Filature du nord - Scène de triage de la laine

Filature du nord - Scène de triage de la laine

Filature du nord - Mise en ballot de la laine

Filature du nord - Mise en ballot de la laine

Filature du nord - Scène de triage de la laine

Filature du nord - Scène de triage de la laine

H. : 122 cm

L. : 114 cm

Huile sur toile

© Musée La Piscine (Roubaix), Dist. RMN-Grand Palais / Arnaud Loubry

Lien vers l'image

992.7.1

  • Filature du nord - Scène de triage de la laine

Les ouvrières de l’industrie textile

Date de publication : Novembre 2022

Auteur : Guillaume BOUREL

Roubaix, le « Manchester de la France »

L’industrie textile décolle en France entre 1840 et 1870 avec la mécanisation du peignage, du filage et du tissage de la laine. La grande usine fait son apparition comme la « filature monstre » fondée par Louis Motte à Roubaix en 1843. La Belle époque voit à la fois l’apogée du secteur textile et sa concentration, dominé par les familles Prouvost et Motte. Roubaix-Tourcoing représente alors 11% de l’activité lainière française avec ses 10 0000 ouvriers et ouvrières. Le début du XXe siècle marque également l’apogée du travail féminin à l’usine puisque 38% des femmes actives y travaillent. Le secteur textile emploie à lui seul 90% des ouvrières au niveau national.

L’extraordinaire mutation du paysage urbain qu’entraîne l’industrialisation fascine les peintres naturalistes mais aussi impressionnistes. Les premiers rendent compte de ce nouveau peuple ouvrier pour lui redonner sa dignité ou dénoncer l’avilissement des corps par le travail. Les seconds essaient de capter l’énergie de ce nouveau monde industriel en peignant l’atmosphère faite de lumière et de fumées des usines et des villes. Ferdinand-Joseph Gueldry est à la croisée de ces deux courants. Il a acquis sa notoriété par ses peintures de bords de Marne et notamment ses scènes de régates d’aviron, peintes à la façon des impressionnistes. Certaines de ses toiles sont achetées par la direction des Beaux-Arts. A la fin des années 1880, il élargit son travail au monde de l’usine, à la métallurgie du Creusot ou au textile du Nord. Se faisant l’écho des réalités sociales de son temps, il peint l’entrée massive des femmes à l’usine. En consacrant la plus grande de ses deux toiles aux ouvrières des usines Motte, Gueldry fait exception car le sujet de prédilection des peintres est plus souvent l’univers masculin de la forge, de la fonderie ou des aciéries.

Hommes et femmes à l’usine

La première toile semble saisir les trieuses de laine sur le vif. La perspective est créée par ce long hall inondé de la lumière des verrières. Ce jeu sur la lumière qui intéresse le peintre renvoie à une réalité technique de cette étape du traitement de la laine : le tri en fonction de la longueur des fibres, de leur finesse et pour débarrasser la laine des impuretés nécessite de travailler à la lumière du jour. Ce travail méticuleux est renvoyé au second plan où par paire les ouvrières trient les bottes de laine. Elles se distinguent par leur chignon, souvent obligatoire en usine pour éviter les accidents ou que les cheveux ne tombent dans les fibres de laine. Au premier plan deux très jeunes filles regardent le spectateur, s’interrompant à peine dans leur travail. Ces ouvrières, embauchées dès l’âge de 12 ans, sont employées aux tâches subalternes de nettoyage de la salle et de manutention.

Sur la seconde toile, bien plus petite, deux ouvriers bourrent une machine à presse mécanique pour mettre en balle la laine triée qui est ensuite acheminée vers divers ateliers de peignage, avant d’être filée. Les corps disparaissent par rapport à la machine qui occupe la moitié de la toile et comme engloutis par le nuage de laine. La dimension impressionniste de Gueldry joue à plein dans le traitement par touche de la lumière réfléchie en une palettes d’écrus et de blanc par la laine. Le peintre suggère la force physique par cette lutte presque surhumaine entre l’homme, la machine et la matière.

Le sexe du travail

Si les tableaux se présentent comme une illustration documentaire du travail ouvrier, ils relèvent pourtant d’une mise en scène. Plusieurs détails intriguent dans le premier : l’absence des contremaîtres, toujours des hommes, surveillant le travail des femmes. Gueldry nous présente un monde exclusivement féminin, associant au tri de la laine les attributs du travail ménager féminin : lessive, tri, balayage. La jeune fille au balais n'est autre que la propre fille de l’artiste qui pose pour l’occasion. Le recours à une main d’œuvre féminine pour le triage de la laine est en fait récent. Cette tâche qui suppose un long apprentissage et une connaissance fine de la laine était jusqu’à la fin du XIXe siècle celles d’ouvriers souvent deux fois plus payés que la moyenne pour tenir compte de leur expérience et de l’exigence d’un travail minutieux. Pour réduire les salaires, les patrons les remplacent par des femmes payées moins cher. Ils peuvent compter sur une main d’œuvre docile car 82% des ouvrières du textile ont moins de 30 ans et célibataires et la plupart entrent très jeunes à l’usine. Les ouvriers trieurs ont d’ailleurs mené plusieurs grèves contre cette politique patronale depuis 1899. A l’opposé, le second tableau associe l’ouvrier à la force physique et à la machine. La peinture de Gueldry reproduit le discours inventé dans la seconde moitié du XIXe siècle sur le sexe du travail industriel, une répartition genrée du travail. Il réactualise l’ancestrale distinction naturaliste du masculin et du féminin : aux femmes les tissus, les qualités d’endurance et de dextérité ; aux hommes la force musculaire, la noblesse associé au travail sur la machine ou dans le feu des fonderies. Cette représentation genrée du travail industriel par Gueldry participe finalement de la justification de la prolétarisation des ouvrières, qui gagnent jusqu’à 50% de moins que les hommes.

Impressionnisme : Courant artistique regroupant l’ensemble des artistes indépendants qui ont exposé collectivement entre 1874 et 1886. Le terme a été lancé par un critique pour tourner en dérision le tableau de Monet Impression soleil levant (1872). Les impressionnistes privilégient les sujets tirés de la vie moderne et la peinture de plein air.

Guillaume BOUREL, « Les ouvrières de l’industrie textile », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29/11/2022. URL : histoire-image.org/etudes/ouvrieres-industrie-textile

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