Affiche Job papier à cigarettes.

Affiche Job papier à cigarettes.

Auteur : ATCHE Jane

Date de création : 1896

Date représentée :

H. : 50

L. : 69,1

Lithographie coloriée.

© Photo RMN - Grand Palais - Bulloz

http://www.photo.rmn.fr

00-008693

Papier à cigarettes JOB

Date de publication : Octobre 2011

Auteur : Didier NOURRISSON

La fume est à la mode

Depuis 1843, date de la mise sur le marché français des premiers modules industriels, la cigarette investit l’espace social. Après la fabrication manuelle par les nombreuses ouvrières de la Régie des Tabacs, la production de cigarettes se mécanise au début des années 1870, avec la révolution industrielle qui s’accélère : la machine révolutionnaire dite « Gauloise » est présentée par son inventeur Anatole Découflé à l’Exposition universelle de 1889. Cependant les cigarettes fabriquées à la main, dites « cousues main », représentent encore la majorité des modules vendus. La fabrication d’un papier adapté devenant essentielle, l’industrie privée y pourvoit, et les premières machines apparaissent sous la monarchie de Juillet. Au début artisanale et familiale, la production devient industrielle. Jean Bardou, qui a déposé un brevet d’invention à Perpignan, s’associe dès le début de la IIe République au représentant de commerce toulousain Jacques-Zacharie Pauilhac et amorce une organisation commerciale pour la vente des cahiers de papier : le sigle JB se voit séparé par un losange qui rappelle à la fois les armes de Perpignan et la carotte du débitant. Bien vite, le public lira « JOB ». Une grande usine est fondée à La Moulasse dans l’Ariège, puis à Toulouse. Au même moment, un papetier d’Angoulême se met à fabriquer du papier à cigarettes, sous la marque Zig Zag, à l’effigie du zouave. Le propre frère de Jean Bardou, Joseph, crée le papier Le Nil dans cette même ville.

La promotion des produits passe par le développement de la « réclame » illustrée : on achète mieux ce que l’on voit (ou croit voir). Les artistes recourent à la chromolithographie, procédé d’impression en quadrichromie développé par Godefroy Engelmann en 1839. L’emploi des trois couleurs primaires (bleu, jaune, rouge), auxquelles on ajoute le noir, permet d’obtenir toutes les teintes et nuances possibles.

La femme publicitaire


L’image de la femme est systématiquement utilisée par les artistes depuis les premières affiches de Chéret (Le bal Valentino, 1869) : la femme donne le ton du produit de mode. Que ce soit pour aller au bal, pour croquer du chocolat, et même pour donner envie de fumer, elle fait vendre.

En novembre 1896 se tient au Cirque de Reims une grande exposition d’affiches artistiques. Y participent des célébrités du monde des arts : Alphonse Mucha (biscuits Lefèvre-Utile), Toulouse-Lautrec (cycles Michaël), Firmin Bouisset (biberons Robert). La jeune Jane Atché – elle a vingt-quatre ans –, venue de Toulouse, y présente une jeune femme blonde, assise, en robe jaune paille et grande capeline noire, qui contemple la fumée d’une cigarette qu’elle tient dans la main droite, tandis que les volutes se concentrent pour faire cercle, voilant d’un nimbe la tête de la demoiselle. Cette affiche suit celle de Firmin Bouisset de 1895 et précède les deux affiches Art nouveau de Mucha de 1897 et 1898. Le projet de Toulouse-Lautrec n’est pas retenu, tandis que celui de Jane Atché est récupéré par la société JOB au prix de quelques modifications : la robe devient vert tendre, assortie au fond, et l’écharpe de fumée flotte désormais autour de la marque JOB, tandis que sur la robe figure une formule valorisante, « Hors Concours Paris 1889 » (à l’Exposition universelle). La femme qui fume fait tourner la tête des hommes. Elle abat les cloisons des conventions.

La femme fume


Une femme qui fume, voilà qui n’est pas banal dans une société encore très intolérante. Les manuels de savoir-vivre (celui de la baronne de Staff, entre autres) soulignent à l’envi l’incorrection de la fume au féminin. Il serait tout à fait inconvenant d’acheter des paquets de cigarettes toutes faites au débit de tabac. Utiliser un papier pour rouler sa cigarette est peut-être une bonne manière de contourner l’interdit social, quand on appartient à la bonne société, celle des femmes qui ne sont ni vulgaires comme des ouvrières, ni émancipées comme des « lionnes » de la première moitié du XIXe siècle, ni prostituées comme les filles publiques d’extraction populaire. La distinction passe par la beauté du vêtement, l’élégance du geste, le soin de la tenue.

