Des Médicis aux Pinault : la Bourse de commerce à Paris | L'histoire par l'image

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  • Vue de la Halle aux blés, à la farine et aux graines et la colonne astronomique et solaire, à Paris
    Halle au blé et colonne Médicis - Nicolle

    NICOLLE Victor-Jean (1754 - 1826)

  • Ancienne halle aux blés
    Ancienne halle aux blés et  colonne Médicis - Eugène Atget

    ATGET Eugène (1857 - 1927)

Des Médicis aux Pinault : la Bourse de commerce à Paris

Date de publication : septembre 2021

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Contexte historique

La Halle aux Blés peinte vers 1810 et photographiée environ un siècle plus tard fait partie du paysage parisien depuis le XVIIIe siècle. La colonne Médicis est tout ce qui reste de l’hôtel d’Albret (1) qu’a acheté en 1572 Catherine de Médicis quand elle a décidé de quitter les Tuileries. Ce premier bâtiment est détruit par la municipalité en 1748, sauf la colonne astronomique qui se voit même adjoindre un cadran solaire et une fontaine lorsque, quinze ans plus tard, on confie à Nicolas Camus de la Mézières la construction de la Halle. Après une formation d’architecte qui l’initie au dessin et à la perspective, Victor-Jean Nicolle (1754-1826) devient artiste. Dans ses aquarelles et ses pastels de paysages, il insère souvent des éléments d’architecture et montre un certain goût pour les colonnes, élément dont il a pu admirer les majestueux restes lors de ses voyages d’étude à Rome. Un siècle exactement plus tard, Eugène Atget (1857-1927) a tâté du théâtre et de la peinture avant, en 1890, de s’essayer à la photographie. Il se passionne pour Paris et son décor, qu’il décide de fixer sur plaque de verre puis pellicule dès 1897. Plusieurs séries prennent pour sujet les éléments reconnaissables de la capitale : façades, devantures, monuments, rues. Ancienne Halle aux Blés appartient à la dernière, réalisée entre 1906 et 1915, « Topographie du Vieux Paris ».

Analyse des images

Le Paris historique

Le dessin réalisé par Nicolle est rigoureusement cadré sur la façade courbe de la Halle et axé autour de la colonne Médicis. La perspective aidant, le peintre place au même niveau la flèche de la colonne, la girouette de la Halle et le toit de l’immeuble qui clôt l’espace à droite. Les arcades, les courbes de la coupole et d’éléments d’architecture, et jusqu’aux roues de la charrette en bas à gauche rythment régulièrement l’image. Il se dégage ainsi une sorte d’harmonie des proportions très Renaissance, accentuée par un ciel bleu pâle servant d’écrin à l’imposant bâtiment. Nicolle représente aussi quelques passants moins pour traduire l’activité sans doute intense qui règne là que pour donner une idée de l’ampleur du bâti.

Le cliché pris par Atget est lui totalement désert, à l’exception de deux charrettes et de leurs chevaux. Pour un peu, on aurait l’impression que c’est lui, le photographe, et non Nicolle, le peintre, qui fixe une ruine antique. Le mur circulaire se devine, et là encore la colonne Médicis sert d’axe à l’image. Cependant, Atget fait ici le choix d’une perspective en échappée sur une rue courbe pour suggérer la forme de l’ancienne Halle, plutôt qu’un cliché frontal. Conformément sans doute à son cahier des charges, il semble vouloir insister sur l’insertion de ce patrimoine architectural dans la ville moderne – où l’on distingue au premier plan une vespasienne (2) (dont on a commencé l’installation à Paris en 1868) et plus loin des devantures de commerce.

Interprétation

Le ventre de Paris

« L’exceptionnelle importance des clichés d’Atget qui a fixé les rues désertes de Paris autour de 1900, tient justement à ce qu'il a situé ce processus en son lieu prédestiné. On a dit à juste titre qu’il avait photographié ces rues comme on photographie le lieu d’un crime. Le lieu du crime est aussi désert. Le cliché qu’on en prend a pour but de relever des indices. Chez Atget, les photographies commencent à devenir des pièces à conviction pour le procès de l’Histoire. C'est en cela que réside leur secrète signification politique. » Ainsi Walter Benjamin, dans son célèbre texte de 1935 L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, caractérise-t-il l’art du photographe français. Il insiste aussi sur son art de la légende qui met sur la piste de la transformation en cours dans la capitale. Les Halles sont toujours situées au même endroit de Paris, jusqu’à leur déménagement à Rungis en 1969. Des pavillons spécifiques ont été érigés tout près par l’architecte Victor Baltard.

Pourtant, cette modernité d’acier et de verre n’a pas chassé la précédente innovation ; tout juste la Halle réalisée dans les années 1760 a-t-elle changé de fonction depuis l’époque de Nicolle. Les échanges de blé perdent progressivement leur importance et la Halle finit par fermer en 1873 ; en 1885, le bâtiment est récupéré par la Chambre de Commerce, qui le fait réaménager. En 1889 ouvre la Bourse de Commerce qui accueille les marchés à terme de productions agricoles. Le lieu symbolise désormais la puissance financière et commerciale de la capitale française, et ne dessert plus directement les entreprises qui nourrissent sa population. De débouché naturel d’une région très fertile, Paris est devenu le cœur monumental d’un empire colonial et l’un des centres mondiaux d’une économie en voie de dématérialisation.

Bibliographie

Laure Beaumont-Maillet, Atget Paris, Paris, Hazan, 2003.

Mark Deming, La Halle au Blé de Paris, 1762-1813, « Cheval de Troie » de l'abondance dans la capitale des Lumières, Bruxelles, 1984.

Jean-Louis Robert, Myriam Tsikounas (dir.), Les Halles, images d’un quartier, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004.

Notes

1 - Hôtel d'Albret : en 1572, Catherine de Médicis demande à l'architecte Jean Bullant de lui construire un nouveau palais, qui deviendra hôtel de Soissons au XVIIe siècle et sera détruit en 1748. La colonne Médicis est l’unique vestige de ce palais.  

2 - Vespasienne : mobilier urbain qui sert d'urinoir pour les hommes sur la voie publique.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Des Médicis aux Pinault : la Bourse de commerce à Paris », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 septembre 2021. URL : http://histoire-image.org/fr/comment/reply/15890
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