Toussaint Louverture, maître de Saint-Domingue, 1801-1802 | L'histoire par l'image

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Toussaint Louverture, maître de Saint-Domingue, 1801-1802

Date de publication : octobre 2021

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Contexte historique

L’ascension de Toussaint Louverture

Né esclave en 1743, Toussaint Louverture, de son vrai nom Toussaint Bréda (du nom de la plantation où il était esclave) est affranchi dans les années 1760. Il doit son affranchissement aux fonctions de confiance qu’il occupait comme palefrenier et à sa connaissance des chevaux et de la médecine. S’il appartient à la catégorie très minoritaire des affranchis, il participe toutefois à la révolte des esclaves de Saint-Domingue en 1791. Comme les chefs de la révolte Jean-François Papillon (?-1805) et Georges Biassou (1741-1801), dont il est l’aide de camp, il passe du côté des Espagnols devant le refus français d’abolir l’esclavage. Quand la Convention s’y résout en 1794, il se rapproche des Français. Il se fait le défenseur de la République et accède au grade de commandant en chef de la colonie en 1797. Dès lors il s’émancipe de l’autorité des représentants de Paris, négociant de son propre chef avec les Anglais, unifiant l’île sous son autorité. Il fait élaborer une constitution en 1801 qui fait de Saint-Domingue un Etat autonome avec ses propres institutions, mais associé à la France. C’en est trop pour Bonaparte qui envoie le général Leclerc reprendre le contrôle de l’île en février 1802. D’autant que, dès 1799, sous la pression des négociants, Bonaparte entend rétablir l’esclavage, chose faite par la loi du 20 mai 1802. Si la date de la gravure ne nous est pas connue, elle traduit l’image qu’on se fait alors en France de Toussaint Louverture, son titre ne laissant aucune ambiguïté : elle représente celui qui s’est battu pour la France et se tourne maintenant contre elle. Cette image fut sans doute largement diffusée : la technique de l’eau forte, impression à partir d’une plaque de cuivre gravée, permet  en effet de multiplier les impressions sans altérer la gravure et de réduire sensiblement le prix de l’image, vendue par exemple par les colporteurs.

Analyse des images

Grand général et ennemi de la France

L’estampe reprend les canons du portrait équestre. Toussaint Louverture est figuré ici en uniforme de général français sabre au clair sur son cheval Bel-Argent se cabrant. Ce choix peut renvoyer à l’origine du nom de Louverture qu’il doit à ses qualités de cavalier, qui lui valurent le surnom de « L’Ouverture ». Mais la composition de l’image tranche avec un portrait équestre classique en opposant la verticalité du cavalier, le mouvement vers l’avant du cheval et le visage de Toussaint Louverture tourné vers l’arrière cherchant du regard les ennemis à ses trousses. L’auteur n’a par ailleurs pas cherché dans les traits de Toussaint Louverture la ressemblance ou le moindre réalisme. En arrière-plan, on aperçoit un navire français abordant le Cap-Haïtien, possible évocation du débarquement de Leclerc. 

Interprétation

Toussaint Louverture, l’homme aux mille visages

L’eau-forte nous présente Toussaint Louverture devenu un « Napoléon noir » rebelle. Tout au long du XIXe siècle, les différents portraits réalisés déforment jusqu’aux traits physiques du révolutionnaire, pour véhiculer différents discours. Et ce d’autant plus facilement que peu connaissent son vrai visage car très rares furent les portraits de Toussaint Louverture réalisées de son vivant. Toutefois, les historiens s’accordent à reconnaître celui réalisé par Pierre-Charles Baquoy en 1802 comme le plus fidèle. Or les traits de Toussaint Louverture sur cette eau-forte ne correspondent absolument pas à la gravure de Baquoy. Les portraits de Toussaint Louverture en font tantôt un héros modèle, tantôt un militaire ambitieux ou un dictateur au visage peu amène. Dans l’historiographie il reste une figure complexe, à la fois combattant l’esclavage et émancipateur d’Haïti, mais aussi celui qui pour préserver la prospérité de l’île a invité les planteurs à rester à Haïti et imposé à l’automne 1801 aux anciens esclaves de travailler et résider sur les plantations.

Quoiqu’il en soit, Toussaint Louverture se soumet le 2 mai 1802. Il est arrêté le 7 juin, ramené en France, et incarcéré au fort de Joux dans le Jura. C’est finalement son second Jean-Jacques Dessalines (1758-1806) (1) qui prend la tête de la nouvelle insurrection provoquée par l’arrivée de Leclerc et la brutalité des Français. Dessalines réalise le projet de Toussaint Louveture en proclamant l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804.

Bibliographie

De Cauna Jacques, Le véritable visage de Toussaint Louverture, Les Anneaux de la mémoire (en ligne sur www.anneauxdelamemoire.org)

Philippe Girard, Ces esclaves qui ont vaincu Napoléon. Toussaint Louverture et la guerre d'indépendance haïtienne (1801-1804), Les Perséides, 2012

Anne Jollet (dir.), Révoltes et révolutions en Europe et aux Amérique de 1773 à 1803, Paris, Ellipses, 2005

Notes

1- Jean-Jacques Dessalines (1758-1806) : arrivé de la Guinée-équatoriale, il est esclave à Saint-Domingue (Haïti). En 1791, il rallie la révolte de l'île et devient le lieteunant de Toussaint Louverture. Lorsque Bonaparte rétablit l'esclavage en 1802, il s'allie aux Anglais pour chasser les Français. Le 1er janvier 1804, il proclame l'indépendance de Saint-Domingue sous le nom d'Haïti et devient le premier empereur d'Hïti en septembre sous le nom de Jacques Ier.

Pour citer cet article
Guillaume BOUREL, « Toussaint Louverture, maître de Saint-Domingue, 1801-1802 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21 octobre 2021. URL : http://histoire-image.org/fr/comment/reply/15900
Glossaire
  • Imagerie populaire : Née avec les techniques d’impression mécanique qui permettent la reproduction d’une même image à l’infini et sa diffusion à moindre coût et au plus grand nombre à des fins d’information, mais également de propagande. L’un des principaux centres de fabrication de ces gravures populaires est Épinal – on parle en ce cas d’images d’Épinal.
  • Liens

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