Camarade, ton devoir est d'assister à l'assemblée générale de ton syndicat.

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Travailleurs du bâtiment. Tous à la grande réunion !

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© Collections La Contemporaine

Les réunions syndicales

Date de publication : Février 2011

Auteur : Alexandre SUMPF

La C.G.T.U., syndicat de combat sous influence communiste

Depuis la fondation de la Confédération générale du travail en 1895, le syndicalisme français s’est développé dans une direction révolutionnaire. En 1912, une tendance réformiste se structure mais ne parvient pas à s’imposer face à l’anarcho-syndicalisme avant le début des années 1920. À la suite de la scission des communistes décidée lors du congrès de Tours, en décembre 1920, les syndicalistes les plus radicaux de la C.G.T. décident de créer une C.G.T. unitaire affiliée à l’Internationale syndicale rouge, elle aussi création des bolcheviks, dirigée à Moscou par Solomon Lozovski. Si la première direction de la C.G.T.U. est de tendance anarchiste et pacifiste, sous la présidence de Gaston Monmousseau, l’organisation se rapproche fortement de la S.F.I.C., communiste, tandis que la C.G.T. cultive une proximité inédite avec la S.F.I.O., socialiste : l’esprit de la charte d’Amiens (1906) perd de sa vigueur, l’anarcho-syndicalisme perd sa prééminence. La C.G.T.U., qui revendique de 330 000 à 430 000 adhérents au milieu des années 1920, recrute surtout dans les branches des chemins de fer, de l’énergie et du bâtiment. Elle reste toutefois minoritaire par rapport à la C.G.T. et peine parfois à rassembler des partisans dans de nouveaux secteurs.

Convoquer en mots et mobiliser en images


Ces deux placards, produits en série pour convoquer les syndiqués, présentent une construction similaire avec la mention de la fédération unitaire, une représentation de l’ouvrier, un slogan mobilisateur et quelques lignes laissées en blanc pour les précisions locales.
Dans le placard du Syndicat général du Personnel de la Société du Gaz de Paris, l’adresse tutoie le travailleur, interpellé comme « camarade », et l’enjoint à faire son « devoir » de syndicaliste. Sur un fond d’usine aux caractéristiques spécifiques de l’industrie du gaz d’éclairage se dressent trois immenses cheminées dégageant des volutes rougeâtres. Le dessin de cet arrière-plan est relativement précis sans être technique ; le dégradé des zones ombrées souligne la perspective sur laquelle surgit un ouvrier traité dans des tons rouges, planté sur une estrade parfaitement noire. Les plis de sa tenue de travail, ses muscles saillants et les traits contractés de son visage connotent une certaine tension ; son poing droit fermé et sa main gauche ouverte résonnent comme un appel à l’action.

Le placard de la Fédération Unitaire du Bâtiment, de dimensions plus modestes et de couleur verte, convoque les travailleurs à une « grande réunion » où ils écouteront un « orateur ». L’illustration fait aussi ressortir un ouvrier sur un arrière-plan industriel de grues et de structures métalliques. Cet ouvrier émerge d’une masse ouvrière en marche, symbolisée par une mer de casquettes et quelques visages vieux et jeunes au second plan. Surtout, il crève littéralement l’image, comme déchirée par sa résolution à se rendre à ladite réunion. Les traits sévères de son visage, à moitié dans l’ombre, ses deux poings fermés et la position de ses membres indiquent tous la même détermination.

Force du syndicalisme


Le gazier montre le poing et tend la main ouverte, élément récurrent des affiches de mobilisation de la guerre (tel « On les aura ! » de J. A. Faivre), mais aussi de la représentation de l’ouvrier européen et du leader révolutionnaire, en particulier le Lénine des images soviétiques. Son camarade du secteur du bâtiment, lui, est porté par la masse « unitaire », force révolutionnaire impossible à arrêter, qui brise les carcans sociaux, renverse les positions, inclut de plus en plus d’ouvriers et rejette à l’extérieur ceux qui ne travaillent pas.

De tels placards produits à grande échelle par les fédérations de branche ou les syndicats des grandes unités de production étaient appelés à être placés sur le parcours de l’ouvrier autour de son lieu de travail. Si l’écrit respecte le code étroit de ce type de document, encadré par la fameuse loi du 29 juillet 1881, et n’appelle à aucune action interdite, l’image recèle une certaine violence. Leur petite taille est compensée par la couleur du fond ou du dessin même, ainsi que par leur multiplication. Ces documents sont par essence éphémères, d’autant que, grâce à ses parties vierges, le même placard peut servir pendant des années. Tout autant que les assemblées qu’elles convoquent, ces affichettes participent de l’éducation syndicale et de la mobilisation des syndiqués.

Jean-Jacques BECKER et Gilles CANDAR (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, La Découverte, tome II, 2005.Michel DREYFUS, Mouvement ouvrier et mutualité : l’exception française (1852-1967), mémoire pour l’habilitation à diriger des recherches, sous la dir.de A. Prost, université Paris I, Paris, 1997, 148 p.Romain DUCOLOMBIER, Camarades ! La naissance du parti communiste en France, Paris, Perrin, 2010.

Alexandre SUMPF, « Les réunions syndicales », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29/11/2022. URL : histoire-image.org/etudes/reunions-syndicales

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