Portrait de Stendhal

Portrait de Stendhal

Portrait de Stendhal

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Portrait de Stendhal

Auteur : LEHMANN Henri

Lieu de conservation : musée Stendhal (Grenoble)
site web

Date de création : 1841

Date représentée :

H. : 26

L. : 23

Crayon

© Musée Stendhal - Grenoble - France

MSt.836

Stendhal

Date de publication : Octobre 2003

Auteur : Emmanuelle GAILLARD

Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, naît à Grenoble en 1783 dans une famille conservatrice. Confié à la mort de sa mère aux bons soins de l’abbé Raillane, précepteur qu’il déteste, il conçoit dès l’enfance une haine farouche de la religion et de la monarchie, révolte qui fera de lui un libre penseur. En 1800, il s’engage dans l’armée de Napoléon et entame une carrière qui le mène ensuite jusqu’au Conseil d’Etat, où il parvient en 1810 aux fonctions d’Auditeur puis Inspecteur du mobilier et des bâtiments de la Couronne. La chute de l’Empire met un terme à ses hautes fonctions : libéré de toute obligation, il part s’installer à Milan qu’il déclare être sa patrie d’élection. C’est alors qu’il fait tout à la fois ses débuts dans la littérature (Vies de Haydn, Mozart et Métastase, 1815, Histoire de la peinture en Italie, 1817) – signant pour la première fois du pseudonyme « de Stendhal » son essai Rome, Naples et Florence en 1817 – et les premiers pas dans une vie amoureuse tumultueuse. De retour dans les salons parisiens en 1821, il livre l’année suivante une « analyse » scientifique, De l’amour, dans laquelle il explicite son fameux concept de la « cristallisation » : l’être aimé, « comme un rameau effeuillé par l’hiver » se pare « d’une infinité de diamants mobiles et éblouissants ». Après s’être engagé dans la bataille romantique avec son Racine et Shakespeare (1823-1825), où il prend le parti du dramaturge anglais, Stendhal publie enfin son premier chef-d'œuvre en 1830, Le Rouge et le Noir, roman qui à l’époque n’eût pas de retentissement.

C’est à l’hiver 1839-1840 que le peintre suédois J. O. Sodermark exécute le portrait de Stendhal. Consul de France à Civitavecchia depuis 1831, l’écrivain a publié en avril son second grand roman, écrit, ou plutôt dicté, en l’espace de deux mois, La Chartreuse de Parme. Etudiée en plan rapproché, l’image ne laisse pas à l’œil le loisir de s’attarder sur les détails du décor comme dans les portraits contemporains d’Ingres. A peine devine-t-on le dossier sculpté et doré d’un fauteuil, tandis que le fond du tableau se couvre d’un brun uni. Vêtu du sombre costume officiel de consul qu’éclaire à peine le col de la chemise, Stendhal fixe le spectateur avec la même acuité, le même regard lucide et sans complaisance qu’il porte sur ses contemporains et sur lui-même. Influencé par les théories idéologues de Destutt de Tracy, l’écrivain considère aussi ses personnages par le biais de l’analyse rigoureuse, quasi scientifique, évitant les débordements de l’imagination. S’imprégnant, pour son travail d’écriture, de la lecture quotidienne du Code civil, il dit : « Je n’ai qu’un moyen d’empêcher mon imagination de me jouer des tours, c’est de marcher droit à l’objet. […] Je fais tous mes efforts pour être sec. Je tremble de n’avoir écrit qu’un soupir, quand je crois avoir noté une vérité1. ». A peine plus tardif, le portrait de Lehmann révèle un Stendhal plus familier, presque débonnaire, mais plus fatigué aussi. Frappé d’apoplexie le 15 mars 1841, Stendhal, affaibli, n’a plus cette présence imposante et impénétrable qui l’aurait presque fait passer pour un homme de loi dans le tableau de Sodermark. Le plan s’est élargi et la posture est celle d’un homme qui, comme il le dit lui-même « s’est colleté avec le néant ».

Dans ses Essais de critique et d’histoire (1866), Hippolyte Taine consacre un article à Stendhal dont il fut le défenseur farouche. Son « analyse » du caractère de Julien Sorel pourrait se confondre avec celle de son créateur : « Il a pour ressort un orgueil excessif, passionné, ombrageux, sans cesse blessé, irrité contre les autres, implacable à lui-même, et une imagination attentive et ardente, c’est-à-dire la faculté de produire au choc du moindre événement des idées en foule et de s’y absorber. De là une concentration habituelle, un retour perpétuel sur soi-même, une attention incessamment repliée et occupée à s’interroger, à s’examiner, à se bâtir un modèle idéal auquel il se compare, et d’après lequel il se juge et se conduit ».

1 De l’amour.

Georges BLIN, Stendhal et les problèmes du roman, Paris, Corti, 1953.Michel CROUZET, Stendhal ou Monsieur moi-même, Paris, Flammarion, 1990.Jean GOLDZINK, Stendhal, l’Italie au coeur, Paris, Gallimard, coll. «  Découvertes », 1992.

1. Vie de Henry Brulard.

Emmanuelle GAILLARD, « Stendhal », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/stendhal

Anonyme (non vérifié)

Bonjour,
La bibliographie accompagnant les 2 portraits de Stendhal concernent André Malraux. Merci de corriger cette erreur,
Très cordialement,

dim 06/01/2019 - 16:52 Permalien

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