La publicité pour la fume tourne à l’affichage de la femme. Il est certain que la promotion de la cigarette, de la pratique de la fume, conduit à l’identification sociale de la femme, mystérieuse enfumeuse et sujet des désirs masculins.

Bénigno CACÉRÈS, Si le tabac m’était conté…, Paris, La Découverte, 1988.Claudine DHOTEL-VELLIET, Jane Atché, Lille, éditions Le Pont du Nord, 2010.Thierry LEFEBVRE, Didier NOURRISSON et Myriam TSIKOUNAS, Quand les psychotropes font leur pub.Cent trente ans de promotion des alcools, tabacs, médicaments, Paris, Editions du Nouveau Monde, 2010.Dominique LEJEUNE, La France des débuts de la IIIe République, 1870-1896, Paris, Armand Colin, 1994.Dominique LEJEUNE, La France de la Belle Époque.1896-1914, Paris, Armand Colin, 1991.Didier NOURRISSON, Cigarette.Histoire d’une allumeuse, Paris, Payot, 2010.

Didier NOURRISSON, « Papier à cigarettes JOB », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/papier-cigarettes-job

Anonyme (non vérifié)

Cette affiche Job est toujours visible dans plusieurs établissement à Perpignan, je pense que la valeur doit augmenter de jour en jour, comme le papier à cigarette ! Quand je vois le prix aujourd'hui sur internet comme par exemple : http://www.tubeuse-cigarette-electrique.fr/produit/job-38-bis/ C'est 10 fois plus cher qu'avant, pourtant pas de surtaxe de l'état...

ven 07/10/2016 - 19:30 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Marie Curie et la presse

Marie Curie, femme de science

Marya Sklodowska est née à Varsovie, en 1867, en Pologne alors partie intégrante de l’Empire russe et décède en…

Marie Curie et la presse
Marie Curie et la presse

Le mythe de la pétroleuse

Naissance des « pétroleuses »

Durant la « Semaine sanglante », tant pour des raisons symboliques que pour des motivations tactiques, la Commune…

Le mythe de la pétroleuse
Le mythe de la pétroleuse

La mobilisation des femmes

En 1914-1918, pendant que les hommes sont au front, les femmes participent activement à l’effort national. Dans une guerre totale, longue et…

La salle de bain gothique

La toilette, un moment d’intimité féminine

La « salle de bain » et sa représentation au XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, l’hygiène devient peu à peu un réel objet…

La toilette, un moment d’intimité féminine
La toilette, un moment d’intimité féminine

Théroigne de Méricourt

L’engagement politique des femmes au début de la Révolution

Dès le début de la Révolution française, les femmes ont joué un rôle significatif,…

Louise Weiss, féministe des années 1930

La cause du droit de vote des femmes en 1936.

Durant la première guerre mondiale, la grande majorité des associations féministes françaises mettent…

La femme bourgeoise chez Degas

Au milieu du XIXe siècle, la bourgeoisie contribue largement à faire triompher l’individu, la famille et la vie privée. Le discours public, tant…

La femme bourgeoise chez Degas
La femme bourgeoise chez Degas
La femme bourgeoise chez Degas
La femme bourgeoise chez Degas
Assomption - Pierre-Paul Prud'hon

Le culte de la Vierge Marie

Le XIXe siècle, contrairement au XVIIIe, est un grand siècle marial. Que ce soit dans les sanctuaires ou les cantiques, «…

Le culte de la Vierge Marie
Le culte de la Vierge Marie
Le culte de la Vierge Marie
Emilienne d'Alençon

Splendeurs et misères d’une courtisane : Émilienne d’Alençon

La photographie au service d’une cocotte de haut vol

Contrairement aux hétaïres grecques, les courtisanes de la Belle Époque n’ont pas besoin d’…

Le Déjeuner

Un artiste en vogue

Avec Le Déjeuner, François Boucher produit une œuvre qui s’inscrit dans le registre des scènes de genre, un domaine qu’il…