Le Christ devant ses juges.

Le Christ devant ses juges.

Date de création : 1877

Date représentée :

H. : 160

L. : 270

Huile sur toile

© Elie Posner / The Israel Museum, Jérusalem

http://www.english.imjnet.org.il/htmls/home.aspx

B86.0290

Le Christ devant ses juges

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Alexis MERLE DU BOURG

C’est à la fin d’une vie brève que Maurycy Gottlieb, représentant prometteur de la peinture polonaise au XIXe siècle et pionnier de la « peinture juive », se confronta à travers des tableaux monumentaux à l’iconographie du Christ et particulièrement à la représentation de cet épisode de la Passion qui, depuis toujours, cristallisait les tensions entre christianisme et judaïsme. Avec Le Christ prêchant à Capharnaüm (Varsovie, Muzeum Narodowe) presque exactement contemporain, Le Christ devant ses juges constitue sans doute l’œuvre clef de cet artiste galicien qui s’est représenté dans les deux toiles demeurées inachevées, réclamant pour lui-même un statut de témoin privilégié de la vie et de la prédication de Jésus.

De manière inédite, la composition juxtapose deux épisodes distincts : la comparution du Christ devant Ponce Pilate, le préfet romain de Judée, et devant la cour de justice suprême juive, le sanhédrin. Bien que ce dernier ne soit guère représenté à son avantage, le tableau ne rompant pas entièrement avec la tradition iconographique chrétienne faisant du sanhédrin un lieu d’iniquité, l’artiste modifie la signification de la scène en présentant le prêtre Anân – et non le grand prêtre Caïphe – comme le plus actif des persécuteurs du Christ. À travers la figure du grand prêtre, que poursuivait une réputation tenace d’infamie, les juifs se trouvent ainsi absous du déicide qui leur était attribué. Cette accusation est en outre renversée dans les deux tableaux de Gottlieb, étroitement solidaires, par la réappropriation d’un Jésus portant à la fois le châle de prière juif (tallith) et l’auréole des saints chrétiens. Apparaissant moins comme le fondateur d’une religion nouvelle que comme une haute figure de la judéité, il est un prophète juif venu s’adresser, en premier lieu, aux juifs.

Gottlieb se trouve placé au cœur de l’aspiration à une rénovation de la représentation biblique dans le sens d’une authenticité accrue qui unit nombre d’orientalistes. Bien qu’elle ne soit pas sans précédent dans l’art, la restitution (particulièrement risquée pour un artiste juif) de la figure du Christ à sa judéité originelle trouve autant son origine dans l’œuvre des promoteurs d’une histoire critique des Écritures comme H. Graetz (Geschichte der Juden, 1853-1875) ou E. Renan (Vie de Jésus, 1863) que dans les motivations personnelles d’un artiste écartelé entre deux identités. Le climat de morosité qui baigne les compositions de Jérusalem et de Varsovie témoigne peut-être de la désillusion du peintre quant à la réconciliation entre les deux peuples opprimés (l’attribution de la Galicie à l’Empire des Habsbourg fut la conséquence du dépeçage de la Pologne au XVIIIe siècle) qui formaient indissolublement le socle de son identité, les Polonais et les juifs.

Étude en partenariat avec le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme

AMISHAI-MAISELS Ziva, The Jewish Jesus, Journal of Jewish Art, 1982, p. 84-104.

MENDELSOHN Ezra, Le Christ dans la synagogue de Maurycy Gottlieb, Les Cahiers du judaïsme, 1998, 2, p.32-36.

MENDELSOHN Ezra, Painting a people Maurycy Gottlieb and Jewish art, [Waltham, Mass.] Hanover : Brandeis University Press, University Press of New England, 2002 p.130-138, p.164-165.

GURALNIK Nehama, In the Flower of Youth. Maurycy Gottlieb 1856-1879, Tel-Aviv, Museum of Art, 1991.

Alexis MERLE DU BOURG, « Le Christ devant ses juges », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/christ-devant-ses-juges

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Noces juives au Maroc

Au début de l’année 1832, Delacroix, qui n’avait guère voyagé jusqu’alors, se joignit à la délégation du comte de Mornay dépêchée par la France au…

La seconde mission française à Khorsabad

Une seconde mission française à Khorsabad

En 1851, l’Assemblée nationale vote un crédit pour la poursuite des fouilles menées en 1843-1844 par…

La seconde mission française à Khorsabad
La seconde mission française à Khorsabad

Sermon dans un oratoire israélite

L’affirmation longtemps entendue qu’il n’existe pas d’art juif, s’appuyant sur une certaine lecture biblique qui ne voyait pas chez les Hébreux de…
Orientale - Eugène Giraud

La femme orientale dans la peinture du XIXe siècle

À partir de 1704, après la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland (1646-1715), l’image sensuelle de la femme du harem inspire les…

La femme orientale dans la peinture du XIX<sup>e</sup> siècle
La femme orientale dans la peinture du XIX<sup>e</sup> siècle
La femme orientale dans la peinture du XIX<sup>e</sup> siècle

Le Mur des Lamentations

Élève de Delacroix (à qui sa carrière de « peintre voyageur » en Orient doit peut-être beaucoup), Bida s’embarqua pour l’Orient à trente ans et…
Prise-smalah-Abd-El-Kader-VERNET

La conquête de l’Algérie

La conquête de l'Algérie

En juin 1830, la prise d'Alger décidée par Charles X est une opération de prestige conduite à des fins de politique…

La conquête de l’Algérie
La conquête de l’Algérie
La conquête de l’Algérie
La conquête de l’Algérie

Le Christ devant ses juges

C’est à la fin d’une vie brève que Maurycy Gottlieb, représentant prometteur de la peinture polonaise au XIXe siècle et pionnier de la…

Ingres et les femmes aux bains : l’hygiène exotique

De La Baigneuse de Valpinçon au Bain turc

Illustre représentant de la peinture néoclassique française, Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867) a…

Ingres et les femmes aux bains : l’hygiène exotique
Ingres et les femmes aux bains : l’hygiène exotique

Tabac au débit

Le débit de tabac dans la première moitié du XIXe siècle

La vente de tabac dans des débits ne date pas du XIXe siècle : le…

Tabac au débit
Tabac au débit
La Rue Bab-el-Gharbi à Laghouat - Eugène Fromentin

Une représentation orientaliste d'un village algérien

A la découverte de nouveaux espaces

L’intérêt de Napoléon III pour l’Algérie est tardif mais en 1859 la conquête du territoire est très avancée.…