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La Famille Mozart

La Famille Mozart

Date de création : Novembre 1780 - juin 1781

H. : 140,4 cm

L. : 187,6 cm

Huile sur toile.

Domaine : Peintures

© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Alfredo Dagli Orti

Lien vers l'image

06-502316

  • La Famille Mozart

La Famille Mozart

Date de publication : Janvier 2024

Auteur : Lucie NICCOLI

Une famille de musiciens à Salzbourg au XVIIIe siècle

Wolfgangus Theophilus (en italien, « Amadeo »), naît en 1756 à Salzbourg, principauté archiépiscopale du Saint-Empire germanique. Wolfgang est le septième et dernier enfant de Léopold Mozart, violoniste et compositeur au service du prince-archevêque, et Anna Maria Pertl. Il a une sœur aînée, Maria Anna, dite Nannerl, née en 1751, les autres enfants du couple étant morts nourrissons.

Léopold donne à son fils et sa fille une éducation musicale soignée, mais il cantonne Maria Anna à la pratique du clavier – clavecin ou piano-forte –, celle du violon étant réservée aux garçons. Observant le don précoce de Wolfgang et sa virtuosité, Léopold l’emmène, ainsi que sa sœur, en tournée dans les cours européennes de 1762 à 1766, où le jeune prodige fait l’admiration de tous. Premier violon dans l’orchestre du prince-archevêque depuis l’âge de treize ans, il aspire cependant à plus d’indépendance et quitte Salzbourg en 1776, chaperonné par sa mère, en quête d’un nouvel emploi. Ses démarches demeurent toutefois infructueuses et sa tentative d’émancipation tourne court quand sa mère tombe malade à Paris, où elle meurt en 1778. Comble de malheur, la jeune cantatrice dont il est tombé amoureux en chemin, Aloysia Weber, en épouse un autre, le peintre Joseph Lange. C’est donc abattu et endetté que le fils prodigue rentre à Salzbourg en 1779.

D’après sa correspondance avec son père, ce dernier commande en novembre 1780 un portrait de la famille au peintre Johann Nepomuk della Croce, neveu et élève de Pietro Antonio Lorenzoni qui avait représenté Mozart enfant. Le portrait posthume de la mère est ajouté d’après celui peint par Maria Rosa Hagenauer-Barducci en 1765. Wolfang est alors à Munich pour y composer l’opéra Idoménée. De retour à Salzbourg, il pose sans doute pour le peintre, mais ne tarde pas à repartir. Définitivement congédié par le prince-archevêque en mai 1781 et en froid avec son père, il s’installe à Vienne en qualité de compositeur indépendant – un choix de carrière audacieux et novateur alors que, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle en Europe, les musiciens dépendaient exclusivement, pour leur subsistance, des commandes et des salaires versés par les aristocrates et les bourgeois.

Le portrait un peu guindé d’une famille bourgeoise

Les trois protagonistes posent dans un intérieur bourgeois sombre, leurs carnations émergeant de l’ombre. Le buste de la mère défunte dans un médaillon sur le mur habillé de moulures, est figuré au centre du tableau, entre le groupe formé par Wolfgang et Maria Anna, à gauche, et leur père Léopold, à droite. La scène est encadrée, à gauche, par une grande tenture un peu théâtrale, à droite par une niche accueillant une petite statue d’Apollon à la harpe, dieu de la musique et de la poésie.

Le frère et la sœur représentés de trois-quarts, le regard tourné vers le spectateur, sont assis devant un imposant piano-forte, les mains entrecroisées sur le clavier. Ils sont peut-être en train d’exécuter la sonate en ut majeur pour clavier à quatre mains KV 19d, une œuvre qui aurait été composée par Mozart ou sa sœur en 1765, lors de leur tournée à Londres. Léopold, assis derrière le meuble, l’air rêveur, tient d’une main son violon, de l’autre, son archet, posé sur le couvercle à côté d’un gros livre.

