Madame Bouchemousse, maire de Vigeois (Corrèze)

Madame Bouchemousse, maire de Vigeois (Corrèze)

Une des premières femmes, nommée maire de France par le sous-préfet

Une des premières femmes, nommée maire de France par le sous-préfet

Madame Bouchemousse, une des premières femmes nommée maire de France

Madame Bouchemousse, une des premières femmes nommée maire de France

Madame Bouchemousse, maire de Vigeois (Corrèze)

Madame Bouchemousse, maire de Vigeois (Corrèze)

Auteur : PARIS Gaston

Date de création : 1943

Madame Bouchemousse, une des premières femmes nommée maire de France par le sous-préfet. Vigeois (Corrèze), 1943-1944

Gaston Paris / Roger-Viollet

http://www.roger-viollet.fr/accueil.aspx

11469-8

Une femme maire sous le régime de Vichy

Date de publication : Mars 2017

Auteur : Alexandre SUMPF

Vichy et les femmes

Sous le Régime de Vichy, les maires des communes de plus de 10 000 habitants sont nommés par le gouvernement. Ceux des communes de 2 000 à 10 000 habitants nommés par le préfet ou le sous préfet et ceux des communes de moins de 2 000 habitants élus par le conseil municipal. À l’hiver 1943-1944, Madame Bouchemousse est ainsi nommée maire de Vigeois (2020 habitants) par le sous-préfet de Corrèze, devenant la seule femme maire d’une commune de cette taille.

Si l’on ignore les raisons exactes qui ont conduit à cette nomination (manque d’hommes qualifiés, raisons et affinités locales, question de compétence, etc.), elle apparaît surprenante eu égard à la doctrine et à la politique de Vichy concernant les femmes, qui va à rebours de tout le mouvement d’émancipation observé dans les années précédentes. Selon l’idéologie viriliste officielle de l’État Français ou « Révolution Nationale », ces dernières se voient confinées à la sphère privée et domestique. Mères au foyer (si possible avec de nombreux enfants, la natalité est encouragée), femmes dévouées mais pas autonomes (le divorce est interdit durant la trois premières années de mariage), elles sont le pilier de la famille (elle-même considérée come le fondement de la société). Les femmes sont aussi fermement découragées de travailler, et encore plus de participer à la vie publique ou politique.

Par son caractère à la fois étonnant, unique et inédit, la nomination de Madame Bouchemousse constitue une sorte d’événement qui intéresse (quoique très relativement) certains journalistes. Ainsi, Gaston Paris, qui réalise au printemps 1944 un reportage photographique sur la nouvelle maire, destiné à parution dans un magazine et dont nous étudions ici trois extraits. On ignore si celles-ci ont été publiées ou encore l’écho qu’elles ont pu recevoir, mais il apparaît peu probable qu’elles aient pu marquer ou faire évoluer les opinions sur la question du statut des femmes.

Madame Bouchemousse

Les trois photographies sont extraites d’une série du même nom qui en comporte au moins sept. Toutes ont été prises par Gaston Paris (1903-1964), membre éminent de l'hebdomadaire Vu (aux côtés de Germaine Krull, André Kertész, Martin Munkacsi, Man Ray ou Robert Capa) qui cesse de paraître en mai 1940. Connu pour ses reportages et ses portraits d'artistes et de personnalités, Gaston Paris est également auteur de planches photographiques aux inspirations surréalistes ou encore collaborateur du magazine Détective.

Sur la première image, on aperçoit Madame Bouchemousse à travers l’encadrement de la fenêtre de sa maison. Un branche feuillue du petit arbre qui grimpe le long de celle-ci barre horizontalement le centre de l’image, rajoutant un second cadre au premier pour rétrécir la scène principale en un petit carré sur lequel toute note attention est alors portée. Dans ce qui semble être sa cuisine (batterie de casseroles pendues au fond du mur), la maire vêtue d’une modeste robe fleurie est en train de recoudre un drap blanc. À la faveur d’un travail sur la lumière et les contrastes (noir en haut, blanc du drap) admirablement maîtrisé par le photographe, Madame Bouchemousse irradie véritablement le cliché. Son front dégagé qui semble presque refléter l’éclat du drap immaculé, sa mine appliquée légèrement souriante, sa quiétude et jusqu’au geste délicat de sa seconde main (position des doigts) lui confèrent une grâce paisible mais indéniable, qui illumine cet intérieur rustique plus que modeste.

D’abord moins poétique, la seconde image représente la maire occupée à balayer la pièce principale de sa petite demeure. On reconnaît la fenêtre et le petit arbre (sur la gauche), mais c’est cette fois à travers l’embrasure de la porte qu’elle est saisie par le photographe. Un parapluie et surtout des sabots (à gauche) insistent sur le caractère rural de la scène, tout comme les poules présentes devant la maison. Toujours vêtue de sa robe fleurie, Madame Bouchemousse est en train de se baisser pour pousser de la main un tas de brindilles sèches au dehors.

Le décor change pour la troisième image qui représente une séance du conseil municipal de Vigeois, même si la salle aux murs décatis et les meubles ne démentent pas l’atmosphère modeste et rurale évoquée précédemment. Debout derrière un bureau et visible de profil, la maire a choisi une robe plus habillée pour présider la séance. Elle se tient très droite, dans une posture empreinte d’une certaine fermeté, les deux mains appuyées sur la table. Son air est à la fois digne et un peu absent, l’expression de son visage presque imperceptiblement souriante. Assistée d’une jeune femme (premier plan) brune qui prend des notes, elle s’apprête à s’exprimer devant une assemblée dont on aperçoit uniquement deux membres, vieilles paysannes aux tabliers fleuris.

