Usine de fabrication d'armement à Lyon : les tours.

Usine de fabrication d'armement à Lyon : les tours.

G. Charpentier- Cours de chant de l'oeuvre de Mimi Pinson

G. Charpentier- Cours de chant de l'oeuvre de Mimi Pinson

Usine de fabrication d'armement à Lyon : les tours.

Usine de fabrication d'armement à Lyon : les tours.

Date représentée :

H. : 75

L. : 154

Huile sur toile.

© Photo RMN - Grand Palais - G. Blot

http://www.photo.rmn.fr

96-017571 / MNPL334

Femmes à l'usine

Date de publication : Juillet 2007

Auteur : Myriam TSIKOUNAS

Dans le second XIXe siècle, avec la généralisation des machines qui exécutent elles-mêmes les travaux de force, le travail féminin s'impose dans les manufactures. Les femmes sont d’abord massivement employées dans les grandes fabriques textiles de Lyon, Lille et Mulhouse... où elles perçoivent un salaire souvent inférieur de moitié à celui des hommes. Comme les congés de maternité n'existent pas, elles besognent jusqu'au dernier moment et reprennent leur tâche le plus rapidement possible après l’accouchement.
Au départ, cette main d’œuvre est déconsidérée. Médecins, économistes, enquêteurs sociaux…tous reprochent à l’ouvrière de ne plus être l'éducatrice de ses enfants et de négliger son foyer, incitant par là même son mari à se réfugier au cabaret. Mais durant la Grande Guerre, dès que les femmes doivent relayer les maris mobilisés, au champ comme à l’usine, spécialement dans les fabriques d’armement, le discours change. Les élites ne condamnent plus le travail féminin mais se préoccupent simplement de la santé des ouvrières et de l’encadrement de leurs loisirs pour les empêcher de verser dans la prostitution, communément appelée « cinquième quart » de la journée.

En 1916, à l'invitation du propriétaire, Lazare Lévy, Édouard Vuillard se rend à Lyon pour peindre, en deux tableaux, l’effort d’armement des Français. La première toile, qui présente une Forge en plan général, s’attache peu aux personnages. La seconde, en revanche, intitulée Les Tours, place sur le devant de la scène plusieurs ouvrières et souligne, par divers procédés artistiques, la pénibilité de leurs tâches. Les femmes, habillées du même marron que les machines colossales, font corps avec l’atelier et le fouillis des rouages qui semblent les happer. Elles se fondent dans cet espace, encombré de poulies, de câbles et de courroies géantes qui les frôlent dangereusement. L’employée, qui se tient debout au premier plan, est penchée sur sa machine infatigable, sa bouche ouverte exprime le bâillement et rappelle que la durée de travail dépassait fréquemment les dix heures, à laquelle s’ajoutaient, pour les mères de famille, le temps consacré aux enfants et aux files d'attente interminables pour obtenir à peine de quoi manger et se chauffer.
Et pourtant, comme l’atteste sur une photographie anonyme la lampe électrique allumée et l’obscurité par delà les fenêtres, les ouvrières, exténuées, prenaient volontiers, le soir, des cours de chant. Et cette activité culturelle les métamorphosait : souriantes et concentrées sur le pianiste, coiffées d’élégants chapeaux et bien vêtues de couleurs sombres, elles se détachaient alors nettement du décor, de la grande salle blanche et dépouillée.

Dès les années 1840, plusieurs grands patrons français, tels ceux de la société industrielle de Mulhouse, des forges du Creusot et de Fourchambault, mettent tout en œuvre pour améliorer le sort de leurs ouvrières et préserver leur moralité : ils les incitent à épargner une part de leur salaire qu'elles toucheront avec les intérêts accumulés, quand elles quitteront la fabrique pour se marier ; ils luttent conte la malnutrition en créant des restaurants pour jeunes filles qui servent une nourriture équilibrée ; ils créent des bibliothèques, des théâtres et des conservatoires dans les cités qu’ils ont édifiées.
Ce mouvement, successivement qualifié de « patronage » et de « paternalisme » trahit une mauvaise conscience des élites. Le patron, sorte de suzerain des temps modernes, se veut le père de ses ouvrières ; il exerce sur elles une tutelle à la fois forte et bienveillante pour les faire échapper au déterminisme de la misère. Persuadé qu’il leur doit plus qu’un salaire, il leur offre une protection sociale, sans intervention de l’État, et des loisirs sains, pensant que l’art, et la musique en particulier, sont des liens sociaux majeurs.
Mais le patronage est aussi et avant tout une stratégie de recrutement et d’organisation du travail. Le dirigeant vise, en proposant à son personnel une vie décente, des activités sportives et culturelles, à pallier le déficit chronique de main-d'œuvre, à attirer, former puis retenir des populations jugées instables, à attacher l’ouvrière et sa famille à la manufacture.

