L’Exécution de l’empereur Maximilien du Mexique. | L'histoire par l'image

Restez

informés !

Abonnez-vous à notre

newsletter

Cliquez-ici

L’Exécution de l’empereur Maximilien du Mexique.

Date de publication : octobre 2021

Partager sur:

Contexte historique

L’écho de la mort d’un empereur

Le 8 juillet 1867, Le Figaro informe ses lecteurs français de l’exécution de l’empereur Maximilien du Mexique, survenue quelques semaines plus tôt, le 19 juin. Le frère cadet de François-Joseph Ier d’Autriche et éphémère vice-roi de Lombardie-Vénétie, lui qui n’avait accepté son titre qu’à la condition que les Mexicains se prononcent par référendum sur ce sujet, vient d’être abandonné par Napoléon III qui avait pourtant contribué à le mettre au pouvoir trois ans auparavant. Le corps expéditionnaire français reparti, Maximilien ne peut soutenir longtemps le siège des Libéraux de Benito Juárez (1806-1872) contre la ville de Santiago de Querétaro où il s’est retranché. Fait prisonnier et jugé en cour martiale, il est fusillé avec deux de ses fidèles généraux, Miguel Miramón (1832-1867) et Tomás Mejía (1820-1867), au pied de la colline où il s’était rendu. Le 11 août 1867, le critique d’art Albert Wolff (1825-1891) livre dans Le Figaro de nouveaux détails sur les circonstances de l’événement, s’attardant notamment sur la physionomie et l’uniforme des soldats qui y ont participé. Bien que Wolff lui soit un critique hostile, le peintre Édouard Manet, proche des milieux modernistes, a probablement lu les deux articles, et le sujet paraît rapidement l’obséder.

Analyse des images

Une représentation réaliste

La première grande esquisse que Manet consacre à l’exécution (conservée au musée des beaux-arts de Boston) montre en effet un peloton d’hommes vêtus « à la mexicaine » ainsi que de nombreux repentirs (2). Il y a notamment réduit les ailes des sombreros jusqu’à leur donner la forme de képis à la française, se conformant ainsi à la description de Wolff et aux photographies sur lesquelles elle se fonde, notamment celles prises sur place par les Français François Aubert (1839-1906) et Auguste Peraire. Ces altérations suggèrent par conséquent que Manet s’est immédiatement emparé d’un sujet qu’il n’entendait pas modifier pour les besoins de l’art, et auquel il a consacré en tout près de deux ans de travail.

Outre celle de Boston, il existe en effet trois versions successives de L’Exécution de Maximilien : le petit format de la Ny Carlsberg Glyptotek à Copenhague, la toile lacunaire car découpée par Manet lui-même, de la National Gallery de Londres, et la version finale de Mannheim. Dans cette dernière, comme dans les précédentes, les soldats composant le peloton sont vêtus ainsi que les montre le cliché que fit d’eux Péraire, et un sergent arme le chien de son fusil afin de donner ensuite le coup de grâce à l’empereur déchu, comme en firent état par la suite les témoins. Les trois fusillés, quant à eux, ressemblent aux portraits, photographiques ou peints, qui avaient été faits d’eux avant leur mort, et pour la dépouille du monarque, post mortem. D’un côté, les tireurs se tiennent raides comme à l’exercice, le sergent en retrait faisant même montre d’une placidité surprenante ; de l’autre, leur principale victime, Maximilien, paraît absente à sa propre mort, comme s’il ignorait la salve qu’il reçoit pourtant de très près. Seuls les curieux qui sont parvenus à se hisser au-dessus de l’enceinte prennent en charge l’émotion qu’est censée provoquer pareille action L’espace que restitue le tableau de Mannheim, avec sa colline et son mur d’adobe (3), correspond également au lieu du drame, même s’il est peu probable que les « spectateurs » se soient effectivement tenus en grappes au-dessus du parapet, dans une position qui est à l’exact opposé du spectateur du tableau, face à une scène ouverte.

Interprétation

Un drame sans histoire

Le mot de « drame », toutefois, ne paraît pas complètement approprié à la scène que figure Manet, et cette légère disjonction entre le sujet et son traitement pictural pourrait bien contredire l’interprétation réaliste vers laquelle Manet a d’abord dirigé les spectateurs. Ce sentiment est encore renforcé par les comparaisons que suggère l’œuvre de Manet avec deux précédents célèbres de l’histoire de la peinture moderne : le Pierrot d’Antoine Watteau (vers 1717-1719), qui partage son air emprunté avec la figure de l’empereur, et surtout le Trois mai 1808 (1814) de Francisco Goya, qui constitue le premier tableau d’histoire dont le « héros » est une figure anonyme. Sous ce rapport, l’ironie politique que l’on peut déceler dans L’Exécution de Maximilien rejoint sa modernité artistique en faisant de la mort d’un empereur un événement sans action, et d’un tableau d’histoire une peinture sans drame.

C’est à ce titre que l’œuvre de Manet est demeurée comme un point de référence dans l’histoire de l’art moderne et contemporain, dont on trouve des échos (mêlés à ceux du Trois mai 1808 (1814) de Francisco Goya, jusque chez Pablo Picasso avec, par exemple, Massacre en Corée (1951). Quant à la mort de Maximilien, elle marque la fin du Second empire du Mexique, et l’avènement dans le pays d’un système républicain.

Bibliographie

Pierre BOURDIEU, Manet. Une révolution symbolique, Seuil, Paris, 2013.

Françoise CACHIN (dir.), Manet 1832-1883, Réunion des musées nationaux, Paris, 1983.

Théodore DURET, Histoire de Edouard Manet et de son œuvre, Charpentier et Fasquelle, Paris, 1906.

John ELDERFIELD (dir.), Manet and the Execution of Maximilian, Museum of Modern Art, New York, 2006.

Michael FRIED, Le Modernisme de Manet. Esthétique et origines de la peinture moderne, iii, Gallimard, Paris, 2000.

Notes

1- Benito Juárez (1806-1872) : homme d'état mexicain d'orgine indienne, président du gouvernement du Mexique élu en 1861, lors de l'expédition française de 1863, il s'y oppose et organise la lutte. Il sera le président de la république de la chute de Maximilien en 1867 jusqu'à sa mort.

2 - Repentir : en peinture, ce terme désigne une modification significative de la main de l'artiste de son oeuvre. In ne s'agit pas d'une simple retouche mais d'un travail délibéré du peintre.

3 - Adobe : brique d'argile et de pailles séchée au soleil

Pour citer cet article
Paul BERNARD-NOURAUD, « L’Exécution de l’empereur Maximilien du Mexique. », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21 octobre 2021. URL : http://histoire-image.org/fr/comment/reply/15898
Commentaires

Albums liés

La Ronde de Nuit - Rembrandt
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.