La Marquise de Maintenon et Saint-Cyr

Date de publication : mars 2019

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

L’épouse secrète du roi

Issue d’une famille d’origine protestante, Françoise d’Aubigné (1635-1719) est la veuve du poète Scarron. Sans enfant et sans bien, elle connaît les difficultés qui touchent certains lignages nobles au cours du Grand Siècle. Elle se révèle avec l’éducation des enfants royaux nés des amours illégitimes entre Louis XIV et Madame de Montespan. Douée pour la pédagogie, elle protège une école de filles pauvres tenue par la religieuse ursuline Madame de Brinon à Montmorency. En 1668, elle intègre la Cour, achète le domaine de Maintenon et entre en faveur auprès du roi. En 1680, elle est dame d’atours de la Dauphine Marie-Anne de Bavière et reçoit le titre de marquise. Deux ans plus tard, un pensionnat de filles de la noblesse pauvre est fondé à Rueil. Il préfigure celui de Saint-Cyr.

En 1684, un an après la mort de la reine Marie-Thérèse, elle devient l’épouse morganatique du roi (épouse issue d’un rang inférieur, qui est exclue des prérogatives d'héritage de son époux). Par son statut de « Presque Reine » (Alexandre Maral), la marquise fait l’objet de nombreux portraits, à l’instar de celui réalisé par Louis-Ferdinand Elle (1612-1689), dit l’Ancien ou l’Aîné, vers 1688. Cofondateur de l’Académie royale de peinture et de sculpture, et peintre du roi, il répond à une commande officielle pour l’école de Saint-Cyr, afin d’y rendre hommage à sa fondatrice.

Analyse des images

Une pédagogue à la Cour

Cette grande toile se compose de deux plans principaux, avec un effet de profondeur produit par le drapé du décor au velours noir. Représentée dans un fauteuil, la marquise de Maintenon porte une ample robe noire liée à son statut de dame d’atours de la Dauphine. Les deux personnages sont représentés en taille réelle, tournés vers l’artiste et fixant le spectateur. La marquise tend la main gauche et semble accueillir sa nièce qui fut aussi son élève. Il s’agit de Françoise Charlotte d’Aubigné, née en 1684, future duchesse de Noailles et héritière de la marquise. Dans sa main droite, elle tient un bouquet de rose et de fleurs d’oranger qui symbolise le modèle saint-cyrien de la dévotion à Dieu. L’ensemble est posé sur un coussin qui surmonte une table dorée de style classique.

Sur la gauche de l’œuvre, une fenêtre en trompe-l’œil laisse apparaître la façade de l’établissement de Saint-Cyr auquel la marquise consacre une large partie de son temps et les largesses distribuées par le roi. Après l’installation de la Cour à Versailles, Louis XIV acquiert le domaine de Noisy non loin du palais. Le site est destiné à la maison royale de Saint-Cyr, édifiée en 1685-1686 sur les plans de l’architecte Hardouin-Mansart. Celui-ci conçoit un vaste établissement fermé où l’espace des cours est situé à l’arrière, avec une chapelle, un réfectoire et une infirmerie.

Interprétation

La fondatrice de Saint-Cyr

Influencé par la marquise, Louis XIV fonde officiellement la Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr le 18 juin 1686. L’école tient une place particulière, car il s’agit d’un pensionnat et non d’un couvent, a fortiori de création royale. Son fonctionnement implique l’entretien d’une centaine de pensionnaires issues de la noblesse. Le roi assure son rôle protecteur de l’ordre au sang bleu, quelques années après la fondation des Invalides à Paris en 1670. Dans la France d’Ancien Régime, les écoles de filles sont peu nombreuses, mais les implantations se succèdent pendant le règne de Louis XIV. Dans le même temps, les traités pédagogiques pour l’éducation des filles se multiplient, à l’instar de celui de Fénelon.

Rapidement, les effectifs sont portés à 250 demoiselles, avec des bourses distribuées jusqu’à l’âge de 20 ans et l’obtention d’une dot pour le mariage ou l’entrée au couvent. Les pensionnaires sont réparties en quatre classes identifiables par des rubans de couleurs. Quatre fois par an, les parents peuvent s’entretenir au parloir avec leurs filles. Au départ, l’encadrement est assuré par 40 dames séculières, avec Madame de Brinon comme supérieure à vie. Elle est écartée en 1688, lorsque les critiques dévotes attaquent l’enseignement jugé trop moderne, au point de le transformer en « un véritable conservatoire du goût et des manières du Grand Siècle » (Bruno Neveu). En 1692, les tâches pédagogiques sont attribuées aux religieuses de l’ordre de Saint-Augustin. Les 36 religieuses sont aidées par 24 converses en charge des tâches domestiques. En 1715, trois jours avant la mort du souverain, la marquise se retire à Saint-Cyr et prend l’habit de novice. Elle le garde jusqu’à sa mort le 15 avril 1719.

Bibliographie

Hélène JACQUEMIN, Livres et jeunes filles nobles à Saint-Cyr (1686-1793), Angers, Presses de l’Université d’Angers, 2007.

Alexandre MARAL, Madame de Maintenon : À l’ombre du Roi-Soleil, Paris, Belin, 2011.

Bruno NEVEU, « Du culte de Saint Louis à la glorification de Louis XIV : la maison royale de Saint-Cyr », Journal des savants, 1988, p. 277-290.

Jean de VIGUERIE, L’institution des enfants : L’éducation en France (XVIe-XVIIIe siècle), Paris, Calmann-Lévy, 1978.

Agnès WALCH, Duel pour un roi. Mme de Montespan contre Mme de Maintenon, Paris, Tallandier, 2014.

 

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « La Marquise de Maintenon et Saint-Cyr », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 17 septembre 2019. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/marquise-maintenon-saint-cyr
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