Regard sur les Anglais au début du XXe siècle

Date de publication : avril 2016

Conservatrice du patrimoine, Responsable des collections historiques, Musée national de l'histoire de l'immigration

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Contexte historique

De Paris ville-monde à la représentation de l’étranger dans L’Assiette au beurre

Au début du XXe siècle, Paris est marqué par l’accélération de la mondialisation et devient un véritable carrefour artistique international. De nombreux artistes collaborant à la revue L’Assiette au beurre sont étrangers, comme Kees Van Dongen, hollandais, Leonetto Cappiello, italien, Félix Vallotton, suisse, et Francisco Sancha y Lengo, dit Sancha, espagnol. Ce dernier, formé à l’école des Beaux-Arts de Malaga, en Espagne, devient l’élève de Juan Gris, peintre cubiste.

Dans ce contexte, L’Assiette au beurre a consacré près de mille trois cents dessins aux pays étrangers et à la figure de l’étranger, qu’elle fige en accentuant certains traits. La revue, créée en 1901 par Samuel Schwarz, connaît des débuts difficiles ; sa ligne éditoriale humoristique est alors renforcée en 1903, en unissant l’art et la satire.

L’image du Royaume-Uni subit de nombreux changements entre 1901 et 1912. Les premières années sont marquées par une posture antibritannique et anticoloniale. Cette attitude est très liée à la guerre des Boers, notamment lorsque le Royaume-Uni s’empare du Transvaal et d’Orange, en Afrique du Sud.

Analyse des images

« Les Anglais chez nous »

L’année 1903 commence avec cette une : un portrait d’Anglais. L’homme, représenté en buste, se détache sur un fond orange vif. Il porte un costume de ville et un bonnet d’intérieur glissant sur ses cheveux mal peignés. L’Anglais a les yeux clairs perdus dans le vague, les oreilles décollées et un nez extrêmement rouge contrastant avec sa longue moustache noire.

Le dessin de Sancha évoque l’anglophobie, puisqu’il peint sans concession un Anglais qu’il classe dans la catégorie des ivrognes. La caricature transgresse les canons de la représentation humaine et stigmatise ainsi les valeurs morales associées.

L’Assiette au beurre innove en comparaison avec les autres revues contemporaines comme Le Rire, notamment dans la mise en page. Ici, peu de vignettes en noir et blanc sont proposées, et la qualité des artistes est privilégiée au détriment du nombre d’illustrations. La palette reste vive jusqu’en 1911, et les légères bavures sur le bord des couleurs sont liées à la technique d’impression employée : la photogravure sur plaque de zinc.

Interprétation

La caricature et l’histoire

Dès 1903, la France et la Grande-Bretagne se rapprochent et scellent un accord historique, l’Entente cordiale… La presse relaie cette nouvelle attitude, et L’Assiette au beurre se montre favorable aux Britanniques. Puis, en 1912, Sancha s’installe à Londres.

Héritée de la Révolution française, la caricature témoigne avec humour d’un point d’actualité et de ses débats. Dans cet esprit, L’Assiette au beurre a critiqué l’armée, la police, la justice, les députés, le clergé, le travailleur…

Publiée dans la presse, la caricature se présente comme le témoin de la circulation des idées. Comme elle est une immense source d’informations sur l’opinion publique, les stéréotypes mais aussi les imaginaires politiques et sociaux, les historiens ont donc été les premiers à l’étudier. Depuis les années 1970, la caricature est abordée dans une approche plus interdisciplinaire.

Étude en partenariat avec : caricature-anglais-1902
Bibliographie

DIXMIER Élisabeth, DIXMIER Michel, L’Assiette au beurre : revue satirique illustrée (1901-1912), Paris, F. Maspero, coll. « Collection du Centre d’histoire du syndicalisme » (no 3), 1974.

LE MEN Ségolène, « La recherche sur la caricature du XIXe siècle : état des lieux », Perspective (XIXe siècle), no 3, 2009, p. 426-460.

PANTORBA Bernardino de, Historia y crítica de las Exposiciones Nacionales de Bellas Artes celebradas en España, Madrid, Jesús Ramón García-Rama, 1980 (1re éd. Madrid, Alcor, 1948).

TILLIER Bertrand, « Du caricatural dans l’art du XXe siècle », Perspective (XXe-XXIe siècles), no 4, 2009, p. 538-558.

Pour citer cet article
Magdalena RUIZ MARMOLEJO, « Regard sur les Anglais au début du XXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22 septembre 2019. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/regard-anglais-debut-xxe-siecle
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 La Rose impériale. Alfred LE PETIT (1841 - 1909) Musée national du Château de Compiègne