Combat des écoles – L’Idéalisme et le Réalisme | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Combat des écoles – L’Idéalisme et le Réalisme

Date de publication : décembre 2021

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Contexte historique

Les beaux-arts contre le réalisme

Pour l’exposition universelle qu’il organise à Paris en 1855, le Second Empire entend se démarquer de l’édition inaugurale londonienne de 1851 en adjoignant au Palais de l’Industrie qu’il fait construire à cette occasion un Palais des Beaux-Arts. Plus d’un millier d’artistes étrangers y sont invités, auxquels s’ajoutent plus de mille Français. Parmi eux, sont présents les représentants antagonistes du néoclassicisme et du romantisme, Jean-Auguste-Dominique Ingres et Eugène Delacroix, mais pas Gustave Courbet, le chef de file du réalisme. 

Frustré par cette décision, qui témoigne du conservatisme de l’Académie des beaux-arts qui a la haute main sur la sélection, Courbet se résout à faire bâtir à ses frais, à deux pas de l’exposition officielle, son propre Pavillon du réalisme. Il y présente l’essentiel de sa production artistique qu’il place sous l’égide de sa toile maîtresse : L’Atelier du peintre. Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique (et morale) (1855, musée d’Orsay). Cette grande composition au titre en forme de manifeste, qui, de surcroît, renvoie chronologiquement à la date de la IIe République à laquelle le Second Empire a mis fin, témoigne de l’esprit de combat qui anime alors Courbet et Daumier avec lui.

La Monarchie de Juillet avait en effet envoyé le caricaturiste quelques mois en prison pour sa satire de Louis-Philippe en Gargantua. La loi sur la censure de 1835 avait eu raison de sa veine explicitement politique et le répit qui s’ouvrit en 1848 s’avéra rapidement de courte durée. Une censure qui, sous le Second Empire, continuait de menacer Le Charivari (1), ce journal satirique dans lequel parut son Combat des écoles.

Analyse des images

C’est Courbet et ce n’est pas lui que Daumier représente dans sa lithographie intitulée Combat des écoles – L’Idéalisme et le Réalisme. Le caricaturiste n’a pas reproduit les traits individuels du peintre réaliste, mais le dessin qu’il en fait permet de le reconnaître à travers son type social. Chaussé de lourds sabots (Courbet est Franc-comtois et revendique ses origines paysannes), coiffé d’un gibus (2), vêtu de pantalons et d’un gilet assorti à gros carreaux qui lui donnent une allure populaire, l’énergumène tient entre ses mains une brosse à garniture large et une palette maculée. Ces « armes » semblent quelque peu dérisoires face au long bâton d’appui que s’apprête à lancer contre lui, comme s’il s’agissait d’un javelot, une figure élancée et nue, pudiquement protégée par une grande palette ronde qu’il tient comme un bouclier, un casque d’hoplite (3) sur le crâne et des lunettes sur le nez.

L’adversaire et néanmoins confrère que Daumier confronte ici au réalisme n’est pas non plus identifiable. Il est cependant reconnaissable comme figure-type de l’idéalisme, bien que son menton en galoche et sa vue qui baisse entament toutefois quelque peu son allure d’athlète en suggérant qu’il appartient au passé.

Interprétation

Satire artistique ou politique ?

De fait, pour les amateurs d’art de l’époque, le modèle pictural historique dont il dérive est transparent. Il s’agit de Romulus (4), tel que Jacques-Louis David l’a représenté dans Les Sabines (1799, musée du Louvre), retenant son trait contre le Sabin Tatius grâce à l’intervention d’Hersilie (4), qui sépare d’un grand geste les frères ennemis ; une figure pacificatrice absente, quant à elle, du dessin de Daumier. Compte tenu du contexte politico-artistique de 1855, l’ironie qui a présidé à cette citation (5) autant qu’à ces ellipses (6) n’est probablement pas sans arrière-pensée chez le républicain convaincu qu’est Daumier.

