L'harmonie de Pont-Aven

L'harmonie de Pont-Aven

Arènes. Fanfare des gardians

Arènes. Fanfare des gardians

L'harmonie de Pont-Aven

L'harmonie de Pont-Aven

Auteur : LEMOINE Henri

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : vers 1900

H. : 6,6 cm

L. : 9,8 cm

Aristotype 

© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Lien vers l'image

PHO 1987 20 153 - 11-525719

  • L'harmonie de Pont-Aven

Jour de fête

Date de publication : Mars 2022

Auteur : Alexandre SUMPF

La France des fanfares

Au début du XXe siècle, il n’est pas rare que les photographes professionnels comme Henri Lemoine (1848-1924) ou amateurs anonymes captent les événements d’importance locale comme, à Pont-Aven, le concert en plein air de l’harmonie municipale, ou à Arles, le défilé des gardians (gardien de troupeau de chevaux ou de taureaux en Camargue) accompagnés de leur fanfare. Du dessin et de la lithographie le reportage est passé au cliché et à la photogravure, permettant au métier de prospérer et à des artistes comme Lemoine de séduire une clientèle de plus en plus étendue. Dans la France de la Belle Époque, où la République semble s’être enracinée, les coutumes et le folklore connaissent un regain lié à l’exaltation du sentiment patriotique. L’État et l’Église se séparent en 1905 mais l’empreinte du catholicisme, voire l’emprise de l’Église catholique, reste forte dans les régions rurales, en particulier en Bretagne. Porte de la Camargue, dotée d’un amphithéâtre romain réhabilité en 1840, Arles héberge la confrérie de Saint-Georges depuis plus de 500 ans : chaque année les gardians parcourent la cité en procession et finissent la journée avec des jeux équestres dans les arènes.

Les amateurs donnent le ton

Le cliché pris sur une place de la cité de Pont-Aven, en Bretagne, est pris en légère contre-plongée, ce qui magnifie le rôle central du chef d’harmonie, qui est en l’occurrence un prêtre catholique en soutane noire. Le soleil de printemps ou d’été crée un clair-obscur en plongeant dans l’ombre les façades de gauche, et en surexposant la façade blanche à droite. On remarque peu de spectateurs se tenant derrière les musiciens, ce qui laisse à penser que ceux-ci se tiennent plutôt hors-champ derrière l’appareil, et que les personnes dépourvues d’instrument sont peut-être des chanteurs. On distingue au moins 12 musiciens, percussionnistes (cymbales, grosse caisse) et cuivres (trombone et trompette) ; ce sont tous des hommes, même si des coiffes blanches typiques de la région ponctuent la scène.

À Arles, la fête des gardians 1911 ne serait pas la même sans la fanfare qui accompagne la procession à travers la ville. Ici, on se situe sans doute à la fin du défilé, lorsque le groupe fait son entrée dans l’amphithéâtre – dont on distingue les arcades – pour le spectacle. Il y a très peu de public, essentiellement des enfants et des femmes, peut-être parce que la ville attend déjà dans les gradins. Le photographe a capté les derniers musiciens, en l’occurrence deux tubas et deux clairons. Ils ne portent pas d’uniforme, comme en témoigne l’hétérogénéité de leurs couvre-chefs : deux chapeaux mous de teinte différente, un canotier et une casquette.

Un loisir sur la défensive

En ce début de XXe siècle, les circonstances paraissent favorables à l’amplification de la pratique musicale. L’industrialisation permet de fabriquer en série des instruments en métal qui sont à la base de toute fanfare. Les progrès de l’instruction et de l’éducation artistique promus par le régime républicain accroissent en théorie le nombre de personnes capables de déchiffrer une partition et jouer de la musique. En réalité, la réforme de 1882 imposant le chant à l’école primaire est restée lettre morte. En outre, les sociétés de musique rencontrent l’indifférence des municipalités, qui ne les financent pas et parfois interdisent leurs concerts sur la voie publique. Enfin, le développement extraordinaire des associations sportives détourne de plus en plus les jeunes hommes, principal vivier de recrutement. La survie de ces ensembles amateurs est donc souvent due à la force des associations qui les soutiennent, comme c’est le cas de la confrérie des gardians à Arles, ou à l’engagement d’un homme, comme le curé de Pont-Aven. La première se mobilise pour défendre les traditions, qui passent par des récits oraux, des chants et des musiques de ralliement, des rituels. Le second juge sans doute que la pratique musicale constitue un moyen de moraliser les loisirs des paroissiens, notamment les hommes adultes qui sont ainsi détournés des troquets et de l’alcool le soir et le jour de repos. Qu’elle vise la revendication identitaire ou l’élévation de l’âme, la fanfare demeure un moyen d’occuper l’espace public en projetant à la fois une image de discipline et de culture populaire.

Hans Erich Bödeker et Patrice Veit (dir.), Les sociétés de musique en Europe, 1700-1920 : structures, pratiques musicales, sociabilités, Berlin, Berliner Wissenschafts-Verlag, 2007.

Philippe Gumplowicz, Les travaux d’Orphée. Deux siècles de pratique musicale amateur en France (1820-2000). Harmonies, chorales, fanfares, Aubier, 2001.

Rémi Venture, La confrérie des gardians et sa fête annuelle, Équinoxe, Margueritte, 1992.

Alexandre SUMPF, « Jour de fête », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 03/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/jour-fete

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