Les personnages sont élégants dans leurs beaux costumes, chacun d’une couleur différente : Wolfgang porte un très bel habit rouge vif à la bordure brodée d’or, Nannerl, une robe à la polonaise couleur aubergine ornée de rubans roses, Anna Maria, une pélerine à capuche bleu clair, fermée par un gros nœud gris, assortie à son bonnet gris serré par un ruban bleu, enfin Léopold, une veste noire, couleur du deuil, laissant apparaître un gilet raffiné. Ils sont aussi savamment coiffés de perruques poudrées, celle de Nannerl formant un « pouf » volumineux. Le soin apporté aux toilettes n’empêche pas une certaine maladresse de facture, les membres de la famille n’ayant pas posé en même temps pour le peintre. Ils semblent juxtaposés, la tête de Nannerl trop petite par rapport à son corps, les genoux de son frère dissous dans l’obscurité. Le visage de Wolfgang, peu flatteur avec son nez fort et ses yeux globuleux, seulement débarrassé de ses traces de petite vérole, est sans doute ressemblant ; il correspond bien au profil en miniature exécuté par Dora Stock en 1789. Celui de Léopold, triste et las, est très différent du visage dur à l’air sévère représenté par Pietro Antonio Lorenzoni en 1766.

L’illusion d’une famille unie : un moment charnière dans la vie de Mozart et de sa sœur

Ce portrait, commandé par le père endeuillé souhaitant réunir sur la toile les membres de la famille dispersés, révèle en fait plus qu’il ne dissimule les tensions qui la traversent. Le raffinement des costumes et l’abondance des ornements reflètent la prétention de Léopold à un statut supérieur, qu’il espérait atteindre par l’obtention de commandes princières. Les musiciens qui voulaient faire carrière au XVIIIe siècle, avant que l’opéra ne se démocratise, devaient en effet se mettre au service d’une maison patricienne, la plus prestigieuse étant celle de l’empereur. Son ambition de faire de son fils un homme du monde, respecté par les princes, fut vécue par Mozart comme une contrainte, lui qui détestait les nobles et abandonna la perruque dès son installation à Vienne. L’œuvre pour piano choisie devait sans doute rappeler le temps heureux des tournées glorieuses et la docilité des enfants prodiges, mais la raideur de Wolfgang et de sa sœur, le regard de défi qu’ils adressent conjointement au spectateur, comme unis contre leur père, n’expriment pas l’harmonie familiale recherchée, sous l’égide d’Apollon. La figure peu amène de la mère, chargée de veiller sur la famille depuis le ciel, sépare encore les enfants du père.

Affranchi de l’autorité de son employeur et de son père, Mozart épousa par amour Constance Weber, sœur cadette d’Aloysia. Il connut le succès en composant pour l’empereur Joseph II (1) mais mourut épuisé et ruiné en décembre 1791. Sa sœur Maria Anna, pourtant elle aussi considérée comme virtuose, dut épouser un aristocrate âgé qu’elle n’aimait pas et renoncer à se produire en public. Tel était le destin des filles issues de la bourgeoisie au XVIIIe siècle : l’enseignement musical qu’elles recevaient n’était souvent destiné qu’à leur trouver un bon parti et rares étaient celles qui pouvaient vivre de leur art. À la mort de son mari, elle gagna sa vie en donnant des cours de musique.

Anne BRUN, « Mozart (1756-1791) au rythme de sa correspondance », dans Le Carnet PSY, 2016/6 (N°200), pages 34 à 39.

Florence GÉTREAU, Retour sur les portraits de Mozart au clavier : un état de la question, halshs-00186694, 2007.

Nicole SALINGER (sous la dir. de), Mozart à Paris, catalogue de l’exposition, musée Carnavalet, de novembre 1991 à février 1992.

Rudolph ANGERMÜLLER, Gerhard AMMERER, Geneviève GEFFRAY (sous la dir.de), Mozart, Bilder und Klänge, catalogue de l’exposition de Salzbourg, Schloss Klessheim, de mars à novembre 1991.

1 - Joseph II (1741-1790) : empereur du Saint-Empire romain germanique en 1765 et héritier des Habsbourg par sa  mère. Il est le frère aîné de Marie-Antoinette.

Lucie NICCOLI, « La Famille Mozart », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/famille-mozart

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