Le Pays de la soif.

Le Pays de la soif.

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : vers 1869

Date représentée :

H. : 103 cm

L. : 134,2 cm

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Lien vers l'image

RF 2671 - 96-022366

Vision d'un orientaliste

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Dominique LOBSTEIN

Dans son livre Une année dans le Sahel, publié en 1858, Eugène Fromentin, écrivain tout autant que peintre, relate l'épisode qu'il reproduit dans ce tableau, probablement peint vers 1869, qui ne quitta jamais son atelier : « La chaleur s'est accrue de six degrés pendant mon absence […] à pareille époque, il y a trois ans, un convoi de vingt hommes avait été surpris par le vent du désert à moitié chemin d'El-Aghouat à Gardaïa. Huit voyageurs étaient morts, avec les trois quarts des animaux. » Livre qu'il conclut sur les paroles qui vont donner son titre à cette œuvre : « Je pense avec effroi qu'il faudra bientôt regagner le nord […] et je saluerai d'un regret profond cet horizon si menaçant, si désolé et qu'on a justement nommé "Pays de la soif". »

Cette toile, ironie du sort, fut un temps propriété d'Edouard Martell, le marchand de cognac, qui la prêta à l'exposition des cent chefs-d'œuvre des écoles françaises et étrangères à la galerie Georges Petit, en 1892. Le rédacteur anonyme du catalogue de cette manifestation en a saisi, en peu de mots, le contenu profond : « Le désert : le ciel alourdi de chaleur, fait peser sur les vagues de sable ses tonalités sourdes. Parfois un mirage semble indiquer une mare ; mais la place où l'on arrive est sèche : plus d'eau, rien ! Ceux qui composaient la caravane sont tombés épuisés : les hommes, en proie à la soif qui brûle, se tordent en d'horribles douleurs, et c'est au-dessus d'eux un silence énorme, que seuls interrompent les spasmes affaiblis des agonies. A l'horizon, une ville, très lointaine, silhouette dans l'air brillant ses constructions de pierre. » Une telle toile faisait naître un nouveau thème pictural : le naufrage dans les sables qui, durant quelques années, allait concurrencer les marines.

Avant que l'orientalisme ne devienne un sujet de tableaux à la mode, composés en atelier à partir de recettes et de souvenirs de voyages glanés chez les brocanteurs parisiens, quelques artistes cumulant les activités de peintre et d'écrivain se sont illustrés par leurs voyages en Orient. Beaucoup moins nombreux que les écrivains au rang desquels il faut ranger François de Chateaubriand (1768-1848), Alphonse de Lamartine (1790-1869), Théophile Gautier (1811-1872), Gustave Flaubert (1821-1880), Maxime Du Camp (1822-1894), Edmond About (1828-1885), Pierre Loti ou, enfin, Maurice Barrès (1862-1923), ils ont cependant laissé une œuvre abondante, source inépuisable d'informations sur la géographie des villes et des pays visités, sur les traditions locales ainsi que sur les formes de l'occupation européenne. Le plus ancien de ces peintres-écrivains fut Antoine-Laurent Castellan (1772-1838), qui s'illustra aux Salons avec des paysages historiques, avant d'entreprendre, de 1802 à 1812, un périple d'où il rapportera des Lettres sur la Morée (1808), des Lettres sur Constantinople (1811) et des Mœurs, usages, costumes des Ottomans (1812), ouvrages illustrés ultérieurement réunis en une seule publication. A peine plus jeune, Louis Auguste, comte de Forbin (1777-1841), qui n'a guère laissé un nom comme peintre mais plutôt comme directeur du Louvre, organise une expédition en Orient, à partir de 1817. De ce périple à travers tout le Moyen-Orient qui le mène d'Athènes en Palestine, il rapporte un Voyage dans le Levant en 1817 et 1818, agrémenté de quatre-vingts luxueuses planches de sa main. Viennent ensuite les plus connus de ces voyageurs, peintres et écrivains, Eugène Delacroix (1798-1863) et Eugène Fromentin (1820-1876). Plus disparate que celle de ses prédécesseurs, l'œuvre littéraire que Delacroix tire de son voyage au Maroc en 1832 est à rechercher dans son abondante correspondance, dans ses carnets de croquis emplis d'annotations manuscrites publiés à plusieurs reprises, et dans le texte qu'il publia en 1842, dans Le Magasin pittoresque, « Une noce juive dans le Maroc ». Avec Fromentin, nous renouons avec la littérature de voyage ; aux textes déjà cités, il faut encore ajouter un Voyage en Egypte, journal rédigé en 1869 alors qu'il participe à une croisière archéologique, puis lorsqu'il fait partie de la délégation officielle française aux fêtes inaugurales du canal de Suez. Mais à cette date et avec Fromentin, l'histoire de la découverte de l'Orient change, elle ne repose plus sur la présence d'images.