Dans ce contexte, l’arène artistique fournit aux contestataires un substitut à un champ de bataille politique trop exposé. Revendiquer le réalisme en peinture, comme le fait Courbet, s’apparente alors à une profession de foi républicaine ; l’Académie ne s’y est pas trompée. La sympathie artistique de Daumier va certainement au réalisme, comme ses affinités politiques le portent du côté du républicanisme, mais son art de la caricature ne peut toutefois manquer de railler également les prétentions des uns et des autres sur ces domaines.

Dans ce but, Daumier ne puise pas, comme David, dans les ressources de la mythologie, mais dans les combats artistiques les plus brûlants de son époque. Du peintre néoclassique, le caricaturiste retire cependant une leçon analogue : David avait découvert dans le sujet de la guerre fratricide entre Sabins et Romains une image de réconciliation qui correspondait sans doute aux aspirations de la plupart des Français, dix ans après le début de la Révolution, l’année même où Napoléon Bonaparte décrétait celle-ci « finie ».

Bibliographie

Charles BAUDELAIRE, Quelques caricaturistes français, 1857, in Écrits sur l’art, Paris, Le Livre de Poche, 2008.

Timothy J. CLARK, Le Bourgeois absolu. Les artistes et la politique en France de 1848 à 1851, Villeurbanne, Art édition, 1992.

Ives COLTA, Margret STUFFMANN, Martin SONNABEND (dir.), Daumier Drawings, New York, Metropolitan Museum, 1992.

Michel MELOT, Daumier, l’art et la République, Paris, Les Belles Lettres, 2008.

Charles ROSEN, Henri ZERNER, Romantisme et réalisme. Mythes de l’art du xixe siècle, Paris, Albin Michel, 1986.

Notes

1 - Le Charivari : premier journal satirique français fondé par Charles Philippon en 1832. Il cesse de paraître en 1937.

2 - Gibus : chapeau claque.

3 - Hoplite : fantassins de la Grèce antique lourdement armés.

4 - Romulus : personnage légendaire de la Rome antique. Il est le frère jumeaux de Remus, élévés par la Louve romaine et fonde avec son frère Rome. Il est à l'orgine de la guerre avec les Sabins, peuple du l'Italie du nord dont il enlève les femmes. La Sabine Hersilie épouse Romulus, roi de Rome.

5 - Citation : reproduire une partie d'une oeuvre.

6 - Ellipse : omission d'éléments ou procédé allusif qui n'interfère Pas dans la compréhension, voire peu lui donner un sens.

 

Pour citer cet article
Paul BERNARD-NOURAUD, « Combat des écoles – L’Idéalisme et le Réalisme », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/combat-ecoles-idealisme-realisme
Glossaire
  • Réalisme : Courant artistique du XIXe siècle qui privilégie une représentation non idéalisée de sujets inspirés du monde réel. Le peintre Gustave Courbet en est la figure de proue, et son tableau "Un enterrement à Ornans", exposé en 1855, le premier manifeste.
  • Néoclassicisme : Mouvement artistique qui se développe du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle. Renouant avec le classicisme du XVIIe siècle, il entend revenir aux modèles hérités de l’Antiquité, redécouverts par l’archéologie naissante. Il se caractérise par une représentation idéalisée des formes mises en valeur par le dessin.
  • Académie des beaux-arts : Créée en 1816 par la réunion de l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648, de l’Académie royale de musique, fondée en 1669, et de l’Académie royale d’architecture, fondée en 1671. Institution qui rassemble les artistes distingués par une assemblée de pairs et travaillant le plus souvent pour la couronne. Elle définit les règles de l’art et du bon goût, forme les artistes, organise des expositions.
  • Exposition universelle : Présentation publique durant laquelle des produits de l’art et de l’industrie du monde entier sont exposés. La première a eu lieu à Londres en 1851.
  • Romantisme : Le mot est introduit dans la langue française par Rousseau à la fin du XVIIIe siècle. Il désigne par la suite un élan culturel qui traverse la littérature européenne au début du XIXe siècle, puis tous les arts. Rompant avec les règles classiques, la génération romantique explore toutes les émotions données par de nouveaux sujets, en privilégiant souvent la couleur et le mouvement.
  • Liens

    71 années disponibles du Le Charivari disponible sur Gallica

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