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Animaux divers du Jardin des plantes (planche de 1854)

Animaux divers du Jardin des plantes (planche de 1854)

Le jardin des Plantes (planche 63)

Le jardin des Plantes (planche 63)

Animaux du jardin des Plantes (planche 540)

Animaux du jardin des Plantes (planche 540)

Animaux du jardin des Plantes (planche 507)

Animaux du jardin des Plantes (planche 507)

Animaux divers du Jardin des plantes (planche de 1854)

Animaux divers du Jardin des plantes (planche de 1854)

Date de création : 1854

H. : 46 cm

L. : 37 cm

Imprimeur : Pellerin, Épinal.

Gravure sur bois en couleurs.

Domaine : Estampes-Gravures

Bibliothèque Nationale de France - Domaine public © Gallica

Lien vers l'image

FOL-LI-59 (4)

  • Animaux divers du Jardin des plantes (planche de 1854)

Les animaux de la ménagerie du Jardin des Plantes représentés dans les images d’Épinal

Date de publication : Juillet 2023

Auteur : Lucie NICCOLI

L’imagerie d’Épinal et les animaux du Jardin des Plantes

La seconde moitié du XIXe siècle est pour la fabrique Pellerin, fondée en 1796 par Jean-Charles Pellerin à Épinal, dans les Vosges, la période la plus prospère de son existence : d'abord artisanale, la production devient industrielle et à destination d’un public international. La technique de la lithographie supplante progressivement celle des bois gravés et les machines à colorier, l’application de pochoirs à la main.

Sous le Second Empire, les portraits de la nouvelle famille impériale s’inscrivent dans la continuité de l’épopée napoléonienne, célébrée même pendant la Restauration à travers ses grandes batailles et planches de soldats. Les images pieuses, principal fonds de commerce de Pellerin, restent majoritaires dans la production, mais celle-ci se diversifie et l’imagerie spécifiquement « pour enfants », à vocation morale, pédagogique ou récréative, se développe.

Les planches à registres d’animaux du Jardin des Plantes de Paris, éditées à partir de 1854 et jusqu’aux années 1920, font partie de ces images pour la jeunesse qui rencontrent un grand succès. Vendues par les libraires ou les colporteurs, à la feuille ou assemblées en recueils, elles répondent à la curiosité du public français et européen pour les animaux exotiques qu’il avait pu découvrir grâce à l’ouverture des premières ménageries nationales au début du XIXe siècle – celle de Paris dès 1794. Auparavant, seuls les princes en collectionnaient quelques spécimens remarquables dans leurs résidences, pour l’apparat et la distraction de leur cour – les rois de France, à Versailles, ceux d’Angleterre, à Londres, les Habsbourg, au château de Schönnbrunn, notamment.

Plusieurs planches représentant les animaux du Jardin des Plantes entre 1854 et 1870 environ témoignent des premiers aménagements de la ménagerie, des animaux qui s’y trouvaient et de ceux qui étaient les plus appréciés. Les deux premières ont été éditées par Pellerin tandis que les deux suivantes sont estampillées « Pinot et Sagaire », entreprise concurrente fondée en 1860 par Charles Pinot, un ancien dessinateur de talent de l’imagerie Pellerin. Certaines vignettes, comme celles du bouquetin, du zèbre ou du jaguar, sont presque semblables d’une planche à l’autre, la fabrique Pellerin utilisant plusieurs fois les mêmes modèles et sa concurrente en ayant également repris certains. Ces vignettes et d’autres dans les planches 63, 507 et 540 sont des copies de xylogravures figurant dans Illustrated Natural History of the Animal Kingdom, la somme publiée en 1859 par l’Américain Samuel Griswold Goodrich, qui vécut à Paris de 1851 à 1855 et fréquenta le Jardin des Plantes.

La ménagerie et ses animaux dans les années 1850-1860

Le choix des animaux est emblématique du goût de l’époque pour le sensationnel et la férocité : chaque planche comprend au moins un exemplaire d’un félin ou « animal féroce » – lion, hyène, lynx ou panthère, souvent montré chassant ou à côté de restes de repas – et d’un grand mammifère herbivore considéré comme un « animal paisible » – éléphant, « giraffe », chameau, hippopotame ou rhinocéros.
Singes et ours dressés sur leurs pattes, exhibés dans les foires et objets de fascination depuis l’Antiquité pour leur ressemblance avec l’homme, font aussi partie des favoris du public. Les premiers pensionnaires de la ménagerie avaient d’ailleurs été confisqués à des forains.
A ces trois catégories, il faut ajouter les gros serpents – ici, des boas – accueillis massivement dans la ménagerie à partir de 1838, des petits mammifères étonnants tels que le sarigue de Virginie, (pl. 63) ou le porc-épic du Cap (pl. 540), figurés plus grands que nature, des oiseaux – encore nombreux dans la planche de 1854, ceux-ci constituant une grande partie des premiers animaux issus de la ménagerie royale de Versailles – et plusieurs bovidés et équidés sauvages tels que bison, cerfs, bouquetins et zèbres.
Quelques animaux vedettes sont reconnaissables : dans la planche de 1854, le lion accompagné d’un petit chien rappelle Woira et son inséparable compagnon, qui vécurent à la ménagerie de 1794 à 1796 ; dans la planche 540, la girafe portant encore son licol est une allusion à Zarafa, offerte par le pacha d’Égypte Mehmet Ali à Charles X en 1827 et première de son espèce à arriver en Europe.
La représentation des animaux est globalement réaliste, résultat de plusieurs années d’accès libre aux ménageries pour les artistes et d’un enseignement rigoureux de l’art animalier. Quelques maladresses apparaissent cependant, en particulier dans la planche de 1854, la première éditée sur ce thème, dans laquelle le dessin des grands herbivores et des fauves est plus naïf. Dans la planche 540, pourtant postérieure, les proportions de l’hippopotame sont fantaisistes, sans doute en raison de l’arrivée récente du premier spécimen à la ménagerie, don du vice-roi d’Égypte à Napoléon III en 1853.

