René Caillié, un Français à Tombouctou, 1828 | L'histoire par l'image

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René Caillié, un Français à Tombouctou, 1828

Date de publication : novembre 2021

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Contexte historique

Les débuts de l’exploration de l’Afrique

Sous la Restauration, la France ne conserve de son premier empire colonial que des confettis. Sa présence en Afrique se résume à Saint-Louis du Sénégal et l’île de Gorée. Les négociants semblent se désintéresser du continent et, si quelques officiers de marine signent sur la côte sénégalaise des traités de cession de terrains avec des chefs de villages, ils n’entraînent pas d’implantation durable.

L’intérêt pour l’Afrique est d’abord géographique. Signe d’une curiosité nouvelle, les cartographes de la fin du XVIIIe siècle ne remplissent plus les espaces inconnus du continent de représentations iconographiques diverses (animaux, par exemple), mais les laissent en blanc. Ces blancs sont autant d’injonctions à explorer. Les premières initiatives furent anglaises, et l’Écossais Mungo Park avait déjà remonté la partie médiane du fleuve Niger, mais était mort durant sa seconde expédition en 1806.

C’est dans cet esprit qu’est fondée à Paris, en 1821, la Société de géographie. Elle regroupe les plus grands savants de l’époque, comme Laplace, son premier président, Cuvier, Chaptal ou Champollion. Elle promeut les connaissances géographiques en s’appuyant de façon privilégiée sur les récits des explorateurs. En 1826, elle lance un concours sur la localisation de Tombouctou, assorti d’un prix de 7 000 francs. Cette ville marchande, au carrefour des routes caravanières et du fleuve Niger, fascine les Européens qui n’en n’ont qu’une connaissance livresque.

La médaille conservée au musée du Quai Branly, reproduction de celle en or attribuée en 1830 à René Caillié, est révélatrice de la démarche de la société de géographie française. À la différence des sociétés britanniques, l’African Association ou la Royal Society of Geography, elle ne recrute ni ne finance des explorateurs. La société fixe un objectif scientifique et encourage. René Caillié est d’ailleurs une figure atypique du monde des explorateurs, qui sont souvent des officiers de marine. Fils d’un ouvrier condamné au bagne, son goût de l’aventure lui vient de la lecture de Robinson Crusoé. Il s’est embarqué comme matelot en 1814 sur une des frégates qui reprennent possession de Saint-Louis, un temps occupé par les Anglais. Dès 1824, il entreprend de rallier seul, et sans soutien financier, Tombouctou, qu’il atteint en mai 1828.

Analyse des images

La course à Tombouctou

L’avers de la médaille montre Minerve, identifiable à son casque et la peau de chèvre qui couvre sa poitrine et ses épaules. La représentation est ici dépourvue des autres attributs traditionnels de la déesse qui l’associeraient à la guerre : le bouclier et la lance. La Société de géographie a repris l’emblème déjà choisi par l’Institut de France en 1795 : Minerve, déesse de la sagesse et de l’intelligence, décerne une couronne de laurier. Le prix récompense avant tout l’apport de Caillié à la science. Minerve tient une seconde couronne dans sa main gauche, comme une incitation par la Société de géographie à poursuivre les explorations géographiques.

Le revers de la médaille désigne la découverte par René Caillié de Tombouctou et Jenné (ou Djenné). La mention de ces deux villes marchandes témoigne de la fascination des Européens pour les richesses de l’Afrique mais, surtout, souligne le rôle de René Caillié dans la connaissance du fleuve Niger. La couronne de laurier, symbole de gloire, qui entoure l’inscription célèbre l’apport d’un Français à la connaissance géographique précise de cette partie du cours du fleuve.

Interprétation

L’affaire René Caillié

La médaille originale ne date que de 1830, car l’annonce de 1828 a donné lieu à une vive polémique franco-britannique. Le major Alexander G. Laing, missionné par le gouvernement anglais, est le premier à atteindre Tombouctou en 1826, mais il y est assassiné et ses notes ont disparu. L’African Association va jusqu’à accuser Caillié d’imposture. Pendant deux ans, la Société de géographie mène l’enquête auprès de ses correspondants sur le terrain pour valider le récit de Caillié, finalement publié en 1830 aux frais de la société, tout en attribuant une médaille à chacun des deux explorateurs.

Les sociétés de géographie ont capté le voyage dans le domaine de la géographie et confèrent une visibilité au récit du voyageur. Avec la prouesse de René Caillié, un aventurier inconnu du monde savant parisien, la société ne peut espérer mieux, car il illustre les résultats de l’émulation qu’elle entend favoriser.

La démarche des géographes et des explorateurs « purs » est scientifique et ne s’inscrit pas avant le milieu du XIXe siècle dans l’entreprise de conquête coloniale. Toutefois, l’affaire René Caillié révèle que la compétition franco-britannique en Afrique se joue également dans la sphère, à peine feutrée, des sociétés savantes.

Bibliographie

HUGON Anne, L’Afrique des explorateurs, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard » (nos 117 et 216), 1991-1994, 2 vol.

LEJEUNE Dominique, Les Sociétés de géographie en France et l’Expansion coloniale au XIXe siècle, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Albin Michel de l’histoire », 1993.

SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE, Colloque René Caillié, le samedi 20 novembre 1999. Colloque Alexandre de Humboldt, le dimanche 6 juin 1999, actes de colloques (Paris, 1999), Acta geographica, no 123, 2000.

SURUN Isabelle, Dévoiler l’Afrique ? Lieux et pratiques de l’exploration (Afrique occidentale, 1780-1880), Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. « Histoire contemporaine » (no 19), 2018.

Pour citer cet article
Guillaume BOUREL, « René Caillié, un Français à Tombouctou, 1828 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : http://histoire-image.org/fr/comment/reply/15914
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