Le calendrier 1946 des Éclaireurs de France | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Le calendrier 1946 des Éclaireurs de France

Date de publication : janvier 2020

Chercheur associé au Centre Norbert-Elias (UMR 8562, université d’Avignon), membre de l’équipe de recherche en histoire sociale de l’éducation (ERHISE ; université de Genève)

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Contexte historique

Vendre le calendrier des Éclaireurs en 1945

Fin 1945, les quarante-quatre mille Éclaireurs de France vendent leur calendrier annuel illustré par le peintre Jacques Pecnard, formé à l’école Estienne puis à l’École des arts appliqués. Familier de l’illustration scoute, le trait de Pecnard, connu des scouts, sert une vente militante assurée par les jeunes eux-mêmes.

Les Éclaireurs sont alors présidés par l’inspecteur général Gustave Monod (1885-1968), directeur de l’Enseignement du second degré au ministère de l’Éducation nationale. Ancien chargé de mission pour Jean Zay, Monod initie en 1945 les « classes nouvelles », destinées à rénover l’enseignement public par l’Éducation nouvelle et dont les Éclaireurs diffusent les méthodes actives (formation des maîtres d’internat, instruction civique dans les collèges et lycées).

Analyse des images

Former la jeunesse scolaire au grand air

Un adolescent accroupi vient de tirer la flèche de son arc. Le titre, le millésime et l’arc tendu, emblème des Éclaireurs, occupent la base de la composition verticale que domine un ciel bleu. Le garçon, concentré, fronce les sourcils et son visage marque sa détermination.

Demeure essentielle l’évocation de la sculpture Héraklès archer d’Antoine Bourdelle (1909). Sur le bronze monumental, le héros visait des oiseaux depuis un relief escarpé, mettant en évidence une puissante musculature. En 1945, l’adolescent aux pieds nus se tient sur un sol plan, condition de l’équilibre pour réussir le tir. Héraklès archer est d’autant mieux connu qu’il est alors omniprésent dans la culture scolaire. La sculpture emblématique orne la couverture des cahiers Héraklès® utilisés par tous les écoliers. À l’imagerie scolaire de la force mythologique répond l’invitation faite aux Éclaireurs d’imiter la souplesse, la force et l’habileté du héros antique.

Lassé de l’écoute immobile et docile dans l’enceinte scolaire, l’archer peint par Jacques Pecnard invite à sortir dehors pour éprouver la vie au grand air, celle qui tend les muscles, aiguise le regard, projette l’individu vers le lointain. L’école, qui épuise l’enfance par sa contrainte du silence et de l’obéissance, doit chercher hors les murs les conditions de sa renaissance en mobilisant ainsi toutes les facultés de l’élève. L’épais brossage composant le ciel bleu au léger nuage blanc conforte le désir d’évasion. La même teinte se retrouve dans le foulard scout noué autour du cou.

Interprétation

Éduquer socialement et virilement

Le scoutisme tient alors le haut du pavé dans les politiques de jeunesse, au croisement des enjeux éducatifs et sociaux tels que les imaginent les politiques publiques de la France de la Libération.

Les Éclaireurs appuient alors la République des jeunes, ancêtre des maisons des jeunes. Ils participent aux camps nautiques et de montagne de l’Union nautique française et de l’Union nationale des camps de montagne. Depuis décembre 1944, ils encadrent les patronages laïques des Francs et Franches Camarades. Ils accueillent dans leurs camps des jeunes handicapés. En lien avec la Protection judiciaire de la jeunesse, créée avec l’ordonnance de février 1945, ils interviennent dans la rééducation des mineurs délinquants. Avec les Ceméa, ils forment les normaliennes et les normaliens au monitorat des colonies de vacances.

Le ciel bleu du calendrier 1946 possède une évidente dimension consensuelle, susceptible de faire oublier les ambivalences du scoutisme sous le secrétariat général à la Jeunesse (1940-1944). Il est aussi vrai que, patriote, le scoutisme français répugnât à servir l’antisémitisme de Vichy.

Sur la couverture du calendrier, le regard de l’archer et les lignes droites affirment une éducation virile. Dans les pages intérieures, le ski, la natation et la course à pied appellent de leurs vœux une école idéale de l’énergie masculine par l’éducation physique. Le moment est au vote des citoyennes, effectif depuis les élections municipales du printemps 1945 et les législatives de l’automne. Le rapprochement des Éclaireurs avec la Fédération des Éclaireuses intervient dès l’année 1946. Mais avec une telle évocation virile, la coéducation des filles et des garçons est-elle réellement souhaitée par les Éclaireurs ?

Bibliographie

BAUBÉROT Arnaud, DUVAL Nathalie (dir.), Le scoutisme entre guerre et paix au XXe siècle, Paris, L’Harmattan, coll. « Jeunesse, scoutisme, société », 2006.

CONDETTE Jean-François, FIGEAC-MONTHUS Marguerite (dir.), Sur les traces du passé de l’éducation… Patrimoines et territoires de la recherche en éducation dans l’espace français, Pessac, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, 2014.

GUTIERREZ Laurent, BESSE Laurent, PROST Antoine (dir.), Réformer l’école : l’apport de l’Éducation nouvelle (1930-1970), actes de colloque (Paris, Créteil, 2010), Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, coll. « Enseignement et réformes », 2012.

KERGOMARD Pierre, FRANÇOIS Pierre, Histoire des Éclaireurs de France de 1911 à 1951, Paris, Éclaireuses et Éclaireurs de France, 1983.

Pour citer cet article
Nicolas PALLUAU, « Le calendrier 1946 des Éclaireurs de France », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 06 mai 2021. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/calendrier-1946-eclaireurs-france
Glossaire
  • Ceméa : Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active. Association d’éducation populaire fondée en 1937.
  • Scoutisme : Organisation mondiale ayant pour but la formation morale, physique, pratique et civique des enfants et des adolescents des deux sexes, créée par lord Robert Baden-Powell en 1907.
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