Jean-Claude BERCHET Le Voyage en Orient Paris, Robert Laffont, 1985.Collectif Delacroix.Le voyage au Maroc , catalogue de l'exposition, 27 septembre 1994-15 janvier 1995.Paris, Institut du Monde Arabe Guy DUMUR Delacroix et le Maroc Paris, Herscher, 1988.

Dominique LOBSTEIN, « Vision d'un orientaliste », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 17/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/vision-orientaliste

Anonyme (non vérifié)

Bonjour. Mon père, Ingénieur agricole au Maroc, avait un collègue et ami à Casablanca. Invités chez lui, moi enfant né en 47, je n'ai jamais oublié sa spécialité culinaire dont il était légitimement fier: la tarte aux abricots (dont les noyaux au Maroc étaient des instruments de jeux nombreux et divers). Pardonnez cette intrusion personnelle qui n'a peut-être pas lieu d'être ici.M.PERRET

mar 12/11/2013 - 12:32 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

La conquête de Constantine (1836/1837)

Les difficultés de la France pour conquérir le Constantinois

Si la conquête de l’Algérie décidée par Charles X en 1830 et poursuivie par son…

La conquête de Constantine (1836/1837)
La conquête de Constantine (1836/1837)
La conquête de Constantine (1836/1837)
La Rue Bab-el-Gharbi à Laghouat - Eugène Fromentin

Une représentation orientaliste d'un village algérien

A la découverte de nouveaux espaces

L’intérêt de Napoléon III pour l’Algérie est tardif mais en 1859 la conquête du territoire est très avancée.…

Vision d'un orientaliste

Dans son livre Une année dans le Sahel, publié en 1858, Eugène Fromentin, écrivain tout autant que peintre, relate l'épisode qu'il reproduit dans ce…

Une armée en mal d’idéaux

Le Second Empire a toujours entretenu, en métropole et dans ses colonies, une armée importante afin de soutenir, avec des fortunes diverses, tant la…

La bataille de Poitiers

Au secours de la patrie en danger

Si l’histoire de Charles Martel (688-741) est relativement mal connue des Français encore aujourd’hui, il n’en…

L'achèvement de la conquête d'Algérie

La reddition d’Abd el-Kader en décembre 1847 ne marqua pas la fin de la résistance à l’occupation française en Algérie. Pour achever la conquête,…

Principales productions d'origine végétale -détail

Le Vin et les colonies

La viticulture dans les colonies d’Afrique du Nord de la fin du XIXe siècle aux années 1930

Les exploitations agricoles du Maghreb…

"Le tour du monde en un jour", une exposition coloniale

La constitution de l’empire colonial français

Depuis les années 1890, la constitution de l’empire colonial français ne rencontre plus de…

Juives d'Alger au balcon de Chassériau

Élève de Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), mais plus tard fortement influencé par Paul Delaroche (1797-1856) et Eugène Delacroix (1798-1863…

La prise de Constantine

La prise de Constantine

En 1834, le roi Louis-Philippe se résout à maintenir la présence française en Algérie, mais choisit de restreindre l’…

La prise de Constantine
La prise de Constantine
La prise de Constantine