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Une seule guerre, 1

Une seule guerre, 1

Une seule guerre, 2

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Une seule guerre, 1

Une seule guerre, 1

Date de création : Début 1945

Date représentée : 1944-1945

Éditeur : Service d'information Alliés

Domaine : Affiches

Domaine Public © CC0 Collections La Contemporaine, Nanterre

Lien vers l'image

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  • Une seule guerre, 1

Alliés, mais pas trop

Date de publication : Mars 2023

Auteur : Alexandre SUMPF

Tous contre un

Six mois après le Débarquement de Normandie (6 juin 1944) et l’ouverture du « second front » à l’ouest tant réclamée par Staline, Paris a été libéré (25 août), mais les troupes allemandes résistent encore en Alsace, en Italie et en Pologne. Financée par le British Information Service, une campagne d’affichage estampillée « Service d’Information Alliée » destinée à la population francophone se fait fort de communiquer chaque semaine un bulletin en images de la situation militaire. La série Une seule guerre, dont La Contemporaine conserve sept numéros (sur un total inconnu), cherche à prouver à la population que la guerre est en passe d’être gagnée malgré les revers ponctuels sur telle ou telle ligne de front. Elle manifeste une nouvelle fois le soutien britannique au général de Gaulle, dont une sentence fait figure de slogan : « La guerre est indivisible et, pour être menée sur des théâtres d’opération différents, elle ne forme qu’un tout. »

Les points cardinaux de la guerre

De format vertical, la série Une seule guerre ne déroge presque jamais au modèle fixé : une série de dix clichés légendés en typographie de machine à écrire, encadrée sur fond bleu par le titre (en haut) et la phrase de De Gaulle (en bas), le tout encadré par un liseré bleu-blanc-rouge. Quatre zones d’opérations sont couvertes – l’ouest (quatre images), le sud (deux), l’est (deux) et l’extrême-orient (deux) – et indiquées de façon très lisible en blanc dans un disque rouge. Les trois couleurs des drapeaux de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis sont discrètement omniprésentes.

La deuxième image commentée, sans doute postérieure à la première, précise en outre sur fond rouge, entouré de deux fois trois étoiles, « Aperçu illustré de la semaine », comme un écho aux actualités filmées qui connaissent alors à peu près la même périodicité. Par la force des choses, les images sont fournies par les services de propagande photographique des différentes nations alliées et des groupes de partisans grecs ou yougoslaves. La mise en commun de ces informations incarne de ce fait la dynamique interalliée et l’union contre le nazisme.

La boussole française

Sous cette apparente harmonie se dissimulent de plus ou moins discrets indices de la guerre froide qui fait déjà rage. Tout d’abord, le front en Europe occidentale est plus largement couvert, d’autant que le « Sud » signifie l’Italie. Ensuite, dans la première affiche, la présence de plusieurs personnages historiques est marquée par une asymétrie troublante. La décoration de Staline date déjà du 10 avril 1944, et son sourire, le caractère officiel de cette cérémonie, contrastent avec la gravité du visage de De Gaulle visitant le cimetière d’Ivry le 1er novembre 1944 pour honorer les morts pour la France. Le général anglais McCreery, lui, souligne qu’un chef militaire doit faire ses preuves sur le terrain – il a été promu commandant de la VIIIe armée le 31 décembre, ce qui permet de dater l’affiche du début 1945. La propagande de la France Libre renvoie aussi les soldats alliés de l’Est (au sens très large, puisqu’on y range les Grecs) à leur simple statut de partisans des montagnes, transportant leurs blessés sur des civières camouflées de branchages. Signe de l’hostilité française envers Roosevelt qui a commencé par jouer la carte du général Giraud en 1942, elle prend soin de cantonner l’apport américain au matériel (les jeeps larguées par avion) et de reléguer l’action de l’US Army à l’extrême-orient, voire à l’Alaska. Alors que les troupes américaines combattent aussi en Italie, la traversée héroïque des zones montagneuses ne semble concerner que les soldats britanniques. Enfin, un ton revanchard perce dès que l’on aborde le sujet de l’ennemi : le général allemand ayant perdu la bataille de Flushing (Hollande) le 1er novembre 1944 est « plein de rage et d’amertume », le sniper soviétique est félicité pour son « trentième Boche tué », on se gausse des oppresseurs d’hier qui se retrouvent en position inverse en Hollande. En distribuant ainsi subtilement mérites et démérites, la série Une seule guerre informe moins sur le conflit en cours que sur la compétition entre puissances pour définir le futur ordre mondial.

Tim Brooks, British Propaganda to France, 1940-1944. Machinery, Methods and Message, Edinburgh University Press, 2007.

Dominique Rossignol, Histoire de la propagande en France, 1940-1944. L’utopie Pétain, PUF, Paris, 2014.

Bénédicte Vergez-Chaignon, Les Français dans la guerre. Archives du quotidien 1940-1945, Flammarion, Paris, 2022.

Guerre froide : Période historique mondiale qui s'étend de 1945 à 1990. À l'issue de la seconde guerre mondiale, le monde est divisé entre le bloc de l'Ouest dominé par les États-Unis et le bloc de l'Est dominé par l'Union soviétique : on parle alors d'un mode bipolaire. Il s'agit d'une guerre idéologique (états communistes ou états libéraux) et stratégique, les affrontements se font sur des terrains non-occidentaux (comme la guerre du Vietnam, Cuba, Afghanistan). La guerre froide se termine avec la chute du mur de Berlin et la désintégration du bloc de l'Est.

Alexandre SUMPF, « Alliés, mais pas trop », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20/06/2024. URL : https://histoire-image.org/etudes/allies-pas-trop

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