Vérification de l'édit de Nantes par le parlement de Paris, le 25 février 1599

Vérification de l'édit de Nantes par le parlement de Paris, le 25 février 1599

Révocation de l'édit de Nantes en 1685

Révocation de l'édit de Nantes en 1685

Édit de Nantes du 13 avril 1598, fixant le statut des protestants en France

Édit de Nantes du 13 avril 1598, fixant le statut des protestants en France

Vérification de l'édit de Nantes par le parlement de Paris, le 25 février 1599

Vérification de l'édit de Nantes par le parlement de Paris, le 25 février 1599

Date représentée : 25 février 1599

© Musée d'histoire de Nantes

Lien vers l'institution

  • Vérification de l'édit de Nantes par le parlement de Paris, le 25 février 1599

L’Édit de Nantes et sa révocation

Date de publication : Septembre 2022

Auteur : Paul BERNARD-NOURAUD

Un « édit de pacification »

La proclamation de l’Édit de Nantes au mois d’avril 1598 poursuit les deux faces d’un seul et même objectif : mettre un terme à la guerre et instaurer une paix durable dans le royaume de France. Plus que les sept qui l’ont précédée, la huitième guerre de Religion, commencée en 1585, prit une dimension internationale : la Ligue, qui réunissait les catholiques français les plus intransigeants, obtint le soutien de Philippe II d’Espagne ; le parti protestant celui d’Elisabeth Ière d’Angleterre, des princes allemands, et indirectement des Provinces-Unies qui luttaient de leur côté contre les Habsbourg pour leur indépendance.

Après avoir repris Amiens aux Espagnols et réduit les ligueurs dans le reste du pays, Henri IV obtient la soumission du dernier d’entre eux, le duc de Mercœur, à Angers, le 20 mars 1598, qui lui livre son fief de Nantes où le monarque fait proclamer « l’édit de pacification ». Le mois suivant, ses représentants obtiennent à Vervins la paix avec l’Espagne, malgré les demandes faites à la France par l’Angleterre et les Provinces-Unies de poursuivre avec eux la lutte contre leur ennemi commun.

Mais si l’Édit de Nantes contribue bel et bien à pacifier les relations de la France avec ses voisins, il vise d’abord à restaurer la concorde en son sein, en en extirpant définitivement les ferments de la guerre civile. Par ce texte, le roi garantit en conséquence à tous ses sujets la liberté de conscience et celle de culte, qu’ils se déclarent catholiques ou membres de la « Religion Prétendue Réformée », ainsi que les désigne l’Édit. À ceux-là, il accorde de surcroît des droits civils qui leur ouvrent l’accès aux charges d’édiles, de magistrats ou d’enseignants, et leur permet de s’associer aux corporations et aux guildes existantes. Afin que l’exercice de ces droits religieux et séculiers soit effectif, l’Édit de Nantes prévoit une dotation sur le budget royal destinée à l’entretien des pasteurs ainsi qu’à celui des places fortes et des lieux de refuges concédés aux protestants.

La portée de ces mesures inquiète une partie des élites catholiques françaises, qui passent progressivement du registre religieux au politique en qualifiant leurs adversaires non plus de « mécréants », mais de « séditieux ». Une hostilité qui conduit à la révocation, en 1629, des clauses militaires que contenait l’Édit, puis à une restriction de plus en plus sévère des libertés civiles et religieuses qu’il octroyait, avant d’aboutir à la décision de Louis XIV, le petit-fils d’Henri IV, de le révoquer purement et simplement, ce qu’entérina l’Édit de Fontainebleau en 1685. Il y a donc quelque ironie à ce que les rares représentations graphiques de la promulgation de l’Édit de Nantes aient été justement produites à l’occasion de sa révocation. Celle-ci poussa en effet le théologien et historien français Élie Benoist (1640-1728) à l’exil en Hollande, où il commanda au graveur d'Amsterdam Jan Luyken les deux gravures pour son Histoire de L’Édit de Nantes…jusques à l’Édit de révocation, que Benoist publia à Delft en 1693.

Dénoncer sa révocation pour célébrer l’Édit

Les deux images ont donc été conçues afin d’être regardées en miroir. L’une et l’autre cérémonies représentées marquent en effet un événement à la fois juridique et politique, mais dans le premier cas il s’agit de célébrer l’édit en question, dans l’autre d’en déplorer la remise en cause. C’est sous ce rapport d’opposition que l’on peut analyser les compositions respectives des deux estampes.

Le registre supérieur de la première image montre une salle simplement ornée d’un dais royal fleurdelysé et de trois allégories sculptées placées dans leurs niches respectives. De gauche à droite, chacune est reconnaissable à ses attributs : le glaive et la balance pour la Justice, le rameau d’olivier, l’étendard et la corne d’abondance pour la Paix, le serpent et le miroir pour la Prudence. Sous elles, Henri IV s’étant levé de son trône se présente tête nue face à une foule qui s’est découverte elle aussi pour assister à la prestation de serment du souverain. Un gentilhomme à son côté, reconnaissable à son habit clair qui contraste avec les toges noires des clercs assemblés, lit la première page d’une liasse où on peut lire : « l’edikt van Nantis ». La composition s’organise ainsi entre les registres inférieur et supérieur de même qu’entre sa partie gauche, où figurent le roi, ses ministres et sa garde, et celle de droite, qui réunit les membres du Parlement de Paris, comme pour signifier visuellement non seulement la répartition mais l’équilibre des pouvoirs.