Une maire, une femme

Il est naturellement difficile de préciser le message que veut délivrer Gaston Paris. Prises en 1943 ou 1944, ces photographies sont de fait soumises au contrôle de Vichy, mais le parcours et l’engagement du photographe semblent démentir une quelconque démarche de propagande qui vanterait le féminisme ou le progressisme du Régime, par ailleurs improbable et complètement contradictoire avec sa doctrine. Il apparaît plutôt que l’auteur a simplement voulu montrer une réalité inhabituelle (assez étonnante compte tenu du contexte politique) et a choisi de mettre en valeur son sujet tout en apportant sa vision artistique.

La série de reportage insiste en tout cas sur la double vie de la maire, un jour femme « normale » et modeste (voir sa maison) d’une petite commune rurale occupée à des activités « de femme » (coudre, faire le ménage) ; un autre jour maire qui préside le conseil municipal avec une certaine assurance. Nulle « modernité » n’est mise en avant ici : comme de nombreuses femmes de l’époque et conformément à la représentation Vichyste, Madame Bouchemousse tient sa maison avec calme et sérieux et se voit d’abord et toujours renvoyée à la sphère domestique. Même dans ses fonctions (inattendues) de maire, elle semble rester la même, la gestion de Vigeois n’impliquant sans doute pas une différence si importante avec celle de son foyer.

Ainsi, la décision de nommer une femme maire ne devrait pas être ici sur interprétée : peut-être due à des circonstances spéciales et limitée à un village sans enjeu particulier, cette « curiosité » est peut-être assez pittoresque, mais elle ne change ni la réalité vécue par cette femme, ni la vision portée sur elle (et sur toutes les femmes). Finalement anodine, elle n’indique bien sûr pas non plus une inflexion de l’idéologie de l’État Français sur ce point.

Incidemment, ces images donnent aussi un aperçu de la vie quotidienne, et notamment de celle des femmes, dans une petite commune rurale en zone libre pendant l’Occupation. La guerre semble loin, même si l’absence totale d’hommes pourrait l’évoquer. Quant au relatif dénuement qu’on devine sur ses images, il renverrait plutôt à la rudesse immémoriale de cette région assez pauvre qu’au contexte immédiat.

AZEMA, Jean-Pierre et WIEVIORKA, Olivier, Vichy, 1940-1944, Paris, Perrin, 1997.

PAXTON, Robert, La France de Vichy, 1940-44, Paris, Éditions du Seuil, 1973.

BARD, Christine. Les Femmes dans la société française au XXe siècle, Paris, Armand Colin, 2001.

BERTIN, Célia, Femmes sous l’Occupation, Paris, Stock, 1993

BOUGLE-MOALIC, Anne-Sarah. Le Vote des Françaises, cent ans de débat, 1848-1944, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012.

VEILLON, Dominique, La vie quotidienne des femmes, in "Le Régime de Vichy et les Français", dirigé par Jean-Pierre AZEMA et François BEDARIDA, Paris, Fayard, 1992.

Alexandre SUMPF, « Une femme maire sous le régime de Vichy », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/femme-maire-regime-vichy

Anonyme (non vérifié)

Il ne s'agit pas de Madame, mais de Mademoiselle Bouchemousse, nommée maire de Vigeois par le sous-préfet de la Corrèze en 1943. Cette dame était désignée et se désignait ainsi. Le titre de "Madame" et la mise en scène dans un rôle de brave ménagère ne sont pas du tout anodins. En réalité, cette dame n'avait rien de la paysanne au foyer que mettent en scène ces images, qu'il faudrait interroger sans doute bien davantage.
Le fait de nommer maire une femme - et qui plus est, célibataire ! - n'est pas tout à fait conforme à l'esprit de Vichy... Je ne peux m'empêcher de penser en voyant ces photos, à une opération de propagande, qui s'efforce de ramener la situation à une certaine "normalité" bucolique stéréotypée. Il s'agit peut-être de montrer aux lecteurs parisiens un aspect folklorique de nos provinces arriérées... Dans ces coins perdus, on trouve même une femme maire, mais ça ne prête pas à conséquence, n'est-ce pas ? Elle est si simple, cette brave femme !
En réalité, Mademoiselle Bouchemousse était agrégée et docteur, responsable nationale des jeunesses catholiques, et peut-être la première femme en France à avoir soutenu une thèse de philosophie... voilà ce que ne laissent pas du tout deviner ces images.
Je me demande dans quelles circonstances a été faite cette mise en scène, car il s'agit bien d'une mise en scène, très orientée idéologiquement. Quant à la nomination de cette dame comme maire par le sous-préfet, cette étonnante décision avait des motifs politiques complexes, dont se souviennent encore aujourd'hui certains habitants de Vigeois. Les explications qu'on trouve sur Wikipédia (manque d'hommes...) sont un peu courtes, pour une commune de plusieurs milliers d'habitants !
De belles photos... trop belles pour être tout à fait honnêtes.
Marc Guillaumie.
PS : "L'arbuste" devant la porte est une treille, un pied de vigne comme on en trouve souvent en façade, dans la région.

ven 16/07/2021 - 20:21 Permalien

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