Ouvriers du bâtiment.

Ouvriers du bâtiment.

Date représentée :

H. : 46

L. : 55

Huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais - C. Jean

http://www.photo.rmn.fr

91EE130/RF 1970-4

Ouvriers du bâtiment

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Danielle TARTAKOWSKY

Alexandre Steinlen, né à Lausanne en 1859, a été durablement impressionné par les événements parisiens de 1871. Célèbre pour ses affiches du cabaret du Chat noir et, plus généralement, pour ses chats, il l’est également pour la représentation qu’il sait donner des exploités dans ses tableaux ou gravures. Comme ses (rares) contemporains qui s’intéressent au monde du travail, il retient surtout les métiers d’extérieur, visibles de la rue, non les ouvriers de la grande industrie. Il s’agit ici d’ouvriers du bâtiment. En 1911, à l’époque où ce tableau a été peint, ils représentent 13,6 % d’une population ouvrière estimée à 4,7 millions de personnes.

Un mur de briques rouges et des échafaudages, éclairés, occupent le centre d’un tableau uniformément composé de teintes chaudes. Ce motif central dresse le décor – un chantier du bâtiment – et permet d’identifier sans ambiguïté les personnages avant tout autre indice. Ce mur et l’ombre qui le prolonge dessinent une diagonale en dents de scie qui partage le tableau en deux triangles inégaux dont l’un, à l’arrière-plan, est en plein soleil tandis que l’autre, au premier plan, sensiblement plus grand, est à l’ombre. Dans chacun d’eux, une attache de ceinture, rouge, qui rappelle la teinte du mur. Ce mur dessine un rectangle dans l’ombre duquel s’inscrivent les trois ouvriers constituant le groupe de premier plan. Cette construction n’est pas sans évoquer certaines estampes japonaises.
Le moment représenté est celui de la pause, peut-être même l’heure du déjeuner (au second plan, la lumière est forte, et un ouvrier paraît manger quelque chose). Les ouvriers sont au repos, les bras croisés de diverses manières, de telle sorte que leurs mains, cette expression du travail entre toutes, sont invisibles. Les trois ouvriers qui parlent au premier plan sont chacun d’une génération différente. Leur tenue les désigne comme des hommes du peuple : col ouvert, chapeaux n’ayant plus de véritable forme, veste défraîchie jetée sur les épaules de l’un d’eux. Leurs pantalons larges et la ceinture de terrassier, déjà évoquée, nous indiquent clairement leur profession. A l’arrière-plan les quatre personnages pareillement vêtus ne sont plus que des silhouettes à l’allure cependant plus déliée, avec une tenue plus décontractée (manches retroussées). Cet univers du chantier est strictement masculin, sans connotation virile cependant.

Steinlen fut à la fois affichiste, peintre et graveur. Si ces affiches constituent un pan spécifique de son œuvre, ses tableaux et gravures entretiennent en revanche de fortes parentés. Les individus qu’il peint ici deviennent des types dans les gravures qu’il réalise alors pour le journal satirique L’Assiette au beurre ou pour d’autres titres de la presse ouvrière. La prééminence du courant syndicaliste révolutionnaire dans la fédération du bâtiment et certaines grandes grèves advenues dans ce secteur valent à l’ouvrier du bâtiment de s’imposer comme la figure ouvrière par excellence.
L’étroite relation qu’entretiennent les tableaux et les gravures permet alors une hypothèse. Dans les gravures, le soleil constitue une image de l’avenir, et dès lors un devenir. A ce titre, la simultanéité du soleil et de l’ombre, ici réaliste, est susceptible de surinterprétation. Ces silhouettes aux allures plus déliées plongées dans la lumière ne sont-elles pas aussi l’image d’un devenir ?

Steinlen Exposition, Musée de l’Histoire vivante, Montreuil, 1987.Gérard NOIRIEL, Les Ouvriers dans la société française Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1986.

Danielle TARTAKOWSKY, « Ouvriers du bâtiment », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 19/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/ouvriers-batiment

Anonyme (non vérifié)

Bonjour, et merci pour l'intérêt que vous portez à notre site,

A bientôt,

Juliette.

ven 19/06/2015 - 11:41 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Grève à Saint-Ouen

Ville située dans la banlieue industrielle du nord de Paris, Saint-Ouen compte au début du XXe siècle de nombreux ateliers métallurgiques et des…
Ouvriers du bâtiment

Ouvriers du bâtiment

Alexandre Steinlen, né à Lausanne en 1859, a été durablement impressionné par les événements parisiens de 1871. Célèbre pour ses affiches du cabaret…
Misère - Käthe Kollwitz

La Révolte des tisserands

Tensions sociales et création du SPD en Allemagne

L’Allemagne de la fin du XIXe siècle est marquée par un climat social et politique…

La Révolte des tisserands
La Révolte des tisserands

L’Internationale, hymne révolutionnaire

La figuration d’un hymne emblématique

C’est en 1887 qu’Eugène Pottier édite le poème L’Internationale. Le guesdiste Gustave Delory demande dès l’…

La grève au Creusot (1899)

Au XIXe siècle, les usines Schneider au Creusot sont les plus grandes de France. Pendant trente ans – de 1871 à 1899 –, la paix sociale y est…

Le 1er mai 1936

Un 1er Mai singulier

En 1936, le 1er mai advient deux mois à peine après le congrès confédéral de Toulouse (2-5 mars) qui entérine la…

Grève du Creusot (Le Monde illustré no 2219, 7 octobre 1899)

Grève au Creusot, 1899

La grève

En 1899, les usines Schneider du Creusot, spécialisées dans la production d’acier Bessemer, constituent la première concentration…

Grève au Creusot, 1899
Grève au Creusot, 1899

La révolte des canuts

Le 20 novembre 1831 l’association mutuelle des chefs d’atelier de soierie décide la grève générale pour obliger les fabricants à respecter le…

La révolte des canuts
La révolte des canuts

1er mai 1891 : la fusillade de Fourmies

La fusillade de Fourmies

Le 1er mai 1891, pour la deuxième fois, les organisations ouvrières du monde entier se préparent à agir par…

1<sup>er</sup> mai 1891 : la fusillade de Fourmies
1<sup>er</sup> mai 1891 : la fusillade de Fourmies
1<sup>er</sup> mai 1891 : la fusillade de Fourmies
1<sup>er</sup> mai 1891 : la fusillade de Fourmies

La Charge

L’agitation politique et sociale, au tournant du siècle, n’est pas seulement due au contexte de l’affaire Dreyfus et de la crise des Inventaires.…