette époque son apogée. Elle porte la coiffure et la tenue traditionnelles des femmes indiennes, le costume de Tehuana. Rien ne laisse imaginer les souffrances physiques qu’elle endure depuis l’âge de 17 ans, suite à un accident d’autobus qui lui a laissé de terribles séquelles. C’est une artiste déjà reconnue, moins célèbre cependant que son mari Diego, mais qui a déjà peint un certain nombre de toiles fortes et personnelles. Elle souffre également beaucoup du tempérament infidèle de son époux ; revenue d’une fugue à New York, elle a même songé à se suicider après avoir découvert la liaison que Diego entretenait avec sa sœur cadette Cristina.

Pour quelques mois, sa rencontre avec Trotski bouleverse sa vie. Cette photographie montre la naissance de cette passion. Le visage tourné vers Frida Kahlo, Léon Trotski semble déjà séduit. Âgé de 58 ans, il est beaucoup plus âgé que Frida. Celle-ci, par sa beauté et sa jeunesse, lui semble sans doute plus attirante que Natalia, plus âgée et qui paraît fatiguée de ce long voyage. Des années plus tard, l’artiste confiera que cette rencontre a été l’une des meilleures choses qui lui soient arrivées dans sa vie, et qu’elle correspondait, en outre, à l’une des périodes les plus fécondes de sa peinture.

La liaison est bientôt découverte par Diego et Natalia, ce qui met un terme à cette idylle passionnée qui n’aura duré que quelques mois. Bientôt, le couple russe déménage. Moins de trois ans plus tard, le 20 août 1940, Trotski est agressé dans sa maison par un homme de Staline, Ramón Mercader, avec un piolet. Il meurt le lendemain.

Interprétation

Frida ou la naissance de la femme moderne mexicaine internationalement célèbre

La place centrale que Frida Kahlo occupe dans la photographie met aussi en valeur la force de sa personnalité. En effet, à l’époque où est pris ce cliché, le Mexique voit l’émergence de femmes artistes dotées de personnalités exceptionnelles, telles que Tina Modotti, Lola Álvarez Bravo ou encore Nahui Ollin. Ces femmes se font connaître non seulement par leurs aptitudes artistiques remarquables, mais aussi par leur prise de position politique. Frida fait partie de ces femmes ; elle adhère au parti communiste dès 1928 et, par ailleurs, revendiquera toute sa vie l’expression de sa sexualité libérée.

Frida Kahlo symbolise l’évolution de cette femme mexicaine qui s’affranchit enfin de la tutelle masculine pour accomplir son propre destin. Cette photographie de presse annonce sa future notoriété médiatique internationale. L’artiste est aujourd’hui aussi célèbre que Diego Rivera et Léon Trotski réunis.

 

 

Bibliographie

BURRUS Christina, Frida Kahlo : « Je peins ma réalité », Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard : arts » (no 512), 2007.

CORNETTE Jean-Luc, BALTHAZAR Flore, Frida Kahlo : pourquoi voudrais-je des pieds puisque j’ai des ailes pour voler ?, Paris, Delcourt, coll. « Mirages », 2015.

CORTANZE Gérard de, Les amants de Coyoacán, Paris, Albin Michel, 2015.

KAHLO Frida, Frida Kahlo par Frida Kahlo : écrits, choix, prologue et notes de TIBOL Raquel, Paris, Christian Bourgois, 2007.

Pour citer cet article
Marie-Louise SCHEMBRI, « Frida Kahlo accueille Léon Trotski au Mexique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 19 septembre 2020. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/frida-kahlo-accueille-leon-trotski-mexique
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