L’Histoire de France de Lavisse | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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L’Histoire de France de Lavisse

Date de publication : décembre 2019

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Contexte historique

Lavisse (1842-1922), « l’instituteur national »

Cette version du « Petit Lavisse », premier manuel d’histoire nationale avant le « Malet-Isaac », offre une version condensée pour les classes de primaire de l’histoire de France. Elle est issue des travaux d’Ernest Lavisse, dont la publication sert de bréviaire à tout le corps enseignant de la jeune République.

Lorsque Lavisse naît en 1842, Augustin Thierry a déjà publié ses Lettres sur l’histoire de France depuis quinze ans et Jules Michelet termine le sixième tome de sa gigantesque Histoire de France, achevée en 1875. L’école historique française connaît un essor qui inspire les premières générations d’enseignants, formées dans le cadre de l’agrégation d’histoire instituée en 1831.

C’est ce contexte académique qui fait de Lavisse « l’instituteur national » (selon les mots de Pierre Nora), après avoir été le répétiteur du fils unique de Napoléon III. Durement touché par la défaite de 1870, l’historien part étudier le système universitaire prussien et n’aura de cesse, dans ses responsabilités ministérielles, intellectuelles (entrée à l’Académie française en 1892) et universitaires (directeur de l’École normale supérieure en 1904), de ranimer la flamme patriotique à travers l’enseignement du passé national. Il n’a pas l’aura intellectuelle de ses aînés ou d’Hippolyte Taine, ne cherche pas à imposer la critique historique comme Charles Seignobos. Mais ses fonctions au sein d’une importante maison d’édition, Armand Colin, lui permettent de publier.

Analyse des images

L’histoire nationale, fondement de l’éducation civique

La vision morale de l’histoire nationale inculquée par l’auteur se développe sur la couverture du tome destiné au cours moyen.

Quoique les illustrations ponctuent le propos à l’intérieur, l’éditeur a jugé inutile d’attirer le regard de l’écolier plus avancé par une image. D’une part, il connaît déjà bien le « Lavisse » ; d’autre part, sachant parfaitement lire, il peut s’imprégner immédiatement de la formule célèbre de l’historien, qui insiste sur l’amour de la France, sa beauté et sa grandeur :
« Enfant,
Tu vois sur la couverture de ce livre les fleurs et les fruits de la France.
Dans ce livre, tu apprendras l’histoire de la France.
Tu dois aimer la France, parce que la nature l’a faite belle, et parce que son histoire l’a faite grande. »

Interprétation

L’école et le livre, creuset patriotique de la République

Si Lavisse impose par son directoire et ses manuels une discipline inédite à la corporation, son manuel ne régnait pas en seul maître sur le marché éditorial scolaire. À ses débuts, il complète un manuel de lecture, Le Tour de la France par deux enfants de G. Bruno (1877), qui ne lui cédait en rien sur le plan de l’exaltation patriotique et avait le mérite de permettre aux écoliers de s’identifier aux deux frères alsaciens en quête d’identité. Puis Hachette a lancé en 1902 le « Malet-Isaac » (surtout rédigé par Jules Isaac) pour le collège et le lycée, d’un ton moins nationaliste (Isaac a été blessé pendant la Grande Guerre).

Ces trois grandes collections bénéficient d’un marché captif constitué par les dizaines de milliers d’écoles qui font l’acquisition des manuels pour leurs élèves ; les retirages sont nombreux, notamment parce qu’il faut régulièrement les adapter aux nouveaux programmes scolaires (1909, 1920).

Cette réussite éditoriale, assurée par la transmission entre générations d’enseignants, garantit une audience maximale à la vision positiviste de Lavisse, pour qui l’histoire est une « grande route humaine » qu’il faut « suivre étape par étape, jusqu’à notre étape à nous ».

Le propos simplifié, développé sur deux cent soixante-douze pages, agrémenté de cent quarante-deux gravures et appuyé par dix-sept cartes, donne à l’histoire (politique et militaire) contemporaine une part prépondérante : la critique de l’Ancien Régime sert à exalter la réussite de la République, dont Lavisse reconnaît qu’elle a bénéficié de quelques acquis – consolidation du territoire et construction de l’État. Insistant sur la capacité du pays, unique en Europe, à se relever après chaque catastrophe et sur ses qualités martiales, l’auteur crée un catéchisme républicain alliant culte de la liberté et culte de la patrie.

Bibliographie

BOURDON Étienne, La forge gauloise de la nation : Ernest Lavisse et la fabrique des ancêtres, Lyon, ENS Éditions, coll. « Sociétés, espaces, temps », 2017.

LEDUC Jean, Ernest Lavisse : l’histoire au cœur, Malakoff, Armand Colin, 2016.

NORA Pierre, « Ernest Lavisse : son rôle dans la formation du sentiment national », Revue historique, t. 228,‎ fasc. 1, 1962, p. 73-106.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « L’Histoire de France de Lavisse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 février 2021. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/histoire-france-lavisse
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