Dans la plupart des vignettes, les animaux sont entourés de végétation, quelques barrières et éléments d’architecture rappelant leur captivité. Les petites cabanes de rondins, torchis et toits de chaume sont les « fabriques » construites en 1802 par l’architecte Molinos et inspirées de la ferme de Marie-Antoinette à Versailles. En bas de la planche 507, les singes apparaissent dans une cage grillagée de la singerie de 1837. Derrière l’éléphant et la girafe de la planche 540 est aussi visible un pan de la rotonde qui abrita les grands herbivores de 1812 à 1976, aujourd’hui devenue musée. Sur cette même planche, l’ours – « Martin », comme tous ceux qui vécurent à la ménagerie – gigantesque par rapport aux visiteurs, se tient dans la fosse qui fut occupée jusqu’en 2004. Moins pittoresque, la longue galerie aux cellules étroites qui hébergea les félins pendant plus d’un siècle, n’est pas évoquée. Dans les planches 63, 507 et 540, les personnages présents aux côtés des animaux sont en majorité des visiteurs de la ménagerie, souvent une mère et sa fille, ou bien un père et son fils, communiquant leurs impressions et s’instruisant. Figurent aussi des jardiniers à l’œuvre ainsi que quelques soldats d’infanterie portant pantalon rouge garance et shako à pompon, qui assuraient peut-être la sécurité. Planche 507, le chameau est mené par un bédouin, qui pourrait l’avoir accompagné ou a été figuré là pour ajouter à l’exotisme.
La planche de 1854 se distingue des suivantes par l’absence de barrières à l’exception de quelques murets, laissant imaginer que les animaux évoluent en liberté, et la présence d’édifices étranges – tours couvertes d’un toit en dôme ou en pagode, peintes en blanc et doré – évoquant des palais orientaux. Le registre inférieur est par ailleurs tout entier occupé par une scène de chasse au lion et autres fauves menée par des guerriers noirs à cheval, qui fait voyager le spectateur en Afrique, loin du Jardin des Plantes de Paris.

Évolution du regard sur les animaux, de l’imaginaire exotique à l’observation et au questionnement scientifique

Ces images permettent d’observer une évolution dans la représentation des animaux, d’une certaine naïveté à une plus grande maîtrise des proportions, et d’un imaginaire encore nourri de références littéraires et picturales à une plus grande objectivité.
La planche de 1854 est plus narrative que les suivantes : la plupart des vignettes mettent en scène plusieurs animaux – généralement un grand et un ou plusieurs petits – qui semblent communiquer, à la manière d’une fable, jusqu’à l’étonnante chasse au lion, qui semble tirée des albums Pellerin sur l’Afrique colonisée. La réalité de la ménagerie, avec ses animaux confinés dans des cages étroites ou dans des volières, semble occultée pour laisser place à un ailleurs fantasmé. Dans les planches suivantes, les édifices évoquant un orient de fantaisie laissent place à l’évocation des bâtiments de la ménagerie, mais la supposée férocité des fauves, serpents et oiseaux de proie est encore illustrée par des scènes de combat, certaines, comme le lion écrasant de sa patte un serpent (pl. 507) ou le boa étouffant un tigre (pl. 540) sans doute inspirées des œuvres célèbres de Barye ou Delacroix.
Les grands singes imitant l’homme – deux orang-outang (pl. 1854 et 63) et un mandrill ressemblant plutôt à un grand chimpanzé, sous-titré « l’homme sauvage », (pl. 507) – font écho à l’intérêt porté par les scientifiques aux singes anthropoïdes depuis le XVIIIe siècle et aux débats sur leur degré de parenté avec l’espèce humaine. Le naturaliste Louis Daubenton (1716-1799), évoqué par la colonne que désigne une mère à sa fille (pl. 507), estimait, dans sa contribution à L’Histoire naturelle de Buffon, que l’orang-outang n’était pas un « homme sauvage » mais une espèce distincte, car il était quadrupède, et non bipède. Plus d’un siècle plus tard, en dépit de la parution de L’Origine des espèces (1859) de Charles Darwin, ces images montrent que le débat n’est pas clos.

Christelle ROCHETTE et Jennifer HEIM, Le trésor d’Épinal. Imagerie populaire, Gallimard, Paris / Musée de l’Image, Épinal, 2022.

Collectif, Les Origines du monde. L'invention de la nature au XIXe siècle, catalogue de l’exposition présentée au musée d'Orsay, coédition Gallimard/musée d’Orsay, Paris, 2020.

Cécilie CHAMPY-VINAS, « Les sculpteurs au zoo. Sculpter les animaux sauvages, de Barye à Pompon », dans Ligeia, vol. 29, no. 145-148 (janvier-juin 2016), p. 130-139.

Luc VEZIN, Les artistes au Jardin des plantes, Herscher, Paris, 1990.

Lucie NICCOLI, « Les animaux de la ménagerie du Jardin des Plantes représentés dans les images d’Épinal », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/animaux-menagerie-jardin-plantes-representes-images-epinal

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