Jules MICHELETLa Femme Paris, Hachette, 1859, 327 p.(rééd Flammarion, coll. « Champs », 1981, 364 p).Paul LEROY-BEAULIEULe Travail des femmes au XIXe siècle Paris, Charpentier, 1873, 222 p.Jules SIMONL'OuvrièreParis, Hachette, 1861, 368 p. (rééd Gérard Monfort, 1977, 444 p.).Françoise BATTAGLIOLAHistoire du travail des femmesParis, La Découverte, « coll.Repères », 2000.Sophie-Anne LETERRIER « Musique populaire et musique savante au XIXe siècle.Du "peuple" au "public" », Aspects de la production culturelle au XIXe siècle, formes, rythmes, usages Revue d'histoire du XIXe siècle, n° 19, 1999.

Myriam TSIKOUNAS, « Femmes à l'usine », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 09/02/2023. URL : histoire-image.org/etudes/femmes-usine

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Réunion du Comité pour le vote des femmes sous la présidence de madame Maria Vérone, avocate et féministe (assise, à droite, tête nue). Paris, 1914

Le vote des femmes en France : le « référendum » du 26 avril 1914

Le mouvement « suffragiste » français en pleine effervescence

Si plusieurs associations françaises avaient milité pour le droit de vote des…

Portrait de Marie Vassilieff 1920

Marie Vassilieff, une figure de Montparnasse

Marie Vassilieff et l’École de Paris

Née en 1884, Marie Vassilieff étudie la médecine et l’art à Saint-Pétersbourg. Grâce à une bourse de voyage…

file d'attente devant un bureau de vote, lors des premières élections auxquelles les femmes sont invitées à participer. Paris, avril 1945.

Le premier vote des femmes en France.

La femme française peut voter

À l’approche de la Libération, la question du vote des femmes n’apparaît pas comme une priorité absolue. Ainsi, elle…

Le premier vote des femmes en France.
Le premier vote des femmes en France.
Le premier vote des femmes en France.

Ex-voto de 1662

Une guérison miraculeuse

Au moment où il peint ce tableau, Philippe de Champaigne est un artiste connu et reconnu. Ce peintre flamand installé à…

Le féminisme réformiste en France

Le combat des femmes françaises pour l’égalité

Depuis le dernier tiers du XIXe siècle, les féministes françaises revendiquent l’égalité…

Le féminisme réformiste en France
Le féminisme réformiste en France
Le féminisme réformiste en France
Centre de propagande pour le vote des femmes, dirigé par Louise Weiss, leader des associations féministes françaises. De gauche à droite : Maryse Demour, Hélène Roger-Viollet, Jeanine Nemo, Louise Weiss et Clara Simon. Paris, février 1936

Louise Weiss, féministe des années 1930

La cause du droit de vote des femmes en 1936.

Durant la première guerre mondiale, la grande majorité des associations féministes françaises mettent…

Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain - William Turner

La vision de la mer au XIXe siècle

Avant 1750, les espaces océaniques n’attirent guère que les marins. Au XVIIe siècle, Claude Gellée, dit Le Lorrain, est l’un des rares…

La vision de la mer au XIX<sup>e</sup> siècle
La vision de la mer au XIX<sup>e</sup> siècle
La vision de la mer au XIX<sup>e</sup> siècle

Le nu enfumé

Le nouveau Nu

Avec la IIIe République, les mœurs se libéralisent et la censure se relâche. Sans doute, le grand dessin du nu…

Le nu enfumé
Le nu enfumé
Le nu enfumé
Le nu enfumé
La Repasseuse - Edgar Degas

Représentations de travailleuses

Peindre les ouvrières dans la seconde partie du XIXe siècle

À partir des années 1830, marquées par les révoltes des canuts lyonnais de…

Représentations de travailleuses
Représentations de travailleuses
Le Monde renversé - Hurez

Le monde renversé

La technique consistant à inverser les rapports entre deux termes du monde réel (êtres humains, animaux, corps célestes...), afin de produire une…

Le monde renversé
Le monde renversé
Le monde renversé