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Paysage.

Paysage.

The Bridge Ipswich.

The Bridge Ipswich.

New York. The Flatiron Evening.

New York. The Flatiron Evening.

Paysage.

Paysage.

Auteur : DEMACHY Robert

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : 1904

Date représentée : 1904

H. : 21,2

L. : 15,8

© Photo RMN - Grand Palais - H. Lewandowski

http://www.photo.rmn.fr

00-003447 / PHO1982-100

La photographie pictorialiste

Date de publication : Octobre 2005

Auteur : Charlotte DENOËL

La naissance du mouvement pictorialiste

Entre 1890 et 1914, le pictorialisme occupe une place charnière dans l’histoire de la photographie : dérivé du terme anglais « picture », signifiant « image », ce mouvement s’est constitué autour de l’idée de faire entrer la photographie parmi les beaux-arts. La mise au point vers 1880 de nouveaux appareils photographiques instantanés, de petit format et au fonctionnement simplifié, mit à la portée d’un large public d’amateurs le procédé élaboré par Daguerre dès 1839. Luttant contre la standardisation des images qui découlait de cette révolution technique, une catégorie d’amateurs issus de la bourgeoisie s’efforça d’élaborer une esthétique photographique propre et de placer l’acte artistique au cœur même de la pratique de la photographie. Derrière cette ambition, il s’agissait de proposer une autre mise en image du réel, en privilégiant la sensibilité de l’artiste-photographe.

Un art nouveau : entre photographie et peinture

Explorant les genres artistiques traditionnels tels que le portrait, le paysage ou la vue d’architecture, les photographes pictorialistes s’attachèrent à mettre en avant la vision du sujet et à transformer le réel à l’aide d’artifices divers tels que flous, effets de clair-obscur ou cadrages tronqués, et de techniques sophistiquées de tirage autorisant l’intervention manuelle.

Figure de proue du pictorialisme français, Robert Demachy (1859-1936) obtenait des effets picturaux à l’aide des procédés dits pigmentaires, tels que la gomme bichromatée, comme le montre cette vue d’un bord de mer enneigé, datée de 1904 : à la manière des impressionnistes, le photographe s’est efforcé de créer une sorte d’atmosphère brumeuse en utilisant un grain épais et en jouant sur les différentes nuances de gris. Celles-ci permettent de distinguer l’un de l’autre les différents plans qui se succèdent en profondeur, du village entouré d’une espèce de flou à l’arrière-plan au rivage enneigé et maculé de traces noires occupant la plus grande partie de l’image.

Cette volonté de privilégier l’impression au détriment de la précision s’observe également dans cette vue du pont d’Ipswich prise à la même époque par le photographe américain Alvin Coburn (1882-1966). Il a recouru à un saisissant raccourci de cadrage : pris de la berge, son cliché donne à voir le pont dans toute sa hauteur mais coupé, et il n’a pas hésité à lui donner pour premier plan l’arche centrale du pont vue en contre-jour pour renforcer l’effet de masse. La force de cette photographie réside dans l’équilibre des contrastes entre les teintes claires du ciel et des pierres du pont et celles, foncées, des eaux du fleuve.

C’est également un effet de clair-obscur qu’a choisi Edward Steichen (1879-1973) pour représenter le « Flatiron » (« fer à repasser »), l’un des premiers gratte-ciel de New York, symbole par excellence de la puissance américaine. Datée de 1906, cette photographie porte en elle la plupart des germes de la modernité artistique : outre l’effet de contre-jour, qui relègue dans l’ombre les passants et les arbres situés au premier plan, le cadrage serré, coupant délibérément le sommet de l’édifice, et la brume qui l’entoure révèlent l’influence des recherches esthétiques de l’avant-garde américaine et européenne avec laquelle Steichen entretenait de fréquents contacts.

Une dimension internationale

Ces trois photographies illustrent bien la diversité du mouvement pictorialiste : européen à ses débuts, ce mouvement abritait en son sein des écoles très disparates, regroupées à l’échelle nationale autour de grands clubs d’amateurs tels que le « Linked Ring » de Londres ou le « Camera Club » de Paris. À partir de 1902, il acquit une dimension véritablement internationale avec l’arrivée des photographes américains sur le marché, et ce grâce à Alfred Stieglitz (1864-1946). Après un séjour en Europe durant lequel il prit part aux activités du « Camera Club » de Vienne, ce photographe parvint à s’imposer comme le chef de file de l’école pictorialiste aux États-Unis. Il fonda en 1902 avec Clarence White et Edward Steichen la « Photo-Secession », une association destinée à faire reconnaître la photographie comme un moyen d’expression artistique à part entière. Stieglitz créa également la revue Camera Work, dans laquelle furent publiées les trois photographies faisant l’objet de la présente étude, et la « Galerie 291 », sur la 5e Avenue, pour accueillir les expositions des photographes pictorialistes et des peintres et sculpteurs représentant l’avant-garde européenne, tels que Rodin, Matisse ou Picasso. Ces relais institutionnels et ces relations privilégiées avec les tenants de l’art moderne ont ainsi permis à la photographie d’acquérir le statut d’œuvre d’art à la veille de la Première Guerre mondiale, en revendiquant l’importance de la vision subjective.

Michel FRIZOT (dir.), Nouvelle histoire de la photographie, Paris, Larousse-Adam Biro, 2001.Jean-Claude LEMAGNY et André ROUILLE (dir.), Histoire de la photographie, Paris, Larousse-Bordas, 1998.Michel POIVERT, Le Pictorialisme en France, catalogue de l’exposition de la BNF, 15 octobre-14 novembre 1992, Paris, Hoëbeke-BNF, 1992.Le Salon de photographie : les écoles pictorialistes en Europe et aux États-Unis vers 1900, catalogue de l’exposition du musée Rodin, 22 juin-26 septembre 1993, Paris, Musée Rodin, 1993.

Charlotte DENOËL, « La photographie pictorialiste », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 04/03/2024. URL : histoire-image.org/etudes/photographie-pictorialiste

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