Cette proportionnalité est en revanche absente de l’estampe où Luyken représente cette fois la « destruction » de l’Édit de Nantes. « Vernietigd van Edict », peut-on lire en effet sur la page que tient un secrétaire qui se distingue à peine du reste de la cour réunie face au monarque. Lequel n’a pas daigné quitter son trône, ni déposer sa couronne pour jurer sur elle. Plus aucune muse non plus n’est prise à témoin de l’acte qui se joue dans un palais luxueusement décoré au lieu de l’hôtel de ville qui accueillait la première cérémonie. Le tapis d’ombre que l’artiste a jeté au premier plan semble même annoncer les sombres temps à venir depuis que la justice, la paix et la prudence ont cessé d’inspirer la politique de Louis XIV. Cet ombre couvre d’ailleurs une partie de l’assistance. L’examen détaillé des visages qui la composent, en particulier parmi ceux du second rang, révèle que la plupart d’entre eux se ressemblent, voire que leurs traits sont partiellement effacés comme s’ils avaient revêtu des masques. Ce traitement est là aussi rendu d’autant plus perceptible que Luyken a au contraire individualisé les visages de ceux qui prirent part à la cérémonie de vérification de l’édit.

Des représentations partielles pour un édit d’oubli

Les représentations que donne Luyken de ces deux événements auxquels il n’a pu assister sont évidemment biaisées, à la fois en raison de la distance temporelle qui le sépare du premier édit (près d’un siècle), du fait de ses propres références culturelles (qui lui font imaginer une assemblée réunie sur le modèle des compagnies hollandaises), et par l’interprétation historique que ces images viennent illustrer (celle qu’en propose le livre de Benoist, son commanditaire).

En réalité, le Parlement catholique de Paris tarda délibérément jusqu’au mois de février 1599 pour « vérifier » (c’est-à-dire pour enregistrer) l’édit et permettre sa mise en œuvre (celui de Rouen attendit encore dix ans). L’exemplaire du texte que conservent les Archives nationales à Paris sous forme manuscrite n’est d’ailleurs pas le manuscrit original, qui s’est perdu et dont seule subsiste une ampliation (1) conservée à Genève, mais celui, remanié, qui fut précisément soumis à « vérification » parlementaire.

C’est cette procédure, et non la proclamation en tant que telle, que le graveur hollandais représente dans la première estampe, alors qu’Henri IV n’y assistât pas, et qu’il n’avait pas à jurer, seulement à édicter. Comme si l’artiste (si l’on met de côté l’hypothèse d’une méconnaissance involontaire) avait voulu là aussi décrire un roi qui compose avec les institutions de son pays, lui fussent-elles adverses, là où son lointain héritier entend bien s’imposer à elles. Or ce qu’Henri IV édicta à cette occasion explique peut-être en partie la rareté, non seulement des représentations graphiques afférentes à « l’édit de pacification » lui-même, mais également aux troubles auxquels il mettait un terme, en sorte que l’on peut aussi parler à son propos d’un édit d’oubli.

Parmi les près de cent-cinquante articles qui règlent les détails de son application, les deux premiers de l’Édit de Nantes fixent en effet les conditions d’une paix durable d’une manière qui ne peut manquer de surprendre aujourd’hui. L’article premier ordonne à ce titre « que la mémoire de toutes choses passées d’une part et d’autre […] demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue », et qu’il ne pourra en conséquence être engagé de poursuite à ce sujet. L’article 2 redouble cette défense faite « à tous nos Sujets, de quelque état et qualité qu’ils soient, d’en renouveler la mémoire », les enjoignant au contraire à « se contenir et vivre paisiblement ensemble ». Si ce « devoir d’oubli », pour le qualifier ainsi, s’oppose à l’actuel « devoir de mémoire », il n’en renoue pas moins avec les édits qui ont précédé celui de Nantes, aussi bien qu’avec la tradition juridique qui conditionnait systématiquement, depuis l’Antiquité, l’amnistie à l’amnésie.

L’interdit qui en découle peut en partie expliquer le fait qu’à de rares exceptions près les événements de cette période (qu’il s’agisse des guerres ou des lois qui y mettent fin) ont davantage été représentés par le moyen de la gravure que par celui de la peinture, soit selon un mode de représentation plus propice à la diffusion, et qui tient moins de la commémoration, précisément, que de la consignation. Dans ces conditions, il convient donc de reconnaître que l’Édit de Nantes a en partie rempli sa fonction politique de faire tomber dans l’oubli la guerre civile qu’il entendait « éteindre », en reportant aux marges de l’histoire de l’art les représentations susceptibles, elles aussi, d’en « renouveler la mémoire ». Paradoxalement, comme le montre l’exemple des deux estampes de Luyken, c’est donc sa révocation fit resurgir en Europe l’iconographie liée à cette histoire française de tolérance et d’intolérance religieuses.

Jean-Paul BARBIER-MUELLER (dir.), La Parole et les armes. Chronique des Guerres de religion en France 1562-1598, Genève, musée international de la Réforme, Paris, Hazan, 2006.

Philip BENEDICT, Le Regard saisit l’histoire. Les Guerres, massacres et troubles de Tortorel et Perrissin [2007], tr. de l’anglais par A. Alvarez, Genève, Droz, 2012.

Christian BIET, Les leçons de l’Édit de Nantes ou les théâtres de la catastrophe (XVIe-XVIIe siècles vs XXe-XXIe siècles), in Témoigner entre Histoire et Mémoire n° 117, mars 2014, p. 81-92.

Janine GARRISSON, L’Édit de Nantes et sa révocation. Histoire d’une intolérance, Paris, Seuil, 1985.

Michel GRANDJEAN, Bernard ROUSSEL, Coexister dans l’intolérance. L’Édit de Nantes (1598), Genève, Labor et Fides, 1998.

1 - Ampliation : copie d'une acte officiel

Paul BERNARD-NOURAUD, « L’Édit de Nantes et sa révocation », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 02/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/edit-nantes-sa-revocation

Le texte de l'édit de Nantes aux Archives nationales

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