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Les Artistes animaliers au Jardin des Plantes

Les Artistes animaliers au Jardin des Plantes

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : 2 août 1902

Parue dans L'Illustration du 7 août 1902

Domaine : Estampes-Gravures

© Fortunino Matania © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Lien vers l'image

15-517921

  • Les Artistes animaliers au Jardin des Plantes

Les artistes du jardin des Plantes

Date de publication : Juillet 2023

Auteur : Lucie NICCOLI

La ménagerie du Jardin des Plantes, lieu de formation pour les scientifiques et les artistes

La création du « Jardin royal des plantes médicinales » par Louis XIII en 1640 répondait déjà à un besoin de formation – celui des futurs médecins et apothicaires. En 1729 y est ajouté un cabinet d’Histoire naturelle destiné à recevoir les collections royales de zoologie et de minéralogie. Des cours en botanique, chimie et anatomie y sont dispensés, gratuits et accessibles à tous. Enrichi de nouvelles essences exotiques et agrandi, le Jardin est rebaptisé « Muséum d’histoire naturelle » par un décret de la Convention, en 1793. Elle décide l’année suivante d’y créer une ménagerie, à partir de celles de Versailles et du Raincy, pour divertir et éduquer le grand public, mais aussi compléter par l’étude d’animaux vivants la formation des scientifiques et des artistes. Le modèle parisien, développé sous les directions de Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier, est reproduit en Europe, notamment à Londres, Anvers ou Berlin.

Aux XIXe et XXe siècles, la ménagerie est fréquentée tous les matins – de six heures à treize heures, avant l’ouverture au public – par de nombreux peintres et sculpteurs : Delacroix et Barye parmi les premiers, puis Rosa Bonheur, Emmanuel Frémiet, Jean-Léon Gérôme, Gustave Moreau, Rembrandt Bugatti, François Pompon ou encore Paul Jouve. La fonction de professeur de dessin au Muséum est même créée, exercée notamment par Barye de 1854 à 1875, puis Frémiet, jusqu’en 1910. Théophile Gautier le premier, en 1855 (dans Les Beaux-Arts en Europe) emploie l’expression de « peintres animaliers » afin de distinguer ceux-ci des paysagistes.

En 1902, Fortunino Matania, jeune illustrateur napolitain à l’aube d’une brillante carrière, peint pour L’Illustration française le spectacle pittoresque de ces artistes animaliers à l’œuvre au Jardin des Plantes. D’une précision quasi photographique, le dessin original à l’encre ou à l’aquarelle a sans doute été reproduit par similigravure, une technique d’impression mise au point dans les années 1880, aux points de trame caractéristiques. Cette œuvre occupant une pleine page témoigne de la qualité du magazine, destiné à un public bourgeois éclairé, qui devint, à partir de sa reprise par la famille Baschet en 1904, le premier magazine au monde par son tirage (92 000 exemplaires en 1907). Il accueillait déjà des photographies documentaires de petite taille, mais réservait ses pleines pages à des artistes de renom, travaillant parfois eux-mêmes à partir de photographies.

Le spectacle pittoresque des artistes observant les fauves

Matania a représenté un groupe de peintres et sculpteurs – parmi lesquels une femme, vêtue de couleurs claires – placés en demi-cercle devant les cages à barreaux des fauves – lion, lionne et tigre. Ces animaux dits « féroces » avaient la préférence du public comme des artistes, ainsi que les grands mammifères et les singes imitant l’homme.

Au premier plan, dans un souci sans doute pédagogique, tout le matériel du peintre est donné à voir : son chevalet portant la toile en cours, sa palette et ses pinceaux, sa boîte de couleurs ouverte. L’angle de vue, de côté et en légère plongée, et le cadrage serré concentrent l’attention sur l’interaction entre les hommes et les animaux, leurs attitudes et leurs regards respectifs. Chaque groupe occupe une moitié de l’image de part et d’autre de la diagonale dessinée par la façade de la galerie.

La plupart des artistes ne sont pas représentés en train de peindre ou de modeler, mais de regarder attentivement les félins pour en mesurer précisément les proportions, s’aidant, l’un d’une baguette horizontale, un autre d’une sorte de règle. Tout près de la cage du tigre, un sculpteur agite un chiffon, sans doute pour l’inciter à changer de position.

A l’étroit dans leurs cages alignées où ils semblent s’ennuyer, les fauves observent eux-mêmes les artistes. Leur attitude apathique ne correspond pas à la description, sans doute ironique, qu’en fait le petit article associé à la gravure : estimant qu’une intimité s’est installée entre les hommes et leurs modèles, il prétend que ceux-ci, « vigoureux et superbes », éprouvent même du plaisir à poser.

Jusqu’à l’avènement de la photographie, l’art au service de la science

À l’époque où Matania peint cette scène, en 1902, les fauves occupent encore la « galerie des animaux féroces » achevée par l’architecte Molinos en 1821 : un long bâtiment composé d’une succession de cellules d’environ douze mètres carrés, scandé par des pilastres. L’avantage de cette présentation rappelant celle des collections d’histoire naturelle était d’offrir une visibilité optimale aux spectateurs. Leur instinct sauvage et leurs mouvements ainsi bridés, les grands félins semblent certes poser, mais sans plaisir ni entrain.

Frémiet recommandait d’ailleurs à ses élèves, une fois exercés au dessin d’après des squelettes puis des moulages sur nature, de dessiner les animaux vivants, de préférence « stationnaires ou endormis », afin d’en détailler plus facilement l’anatomie et d’obtenir un rendu réaliste.

La création des ménageries en Europe, conçues comme des annexes des cabinets d’histoire naturelle, suscita en effet un grand intérêt pour l’étude des animaux exotiques à laquelle les artistes, auxiliaires des naturalistes avant d’être supplantés par les photographes, contribuèrent largement. Dès 1853 parurent les premières planches de la Photographie zoologique de Louis Rousseau et Achille Devéria. Après Frémiet, des sculpteurs animaliers tels que Pompon et Bugatti s’affranchirent du réalisme et simplifièrent les lignes au profit d’attitudes plus naturelles.

Délabrée à la fin du XIXe siècle, la galerie des animaux féroces fut détruite et les fauves relogés en 1937 dans l’actuelle fauverie de style Art déco, aux cages plus spacieuses, dotées de cours.

Collectif, Les Origines du monde. L'invention de la nature au XIXe siècle, catalogue de l’exposition présentée au musée d'Orsay, coédition Gallimard/musée d’Orsay, Paris, 2020

Lucinda GOSLING, Drawing from History: The Forgotten Art of Fortunio Matania, Book Palace Books, Londres, 2016.

Cécilie CHAMPY-VINAS, « Les sculpteurs au zoo. Sculpter les animaux sauvages, de Barye à Pompon », dans Ligeia, vol. 29, no. 145-148 (janvier-juin 2016), p. 130-139

Luc VEZIN, Les artistes au Jardin des plantes, Herscher, Paris, 1990.

Lucie NICCOLI, « Les artistes du jardin des Plantes », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22/04/2024. URL : histoire-image.org/etudes/artistes-jardin-plantes

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