Liberté de la presse.

Liberté de la presse.

Saisie des presses du National.

Saisie des presses du National.

Liberté de la presse.

Liberté de la presse.

Date représentée :

H. : 0

L. : 0

© Photo RMN - Grand Palais - Bulloz

http://www.photo.rmn.fr

01-022649 / Estampes

Presse et politique

Date de publication : Septembre 2006

Auteur : Charlotte DENOËL

La censure dans l'édition française sous l'Ancien Régime

Officiellement née au XVIe siècle, avec l'ordonnance de François Ier du 13 janvier 1535 interdisant l'impression de tout nouveau livre à la suite de l'Affaire des Placards, la censure s'inscrit au cœur du fonctionnement institutionnel et social de l'Ancien Régime. L'évolution de la législation dans ce domaine suit celle de l'Histoire de France, jusqu'à la chute de la monarchie en 1789. Soumise par les pouvoirs royaux successifs à une surveillance étroite, la librairie française fonctionne suivant un système de permissions et de privilèges définis par un maquis de plus en plus touffu de lois et de règlements. Si une relative tolérance s'installe au cours du XVIIIe siècle, avec la multiplication des permissions tacites et la nomination de Lamoignon de Malesherbes, esprit éclairé, comme directeur de la librairie en 1750, l'un des premiers gestes de l'Assemblée nationale au moment de la Révolution est d'abolir la censure. Suivant l'article XI de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, promulgué le 26 août 1789, « tout citoyen peut (...) parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

La presse mise en liberté surveillée

Bien qu'assortie de quelques mesures de contrôle, cette liberté nouvelle de la presse et l'abolition de toute censure préalable se traduisent dans le domaine de l'édition par une avalanche de publications, le plus souvent des libelles et des pamphlets à caractère politique, entre 1789 et 1793.

Une estampe de l'époque illustre bien cette frénésie éditoriale : tandis que les imprimeurs et les typographes s'affairent devant leur établi, une foule s'empare des pamphlets et des journaux fraîchement sortis des presses, se bousculant les uns et les autres pour être les premiers à diffuser les nouvelles dans la rue. Le tumulte de la foule et les expressions contrastées des visages reflètent la violence des passions politiques sous la Révolution et mettent en évidence le rôle joué par les écrits dans le surgissement de l'opinion publique qui s'affirme tout au long du XIXe siècle.

Mais cette « folle liberté » ne dure guère longtemps : l'ancien système de la librairie est bientôt remplacé par un nouvel ordre législatif émanant de la volonté populaire sous la Terreur. Le 29 mars 1793, la Convention vote un décret rétablissant la censure répressive. Un temps mise en sommeil après la chute de Robespierre, cette censure est à nouveau remise à l'ordre du jour par Napoléon qui, s'appuyant sur la police, instaure un contrôle strict sur la librairie et l'imprimerie et promulgue une série de règlements réorganisant ces deux branches en 1810.

Sous la Restauration, la censure préalable est supprimée, tandis qu'une série de textes législatifs tendent à fixer les cadres de cette liberté de la presse. Parallèlement, de nombreux débats surgissent à cette époque autour des idées libérales énoncées sous la Révolution.

Cependant, les ordonnances promulguées par Charles X le 26 juillet 1830, visant à museler la presse d'opposition, brisent net cet élan libéral et ramènent la presse et l'édition vingt ans en arrière. La réaction des ouvriers du livre ne se fait pas attendre : le lendemain, les imprimeries ferment, des manifestations éclatent au Palais-Royal, débouchant sur une véritable insurrection, et les gens du livre font paraître une protestation contre le pouvoir en place dans deux journaux de l'opposition, Le Temps et Le National, fondé le 3 janvier 1830 par un groupe de libéraux mené par Thiers. Ceux-ci font alors l'objet d'une violente répression, comme le montre cette lithographie de Victor Adam représentant la saisie du National par la police le 27 juillet. Celle-ci brise les presses, dont certains éléments gisent à terre au premier plan, et s'empare des exemplaires séditieux. La révolution de 1830 est pourtant bel et bien en marche, entraînant la chute de Charles X et l'avènement de Louis-Philippe.

