Le général La Fayette

Date de publication : février 2019
Auteur : Jean HUBAC

Inspecteur d'Académie Directeur académique adjoint

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Contexte historique

Le général La Fayette au service de la liberté

Peintre d’histoire reconnu et portraitiste talentueux, Joseph-Désiré Court a mis son art au service de la monarchie de Juillet. Au lendemain des Trois Glorieuses de 1830, commande lui est justement passée de représenter le général La Fayette en uniforme de lieutenant général de la monarchie constitutionnelle. Il réalise donc un portrait dont le modèle est au terme de sa vie : La Fayette a 35 ans sur la toile, mais 77 ans en 1834, année même de sa mort.

Issu d’une ancienne famille de l’aristocratie et apparenté à de nombreuses personnalités influentes de la fin de l’Ancien Régime, Gilbert Motier, marquis de La Fayette (1757-1834), hérite d’une solide fortune. Il prend fait et cause pour les Insurgents américains, auprès desquels il se bat en 1777-1778 puis en 1780-1781, et revient en France auréolé d’un certain prestige pour s’être battu au nom de la liberté. « Héros des deux mondes », il se noue d’une amitié sincère et réciproque avec Georges Washington. Il jouit d’une réputation de libéral parmi la noblesse, qui lui vaut d’être élu député aux états généraux puis à l’assemblée constituante. Sa renommée et son implication dans les débuts de la Révolution le font accéder au commandement de la garde nationale en juillet 1789. Un an après, lors de la fête de la Fédération, il connaît l’apogée de sa gloire et de son influence. Bien que sa popularité soit fortement écornée par son implication dans la répression de la garnison de Nancy en août 1790 ou dans le massacre du Champ-de-Mars le 17 juillet 1791, et que certains dénoncent sa prétendue trop grande proximité avec la famille royale – en dépit de relations tendues avec Louis XVI – La Fayette est nommé lieutenant général en 1791, investi du commandement de l’armée du Centre, une des trois armées destinées à défendre la France, puis de celle du Nord.

C’est en cette qualité que le peintre Court l’immortalise, plus de quarante années après, choisissant délibérément de montrer tout à la fois un général, un libéral, un monarchiste et un patriote.

Analyse des images

Le portrait aristocratique d’un général

Le portrait de Court appartient à la tradition des portraits à mi-cuisse des hommes et des femmes de la noblesse et de la haute bourgeoisie ; il s’inscrit également dans la veine des portraits de généraux.

La toile campe un homme de 35 ans à la tranquille assurance, qui toise le spectateur avec un certain détachement. Manifestement soucieux de sa mise et de son apparence, coiffé d’une perruque poudrée, il porte l’uniforme de lieutenant général de l’armée du Centre, qu’il commande en 1791-1792. La Fayette est vêtu du grand uniforme des lieutenants généraux de l’armée nationale : tunique de laine bleu de roi à collet monté, à larges revers croisés sur la poitrine, à longues basques et dont l’échancrure laisse apparaître sur le devant la veste blanche portée en dessous ; broderies d’or au pourtour de la tunique, au collet et au parement des manches ; gros boutons de laiton doré ; large ceinture rouge et or soutenant l’épée de commandement ; chapeau bicorne coiffé d’un panache de plumes tricolores, dont les couleurs reprennent celles de la cocarde nationale tenue par une ganse de galon d’or. Le général tient nonchalamment en sa main droite une carte, probable allusion aux plans de campagne de son armée, et en sa main gauche son couvre-chef, qui cache à moitié la garde de son épée.

La pose du général n’a pourtant rien de martial ; elle renvoie plutôt à un imaginaire pré-romantique, où la nature – celle du rocher sur lequel est accoudé La Fayette, celle de la campagne à l’arrière-plan, baignée dans une lueur crépusculaire rosée – occupe une place de choix et semble renvoyer l’homme à son intériorité.

Interprétation

Le souvenir d’une légende  

Peindre La Fayette à 35 ans, au moment de la guerre que va mener la France révolutionnaire contre les puissances absolutistes européennes, c’est pour Joseph-Désiré Court mettre en avant le général et l’ardent défenseur de la liberté que le marquis aura été durant toute sa vie. En 1834, année de la mort de La Fayette, il s’agit de faire le lien entre un présent en recherche de légitimité, celui d’une monarchie adoubée par une révolution, et un passé attaché à la geste révolutionnaire en faveur de la liberté. La Fayette apparaît alors comme un pont, un « citoyen des deux mondes », non pas seulement celui de la France et des États-Unis, mais de la France d’hier et de celle d’aujourd’hui.

Pourtant, l’histoire personnelle de La Fayette entre l’âge auquel il apparaît dans ce portrait et l’âge qu’il a au moment où il est peint témoigne d’une vie tumultueuse. Dès fin août 1792, il fuit la France, comprenant son impuissance et que la prise des Tuileries le 10 août 1792 est incompatible avec son idéal de modération libérale. Interné à Magdebourg puis à Olmütz par les Autrichiens, il ne recouvre la liberté qu’en 1797 et regagne la France en 1800. En retrait de toute fonction publique sous l’Empire, il est élu député sous la Restauration et participe à l’opposition libérale avant de cautionner l’avènement de Louis-Philippe Ier à l’issue des Trois Glorieuses en juillet 1830, durant lesquelles il est porté par acclamation au commandement de la garde nationale parisienne. Symbole vivant de l’attachement à la liberté, La Fayette apporte à Louis-Philippe une part de légitimité issue de l’histoire et de l’idéal qu’il incarne, se résignant à une monarchie constitutionnelle garante de l’ordre public au détriment d’une république à laquelle il se dit en réalité plus favorable. Louis-Philippe écarte pourtant rapidement La Fayette de toute responsabilité, conscient sans doute de ce qu’il représente de légitimité concurrentielle.

Le portrait de La Fayette par Court connaît une belle postérité au XIXe siècle. Il est reproduit par de nombreuses gravures, qui popularisent et fixent l’image du marquis en jeune général révolutionnaire, dont la réputation aura servi à établir l’assise pourtant initialement fragile de la monarchie de Juillet.

Bibliographie

BOIS, Jean-Pierre, La Fayette, Paris, Perrin, 2015.

GUENIFFEY, Patrice, « La Fayette », in François FURET et Mona OZOUF (dir.), Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, Flammarion, 1992 [1988].

VINCENT, Bernard, Lafayette, Paris, Gallimard, Folio biographie, 2014.

Pour citer cet article
Jean HUBAC, « Le général La Fayette », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 août 2019. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/general-fayette
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