Réception en l'honneur de la reine Victoria dans le Salon des Rois au château d'Eu le 3 septembre 1843.

Réception en l'honneur de la reine Victoria dans le Salon des Rois au château d'Eu le 3 septembre 1843.

Date de création : 1845

Date représentée : 03 septembre 1843

H. : 83,5 cm

L. : 144,5 cm

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Franck Raux

Lien vers l'image

MV 6118 - 15-528606

L'Entente cordiale

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Robert FOHR et Pascal TORRÈS

Sous les règnes de Louis-Philippe et de la reine Victoria, les relations entre la France et l’Angleterre s’améliorèrent. Cette première « Entente cordiale » fut plus l’œuvre des souverains et des ministres que des peuples : les opinions publiques anglaise et surtout française suivaient mal leurs gouvernements. Les ministres Guizot et Aberdeen, qui entretenaient des relations amicales, eurent à régler des querelles incessantes entre Français et Britanniques. Les liens entre les familles royales facilitèrent

cependant le rapprochement : la reine Victoria avait épousé le prince Albert de Saxe-Cobourg, neveu de Léopold de Belgique, lui-même gendre de Louis-Philippe. Ce dernier ressentit en septembre 1843 une immense joie en recevant Victoria et le prince consort au château d’Eu. Cette visite prouvait en effet que le « roi des Français » était considéré comme un souverain à part entière. L’année suivante, il fut reçu à son tour à Windsor.

La scène a lieu dans l’une des pièces de réception du château d’Eu, destinée aux réunions de famille, le « Salon des Rois », ainsi appelé en raison des onze portraits en pied de rois et reines de France qui le décoraient. On y reconnaît Louis-Philippe conversant avec le prince Albert sur un canapé. Lord Aberdeen et Guizot se tiennent debout devant eux. A la table sont réunis autour de la jeune reine Victoria le prince de Joinville, la princesse Clémentine, Madame Adélaïde, sœur du roi, et la duchesse d’Orléans. Debout se tiennent le duc d’Aumale, Martin du Nord, ministre de la Justice, et le duc de Montpensier ; à côté de la reine Victoria se trouvent la reine Marie-Amélie, épouse de Louis-Philippe, puis la reine des Belges. La princesse de Joinville, debout devant la table, converse avec le colonel de Chabannes. On aperçoit au fond de la pièce, à droite, le prince Auguste de Saxe-Cobourg. Ce 3 septembre étant un « Sunday close », on réduisit les activités : les princes passèrent la soirée dans ce salon, situé au premier étage de l’aile sud du château d’Eu, à converser et à feuilleter des albums. C’est cette ambiance familiale et chaleureuse que réussit à dépeindre Eugène Lami.

Commandée par le roi Louis-Philippe en 1844 avec un pendant, Concert dans la galerie des Guise, pour la somme totale de 5 000 F, cette composition de Lami reflète bien l’esprit de paix et d’harmonie qui animait à tous égards la monarchie de Juillet. Que le roi souhaitât conserver un souvenir de la réception qu’il avait donnée en l’honneur de la reine Victoria et du prince Albert est révélateur de l’importance qu’il accordait aux accords diplomatiques passés avec l’Angleterre. La paix avec l’ennemi héréditaire de la France, avec le vainqueur de l’Empire, représentait l’assurance du développement économique de la France, bien compréhensible dans le contexte d’un empire colonial en pleine gestation. Elle légitimait aussi la monarchie constitutionnelle d’assise bourgeoise mise en place par Louis-Philippe.
Le climat aimable et anecdotique des scènes de genre d’Eugène Lami, peintre et illustrateur (des comédies de Musset, notamment), explique le succès de l’artiste au Salon, où il exposa régulièrement de 1824 à 1878. Baudelaire lui rend un hommage aussi explicite qu’inattendu dans son Salon de 1859 : « En passant, nous pouvons jeter un regard d’admiration et presque de regret sur les charmantes productions de quelques hommes qui, dans l’époque de noble renaissance dont j’ai parlé au début de ce travail, représentaient le joli, le précieux, le délicieux, Eugène Lami qui, à travers ses paradoxaux petits personnages, nous fait voir un monde et un goût disparus… »

François BÉDARIDA, François CROUZET et Douglas JOHNSON De Guillaume le conquérant au Marché commun : dix siècles d'histoire franco-britannique Paris, Albin-Michel, 1979.

Jean-Baptiste DUROSELLE L’Europe de 1815 à nos jours : vie politique et relations internationales Paris, PUF, 1996.

André JARDIN et André-Jean TUDESQ La France des notables.1 : L’évolution générale 1815-1848 Paris, Seuil coll. « Points Histoire », 1973.

Robert FOHR et Pascal TORRÈS, « L'Entente cordiale », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 09/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/entente-cordiale

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