La paye des moissonneurs.

La paye des moissonneurs.

Date de création : 1882

Date représentée :

H. : 214

L. : 272

peinture à l'huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais - G. Blot

http://www.photo.rmn.fr

02-015080/RF 333

Les paysans vus par la IIIe République

Date de publication : Juillet 2012

Auteur : Ivan JABLONKA

Les paysans vus par la III<sup>e</sup>&nbsp;République

Les paysans vus par la IIIe République

Chaque région agricole française a ses cultures de prédilection, ses structures agraires propres et ses méthodes culturales.

Au XIXe siècle comme aujourd’hui, la Picardie, terre de champs ouverts, était en grande partie consacrée aux cultures céréalières. Elle s’est modernisée relativement vite : les exploitations sont assez vastes et les fermes, souvent à cour fermée (donnant sur les habitations, la grange et les bâtiments intermédiaires comme l’étable), varient de 10 sur 15 mètres à 20 sur 30 mètres. La faux élimine la faucille dès les années 1830.

La Paye des moissonneurs a précisément pour cadre ce type de ferme : le modèle en est l’exploitation dite de Ru-Chailly, près de Château-Thierry (Aisne), grande propriété affermée à la famille Jary dont le grenier débordant de foin symbolise l’aisance dans le tableau de Lhermitte. Le réalisme scrupuleux et les thèmes de cette toile expliquent son extraordinaire succès auprès du grand public et de l’État, qui l’acquiert le jour même de l’ouverture du Salon, en 1882.

On ne peut donc que s’étonner du mépris avec lequel on traite aujourd’hui ce type de peinture, puisque Jacques Thuillier a raison d’affirmer, dans son Plaidoyer pour la peinture « naturaliste », que le public contemporain « est devenu aveugle à l’art de Lhermitte » (J. THUILLIER, in M. LE PELLEY FONTENY, Léon Augustin Lhermitte (1844-1925), Catalogue raisonné, Éditions Cercle d’Art, p. 9).

Dans cette scène rustique, où le maître en blouse bleue rétribue ses « hommes de journée » après les avoir réunis dans la cour de sa ferme, tout dénote la grandeur et la dignité. La mère nourrissant son enfant, le jeune homme qui reçoit sa paye, la main posée sur sa faux, dans un face-à-face viril avec le fermier, et surtout le vieux moissonneur halé et maigre, hiératique sur son banc, le regard vidé par la fatigue, personnifient tous à leur manière le travail « avec une noblesse idéale et vraie tout à la fois », ainsi que le note un critique en 1882.

Cette impression est accentuée par la construction rigoureuse de l’ensemble, structuré en lignes horizontales (le banc de pierre, la bordure des toits, le rebord de la fenêtre), verticales (le manche de la faux du jeune homme, les murs, les personnages debout) et obliques (le manche de la faux du vieil homme, la lame de sa faux, prolongée par le dos incliné de la jeune mère).

On ne peut s’empêcher d’être frappé par la monumentalité du tableau, véritable hymne au travail paysan, et par le réalisme méticuleux, presque photographique, d’une « peinture littérale », comme dit le Sâr Peladan en 1888 : le tablier de la femme, le bonnet de l’enfant au sein, la faucille plantée dans la gerbe, la gourde accrochée aux flancs du vieil homme en sabots, tout témoigne d’un goût prononcé pour le détail vrai.

Pour cette raison, Lhermitte devient, surtout après la mort de Bastien-Lepage, le représentant de la peinture paysanne sous la Troisième République. Il donnera, avec un succès jamais démenti, l’image rassurante d’une France rurale laborieuse, ignorante des bouleversements sociaux et des troubles que le prolétariat fomente en ville : c’est ainsi qu’aime à se présenter une Troisième République soutenue, comme du reste le Second Empire, par des campagnes attachées à un régime stable, à la morale familiale et au travail.

Albert DEMANGEON, La Plaine picarde, thèse de lettres, Paris, 1905.

Georges DUBY, Armand WALLON, (dir.), Histoire de la France rurale, t. 3, Apogée et crise de la civilisation paysanne, 1789-1914, Paris, Le Seuil, 1976.

J.-F. LEBLOND, Y. BROHARD, Vie et traditions populaires en région Picardie (Oise, Somme, Aisne), Horvath, 1989.

Monique LE PELLEY FONTENY, Léon Augustin Lhermitte (1844-1925), Catalogue raisonné, Paris, Éditions Cercle d’Art.

COLLECTIF, Léon Lhermitte et la Paye des moissonneurs, Les dossiers du musée d’Orsay, Paris, RMN, 1991.

Ivan JABLONKA, « Les paysans vus par la IIIe République », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 03/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/paysans-vus-iiie-republique

Anonyme (non vérifié)

Léon Lhermite is a wonderful artist. How he shows the relationships between the people or how they feel, as you explain so very well, is just perfection and show their state of mind so well. The man and woman also appear in another painting Le Fauchage 1887. In both paintings he portrays their intimate relationship. I am so glad to have found his work. Je vous remercie.

dim 24/09/2017 - 22:59 Permalien

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