La presse et la naissance de l'opinion publique


Parvenu au pouvoir à la faveur des ordonnances de Charles X contre la presse périodique, Louis-Philippe est contraint de rétablir la liberté de la presse : la Charte constitutionnelle promulguée le 14 août 1830 stipule que « les citoyens ont le droit de publier et de faire imprimer leurs opinions en se conformant aux lois [et que] la censure ne pourra jamais être rétablie ».Cependant, cette victoire des principes libéraux n'est qu'apparente, et l'on en revient bientôt aux méthodes répressives des gouvernements précédents. Jamais démentie tout au long du XIXe siècle, cette surveillance étroite de l'imprimerie et de la librairie montre à quel point la presse représentait un enjeu crucial aux yeux des pouvoirs en place qui cherchaient à contrôler l'opinion publique et museler toute forme d'opposition. En pleine expansion à partir de la Monarchie de Juillet, les journaux touchent un lectorat de plus en plus large, en particulier grâce aux progrès de l'alphabétisation, à la diminution du prix de l'abonnement et à la publication de romans-feuilletons populaires. Utilisés comme tribunes par les différents partis politiques pour diffuser leurs idées au-delà des sphères gouvernementales, ils ont joué un grand rôle dans la constitution de l'opinion publique et l'avènement de la démocratie.

Roger CHARTIER et Henri-Jean MARTIN (dir.), Histoire de l'édition française, tomes II et III, Paris, Promodis, 1984-1985.André Jardin et André-Jean Tudescq, La France des notables (1815-1848), 2 tomes, Paris, Seuil, « Nouvelle histoire de la France contemporaine », vol.6, 1988.Robert NETZ, Histoire de la censure dans l'édition, Paris, PUF, 1997.

Charlotte DENOËL, « Presse et politique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 09/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/presse-politique

Pour en savoir plus sur les origines de la presse : http://www.histopresse.com

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Armes du peuple, armes du juste milieu

« La Caricature » contre la monarchie de Juillet

« Nous cherchons à nous tenir dans le juste milieu, également éloigné des excès du pouvoir…

Critique de la monarchie de Juillet, les espoirs déçus de 1830

Après l’attentat à la « machine infernale » commis le 28 juillet 1835 par le conspirateur Giuseppe Fieschi contre Louis-Philippe et sa suite, qui…

Caricatures et pamphlets politiques (1830-1835)

La " campagne de l’irrespect "



De 1830 à 1835, la monarchie de Juillet lutte pour son existence en tentant de maîtriser les mouvements…

Caricatures et pamphlets politiques (1830-1835)
Caricatures et pamphlets politiques (1830-1835)
Caricatures et pamphlets politiques (1830-1835)
Caricatures et pamphlets politiques (1830-1835)

Louis-Philippe vu par Daumier

Au début de l’année 1834, au moment où paraît cette planche, la monarchie de Juillet, régime né de l’insurrection populaire des « Trois Glorieuses…

Gargantua

Alors que le peuple de Paris attendait des journées de juillet 1830 le rétablissement de la République, les députés et les journalistes…

Théâtres et cabarets parisiens au XIXe siècle

Au XIXe siècle, la fréquentation des cabarets et des théâtres est un aspect fort important de la culture urbaine, populaire ou petite-…

Théâtres et cabarets parisiens au XIX<sup>e</sup> siècle
Théâtres et cabarets parisiens au XIX<sup>e</sup> siècle
Théâtres et cabarets parisiens au XIX<sup>e</sup> siècle
Théâtres et cabarets parisiens au XIX<sup>e</sup> siècle
Combats des écoles.- L'Idéalisme et le Réalisme. Honoré Daumier

Combat des écoles – L’Idéalisme et le Réalisme

Les beaux-arts contre le réalisme

Pour l’exposition universelle qu’il organise à Paris en 1855, le Second Empire entend se démarquer de l’édition…

recueil de fausses nouvelles du début de guerre attribuées aux agences de presse et journaux de l'Entente

Les fausses nouvelles de la guerre

Censure et désinformation

Pendant le premier conflit mondial, les autorités civiles et militaires ont toutes expérimenté la tension entre…

Napoléon III et Trochu - Faustin

Napoléon III et le général Trochu

Après la défaite de Sedan, la défense de Paris

En août 1870, une inéluctable succession de défaites mettent à terre le second Empire. La…

Napoléon III et le général Trochu
Napoléon III et le général Trochu

Un pamphlet contre l'aristocratie

La hantise du complot aristocratique

En 1789, un mécontentement général contre la réaction seigneuriale s’ajoute à la vive effervescence…

Un pamphlet contre l'aristocratie
Un pamphlet contre l'aristocratie