Le Mur des Lamentations

Le Mur des Lamentations

Date représentée :

H. : 61 cm

L. : 87 cm

Dessin au crayon, et à la plume, lavis gris sur papier préparé.

© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Daniel Arnaudet

Lien vers l'image

MDO 113 - 96-003500

Le Mur des Lamentations

Date de publication : Avril 2012

Auteur : Alexis MERLE DU BOURG

Élève de Delacroix (à qui sa carrière de « peintre voyageur » en Orient doit peut-être beaucoup), Bida s’embarqua pour l’Orient à trente ans et visita la Grèce, la Turquie et la Syrie. À partir de 1847, il envoie au Salon des dessins qui l’inscrivent dans la mouvance orientaliste dont il sera un représentant atypique par son choix du noir et blanc. Après un périple en Égypte en 1850, un troisième voyage le mène de Grèce jusqu’en Terre sainte. C’est à cette occasion qu’il entreprend le grand dessin de Malmaison qui sera présenté au Salon de 1857 avec un Réfectoire des moines grecs consécutif à sa visite du mont Athos. Ce choix traduit de sa part une attention scrupuleuse aux hauts lieux de spiritualité qui se vérifiera par la suite dans son œuvre d’illustrateur « authentique » de la Bible entreprise en 1860 pour l’éditeur Hachette, qui l’envoya collecter le matériel archéologique et ethnographique requis en Palestine.

Bida choisit de bannir le chatoiement de couleurs de sa vision de l’Orient, là où ses collègues – pas tous, que l’on songe à Fromentin – privilégièrent plutôt une palette flamboyante. La critique, ainsi Baudelaire traitant du Salon de 1859, sentit la grandeur de ce projet d’une restitution d’un Orient sévère qui évoquait la poésie propre à l’œuvre de graveur de Rembrandt (que Bida admirait vivement) en même temps qu’il promettait d’atteindre, à travers un patient travail sur toutes les nuances de gris séparant le noir du blanc, une plus grande véracité dans la représentation des lieux décrits. Cette vision du mur des Lamentations est, en outre, très remarquable par son sujet que le dessinateur paraît avoir été parmi les premiers, sinon le premier, à traiter, ouvrant la voie à une infinité d’artistes qui contribuèrent à faire du vestige de l’antique enceinte de Jérusalem l’un des lieux les plus emblématiques du Moyen-Orient.

Surtout attentifs aux sites chrétiens et incapables de s’émanciper de leur mépris, les innombrables voyageurs modernes qui s’étaient engagés dans la voie ouverte par Chateaubriand dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem (ce dernier consacre néanmoins un passage inoubliable aux juifs de la ville sainte) n’avaient jusqu’alors guère considéré ce lieu sacré du judaïsme. Attiré par sa solennité, Bida témoigne au contraire d’une grande minutie, moins dans la description du lieu, d’ailleurs, que dans la restitution du climat de ferveur tragique unissant, devant le mur, les juifs d’Europe orientale et ceux d’Orient, à la tenue et à la physionomie typées. Des artistes comme Gérôme et Verechtchaguine, qui traitèrent le même thème dans les années 1880, jouèrent en « metteurs en scène » sur un cadrage plus large faisant contraster l’énormité de la muraille avec des figures anecdotiques, là où Bida, avec une curiosité d’ethnologue exempte de préjugés, se focalisa sur l’émotion contenue qui parcourt un groupe dont chaque membre est fortement caractérisé.

Étude en partenariat avec le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme

MALEMBITS Michèle, Alexandre Bida un Orient en noir et blanc, Histoire de l’Art, n° 51, novembre 2002, notamment p.104

Alexis MERLE DU BOURG, « Le Mur des Lamentations », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/mur-lamentations

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