La Malheureuse Famille Calas

La Malheureuse Famille Calas

Les Adieux de Calas à sa famille

Les Adieux de Calas à sa famille

La Malheureuse Famille Calas

La Malheureuse Famille Calas

Date de création : 1765

Date représentée : 1765

H. : 37,2 cm

L. : 48,5 cm

lavis de sanguine, pierre noire, rehauts de gouache et sanguine sur papier

© RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

lien vers l'image

00-022636 / RF 41215, Recto

L’affaire Calas

Date de publication : Janvier 2022

Auteur : Pierre-Yves BEAUREPAIRE

L’affaire Calas

L’affaire Calas

Un des grands combats de Voltaire contre l’erreur judiciaire

L’affaire Jean Calas commence le 13 octobre 1761, lorsque ce négociant protestant toulousain découvre à son domicile son fils Marc-Antoine mort étranglé. Pensant qu’il s’est donné la mort et afin d’éviter le traitement infligé à l’époque aux suicidés, il tente maladroitement de camoufler le suicide en meurtre. Mais la rumeur publique et la justice l’accusent de l’avoir lui-même assassiné pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Le jugement est rendu le 10 mars 1762. Jean Calas est condamné à mort. Il est roué vif, puis étranglé et brûlé.

L’affaire révolte Voltaire qui crie son horreur devant ce qu’il considère comme un assassinat dans son célèbre Traité sur la tolérance, à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763), qui débute ainsi : « Le meurtre de Calas, commis dans Toulouse avec le glaive de la justice, le 9e mars 1762 est un des plus singuliers événements qui méritent l'attention de notre âge, et de la postérité ». Avec son ami Étienne Noël Damilaville et le soutien de Grimm (rédacteur de la Correspondance littéraire), Voltaire veut non seulement réhabiliter Jean Calas mais aussi aider matériellement et moralement sa veuve et ses enfants qui sont également ses co-accusés, à travers le « Projet de souscription pour une estampe tragique et morale ». Ce dessin est la contribution de Carmontelle, artiste aux talents multiples, à la fois dessinateur de portraits, auteur de théâtre de société, dessinateur de jardins exotiques, organisateur de fêtes aristocratiques mondaines, à leur campagne d’opinion.

Une mise en scène caractéristique de « l’âge sensible » des Lumières

Carmontelle met ici son talent de dessinateur au service d’une cause en réalisant un portrait de groupe, en prison. La famille s’est constituée prisonnière à la Conciergerie à Paris en février 1765 dans l’attente de la révision du procès. Damilaville écrit à Voltaire à propos de la mère Calas : « Un de nos amis -Carmontelle- la dessine actuellement avec Gaubert Lavaysse et toute sa famille dans un même tableau où ils seront dans une prison ». La scène représente en effet en robe de deuil : Mme Calas, sa fille aînée, Rose, et derrière elles la cadette, Nanette. Leur servante, debout, Jeanne Viguière, les soutient dans la douleur. Leur font face, le jeune Pierre Calas, accusé de fratricide, et son ami Gaubert Lavaysse, qui lit le Mémoire à consulter et consultation pour la Dame Anne Rosé Cabibel veuve Calas et ses enfants préparé par l’avocat Elie de Beaumont. Les factums ou mémoires d’avocat connaissent alors un très grand succès car ils permettent au public de s’identifier aux protagonistes d’une affaire, et aux avocats de saisir le tribunal de l’opinion – Voltaire dit avoir été ému aux larmes par celui d’Elie de Beaumont. Ce dessin et la gravure qui en a été tirée ne sont pas les seuls à avoir été réalisés à propos des souffrances de la famille Calas. Un célèbre graveur du siècle des Lumières, Daniel Nicolas Chodowiecki, a lui choisi d’illustrer une autre scène de prison, fictive : Les Adieux de Calas à sa famille, avec pour légende un extrait d’Athalie de Racine : « Je crains Dieu… et n'ai point d'autre crainte ».

Une remarquable campagne de mobilisation de l’opinion éclairée

Il s’agit d’un dessin de bienfaisance offert par un artiste à succès, Carmontelle, aux partisans de la réhabilitation de Calas et de l’innocence de sa famille. Il a donc vocation à être reproduit par le procédé classique de la gravure afin de bénéficier d’une large diffusion auprès du public. La gravure, réalisée par Jean-Baptiste Delafosse, permet aussi d’ajouter au dessin une légende qui porte le message du combat de Voltaire et des partisans de l’innocence de Calas : « La Mère, les deux Filles, avec Jeanne Viguière, leur bonne Servante, le Fils et son ami, le jeune Lavaysse ». Il ne s’agit pas ici d’engager un combat politique en faveur de la tolérance pour « ceux de la RPR » - la Religion prétendue réformée - c’est-à-dire les calvinistes, mais de toucher la corde sensible, d’émouvoir l’opinion.

Une famille entière a été meurtrie comme le rappelle le Traité sur la tolérance et chacun peut devenir un nouveau Jean Calas. L’achat de la gravure, d’un prix de six livres, doit permettre d’aider matériellement une famille éplorée mais digne. Voltaire se félicite de cette mobilisation : « L'idée de l'estampe des Calas est merveilleuse. Je vous prie, mon cher frère, de me mettre au nombre des souscripteurs pour douze estampes ». La souscription connaît un succès remarquable au point que le parlement de Paris intervient pour en suspendre le cours, mais la gravure a le temps d’être largement diffusée. Jean Calas est réhabilité le 9 mars 1765 et sa famille relaxée des accusations dont elle faisait l’objet.

BEAUREPAIRE Pierre-Yves, La France des Lumières (1715-1789), Paris, Belin, coll. « Histoire de France » (no 8), 2011 (éd. compacte 2014).

GARRISSON Janine, L’affaire Calas : miroir des passions françaises, Paris, Fayard, 2004.

Pierre-Yves BEAUREPAIRE, « L’affaire Calas », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/affaire-calas

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