Louis XIV en Jupiter - Louis XIV en Apollon | L'histoire par l'image

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  • Louis XIV en Jupiter vainqueur de la Fronde
    Louis XIV en Jupiter vainqueur de la Fronde - Attribué à Charles Poerson

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  • Louis XIV sous la figure d'Apollon, vainqueur du serpent Python
    Louis XIV sous la figure d'Apollon, vainqueur du serpent Python - Werner Le Jeune

    WERNER LE JEUNE Joseph (1637 - 1710)

Louis XIV en Jupiter - Louis XIV en Apollon

Date de publication : novembre 2020
Auteur : Sonia DARTHOU

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Contexte historique

La construction d’une propagande royale

Si ces deux œuvres s’insèrent dans la politique de propagande monarchique, elles se distinguent par leur contexte et leur ampleur. La peinture d’apparat de Charles Poerson, disciple de Simon Vouet qui affectionne les compositions théâtrales doit se lire dans le contexte historique de la lutte contre la Fronde (environ 1648-1653) : elle se caractérise par une violente opposition au souverain de la part notamment des parlementaires puis des grands seigneurs qui revendiquent de participer au gouvernement du royaume. En 1652, le jeune roi réussit à juguler l’opposition menée particulièrement par le prince de Condé. Aux côtés des portraits officiels du roi « en majesté » se développent alors à cette époque des portraits allégoriques de Louis XIV qui utilisent l’histoire ou la mythologie antique pour construire son image et sa légitimité. L’œuvre miniaturiste de Joseph Werner, peintre suisse appelé pour son talent remarqué à la cour de Louis XIV, appartient également, malgré ses dimensions réduites, à cette production de portraits allégoriques à la gloire du monarque. Ces tableaux, qui présentent Louis XIV en Jupiter et en Apollon, permettent de lui accorder une puissance éclatante, augmentée, prestigieuse, voire divine.

Analyse des images

Louis XIV entre Jupiter et Apollon

Les deux portraits, tout en conservant les traits du roi, mélangent savamment Antiquité et modernité comme l’indique, dans l’huile sur toile de Charles Poerson, le décor qui croise une colonne dorique et une tenture pourpre, ou le costume de Louis XIV qui mélange le bleu de France avec des sandales romaines. La peinture de Charles Poerson affiche le roi trônant dans une composition pyramidale bordée par une colonne qui évoque l’architecture antique, ce qui présente le roi comme une statue divine de marbre à l’intérieur d’un temple grec. Louis XIV s’attribue surtout les attributs de Zeus-Jupiter qui lui permettent de s’identifier au souverain de l’Olympe : le foudre qui évoque son pouvoir de lancer le feu du ciel ; l’aigle - son messager, qui tient à son tour les éclairs jupitériens entre ses serres ; et la couronne de chêne, qui est son arbre attitré. Cuirassé à l’Antique, le jeune roi, qui a une quinzaine d’années lors de ces évènements, foule à ses pieds un bouclier orné d’un épisème (signe distinctif) de Gorgone hurlante hérissée de serpents qui rappelle les boucliers grecs et romains mais qui symbolise surtout ici la victoire éclatante du roi face à la Fronde. À l’arrière-plan, trois hommes au travail évoquent la forge d’Héphaïstos-Vulcain, le dieu forgeron qui a réalisé les armes héroïques d’Achille. La taille de l’œuvre (166 centimètres sur 143), en présentant le roi à « taille réelle », accentue encore plus le « réalisme » de ce portrait allégorique pour les spectateurs. La gouache sur toile de Joseph Werner utilise des codes iconographiques similaires. Le roi, parfaitement identifiable, porte la perruque et pose de manière aussi élégante que contradictoire avec l’exploit qu’il a réalisé : tuer le serpent monstrueux Python, figure de rébellion, qui disputait à Apollon la souveraineté sur le sanctuaire de l’oracle de Delphes. Nanti des attributs identitaires du dieu Apollon – l’arc et le carquois - le roi, dans un paysage arboré, pose aux côtés du monstre vaincu criblé de ses flèches divines, jetant un regard condescendant sur sa victime à terre. Un petit Éros-Cupidon surplombe la scène, son arc à la main, comme un spectateur fasciné par cette victoire mémorable.

Interprétation

La mythologie au service du roi

Cette assimilation par l’image permet d’accorder à Louis XIV les qualités des deux plus puissantes divinités de l’Olympe, Zeus-Jupiter et Apollon : supériorité divine, puissance guerrière, victoire sur les monstres de désordre, action civilisatrice, pouvoir de soumission, mais également justice et légitimité. Ces images, qui utilisent la force évocatrice de la mythologie, contribuent incontestablement à la refondation de la puissance monarchique pour impulser un règne très personnel. La thématique purement apollinienne se développera par la suite, pour finaliser de construire l’image du roi-soleil et afficher une nation qui repose totalement sur la figure royale, comme l’exprime cette assertion de Louis XIV tiré de l’Instruction pour le duc de Bourgogne : « La nation ne fait pas corps en France, elle réside tout entière dans la personne du roi. »

Bibliographie

Peter BURKE, Louis XIV : les stratégies de la gloire, Paris, Le Seuil, 1995.

Louis MARIN, Le portrait du roi, Paris, Les Éditions de Minuit, collection « Le sens commun », 1981.

Nicolas MILOVANOVIC, Alexandre MARAL (dir.), Louis XIV : l’homme et le roi, catalogue d’exposition (Versailles, 2009-2010), Paris, Skira-Flammarion / Versailles, château de Versailles, 2009.

Jean-Christian PETITFILS, Louis XIV, Paris, Perrin, collection « Tempus », 2002.

Michel PERNOT, La Fronde, Paris, Éditions de Fallois, Paris, 1994.

Gérard SABATIER, La gloire du roi. Iconographie de Louis XIV de 1661 à 1672 , in Histoire, économie et société 4 (2000),  Olivier CHALINE et François-Joseph RUGGIU (dir.), Louis XIV et la construction de l'État royal (1661-1672), p. 527-560.

 

Pour citer cet article
Sonia DARTHOU, « Louis XIV en Jupiter - Louis XIV en Apollon », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 novembre 2020. URL : http://histoire-image.org/fr/comment/reply/15767
Glossaire
  • Iconographie : Ensemble des images correspondant à un même sujet. On parle de programme iconographique lorsqu’un décor en plusieurs parties regroupe de manière cohérente différents sujets autour d’un même thème.
  • Ordre dorique : Ordre architectural, le plus ancien et le plus simple de la Grèce antique. Il se caractérise par une colonne cannelée à arêtes vives, sans base, un chapiteau nu et une frise alternant métopes (plaques) et triglyphes (trois bandes verticales en relief).
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