Ludwig Van Beethoven

Ludwig Van Beethoven

Beethoven.

Beethoven.

Ludwig Van Beethoven

Ludwig Van Beethoven

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : 1903

Date représentée :

H. : 68 cm

L. : 34 cm

Profondeur : 35 cm

Bronze.

 

© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojeda

Lien vers l'image

RF 1395 LUX 233 - 95-022198

Le culte de Beethoven, Franz von Stuck et Antoine Bourdelle

Date de publication : Avril 2012

Auteur : Christophe CORBIER

La réception de Beethoven à la fin du XIXe siècle

« Les plus grands poètes de l’Allemagne sont ses musiciens, merveilleuse famille dont Beethoven est le chef » : c’est ainsi que Victor Hugo, en 1864, proclamait son admiration pour Beethoven. Après Berlioz, Wagner, E. T. A. Hoffmann, Balzac, cette admiration reste largement partagée à la fin du siècle par le public européen, qui peut désormais entendre régulièrement, chaque saison, la musique du compositeur allemand. Beethoven devient le sujet d’œuvres littéraires, musicologiques et plastiques. En France, Romain Rolland (1866-1944), historien de la musique avant d’être romancier, rédige une monumentale Vie de Beethoven dans les premières années du XXe siècle, tandis que le compositeur Vincent d’Indy (1851-1931) consacre en 1911 une étude à l’auteur de la Symphonie pastorale, œuvre dont André Gide (1869-1951), autre grand écrivain-musicien, empruntera le titre pour l’un de ses récits les plus connus. Autour de 1900, Beethoven inspire aussi de nombreux artistes : tandis que Gustav Klimt (1862-1918) conçoit à Vienne une « Frise de Beethoven », le peintre bavarois Franz von Stuck (1863-1928) sculpte un visage du compositeur. De son côté, le sculpteur français Antoine Bourdelle (1861-1929), obsédé durant toute son existence par le personnage de Beethoven, réalise en 1903 l’un de ses nombreux portraits du musicien allemand.

Le masque du génie

Le haut-relief polychrome de Beethoven exécuté par Franz von Stuck devait prendre place dans la villa que le peintre avait fait construire et meubler à Munich en 1897-1898 d’après ses propres plans. Elle abrite un salon de musique qu’il avait d’abord prévu d’orner des effigies de compositeurs célèbres parmi lesquels Beethoven. Ce portrait a été directement inspiré par le « masque de vie » (moulé sur le visage du musicien en 1812), mais Franz von Stuck lui a apporté trois éléments importants : la couleur, la chevelure et le regard. Le contraste entre le fond rouge-brun, la chevelure noire et le visage blanc, fantomatique, évoque une apparition soudaine : la tête de Beethoven semble surgir de la pierre. Les cheveux ébouriffés et abondants, souvent représentés de cette manière, figurent l’énergie indomptable, la fougue et la liberté de l’artiste. Ils encadrent un visage résolu, extrêmement concentré, à l’air presque méchant : les sourcils sont froncés, les lèvres serrées, le nez légèrement gonflé. Beethoven semble possédé par une force qui doit se décharger de façon imminente. Mais ce sont surtout les yeux qui sont remarquables : tandis que sur le « masque de vie » les yeux de Beethoven étaient clos, Franz von Stuck choisit de les sculpter et de leur conférer une puissance magnétique, si bien que la fixité de ce regard hypnotise le spectateur.

Cette tête de Beethoven par Bourdelle est contemporaine de la sculpture de Franz von Stuck. Il s’agit là de l’un des très nombreux portraits que le sculpteur a réalisés jusqu’à sa mort dans tous les matériaux possibles (bronze, granit, pierre, marbre, terre cuite). Impressionné par le visage de Beethoven, Bourdelle ne cesse (à partir de 1887-1888) de le dessiner, de le peindre et de le sculpter. Cette tête en bronze évoque de nouveau le « masque de vie » de 1812 : cette fois, le musicien a les yeux fermés. L’expression d’extrême concentration et les yeux clos peuvent être interprétés comme le symbole du monde intérieur que Beethoven, qui était sourd et souffrait de cet enfermement, cherchait à exprimer dans ses œuvres. L’énergie accumulée se libère dans la chevelure désordonnée, qui semble vivre de sa propre vie et submerger le visage du compositeur. Cette image tourmentée forme un contraste avec le socle, cubique et dépouillé, sur lequel Bourdelle a gravé cette phrase : « Moi je suis Bacchus qui pressure pour les hommes le nectar délicieux. Beethoven. » Bourdelle assimile par conséquent le musicien au dieu de la danse et de l’ivresse, à Bacchus-Dionysos, que Nietzsche déjà, dans La Naissance de la tragédie (1872), avait rapproché de l’auteur de l’« Hymne à la joie ». Beethoven est un génie bienfaisant, un être divin qui apporte aux hommes, par la grâce de sa musique, le « nectar » des dieux antiques, sans commettre d’ailleurs de sacrilège comme Prométhée ou Tantale.

Deux images sacrées

Ces deux œuvres procèdent d’une volonté similaire : il s’agit d’instaurer le culte de Beethoven, homme divin, prêtre d’une nouvelle religion, possédé comme la Pythie ou le Bacchant. Le haut-relief sculpté par von Stuck s’apparente à une icône : le musicien, dieu terrible, fige et fascine de son regard foudroyant le spectateur et doit provoquer en lui une réaction d’effroi et de soumission. La tête en bronze de Bourdelle est assimilée à la tête d’un dieu, divinité bienfaisante et tourmentée, souffrant les affres de la création pour le bien de l’humanité. Et bien que cette tête de Beethoven porte encore la trace de l’influence de Rodin, la simplification des cheveux et l’âpreté des traits du musicien indiquent une évolution du sculpteur vers un style plus personnel, qui s’affirmera notamment en 1909 dans une autre œuvre, en quelque sorte le pendant de ce portrait : la Tête d’Apollon.

DUFET Michel, Beethoven et Bourdelle, ARTED, 1970.

BUCH Esteban, La IXe Symphonie de Beethoven. Une histoire politique, Gallimard, 1999.

MENDGEN Eva, Franz von Stuck, Taschen, 1994.

Christophe CORBIER, « Le culte de Beethoven, Franz von Stuck et Antoine Bourdelle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 07/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/culte-beethoven-franz-von-stuck-antoine-bourdelle

Anonyme (non vérifié)

Après l'année Mozart, je suis restée trop focalisée sur ce génie.
Cet article me rappelle à l'ordre de penser aussi aux autres génies.
Il y a aussi un beau portrait de Beethoven dans sa maison à Bonn.
Est-il vrai qu'il a séjourné à Malines en Belgique?
Avec mon bon souvenir. JR.

jeu 03/05/2012 - 11:30 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Je n'ai pas trouvé de sources prouvant que le compositeur ai séjourné dans cette ville. En revanche, certains ancêtres de Beethoven y seraient nés.

A bientôt,

Anne-Lise

mer 09/05/2012 - 11:29 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Le peintre jean-Paul Laurens (1838-1921) a donné un autre exemple du culte de Beethoven sous la IIIe république avec "La Musique" (1908), décorant le foyer du théâtre de Castres.
Cf François de Vergnette, "Jean-Paul Laurens et le décor du théâtre de Castres", Midi-Pyrénées Patrimoine, n° 25, printemps 2011, p. 96-101.

jeu 16/03/2017 - 14:28 Permalien

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