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Les Huguenots - Le Verre d'Eau, costumes de théâtre.

Les Huguenots - Le Verre d'Eau, costumes de théâtre.

La Maison natale d'Eugène Scribe à Paris.

La Maison natale d'Eugène Scribe à Paris.

Le château d'Eugène Scribe à Séricourt.

Le château d'Eugène Scribe à Séricourt.

L'Hôtel d'Eugène Scribe à Paris.

L'Hôtel d'Eugène Scribe à Paris.

Les Huguenots - Le Verre d'Eau, costumes de théâtre.

Les Huguenots - Le Verre d'Eau, costumes de théâtre.

Lieu de conservation : musée de l’Image (Épinal)
site web

Date de création : 1854

Date représentée :

H. : 40,2

L. : 29,5

Papier, lithographie (doré, colorié au pochoir)Imprimeur : Pellerin & Cie (imprimeur, éditeur)

© Musée de l'image - H.Rouyer et E. Erfani

http://www.museedelimage.fr

990.1.1122 B

Eugène Scribe, le plus grand auteur dramatique du XIXe siècle

Date de publication : Octobre 2006

Auteur : Jean-Claude YON

Une carrière exceptionnelle

À la fin de 1857, quand il commande au peintre Jules Héreau six panneaux muraux retraçant sa vie afin de les placer dans l’hôtel particulier qu’il vient de faire construire rue Pigalle, Eugène Scribe (1791-1861) peut à bon droit s’enorgueillir d’être devenu, en cinquante ans de carrière, l’auteur dramatique français le plus joué et le plus apprécié, dans son pays comme à l’étranger. Son répertoire, riche de 425 pièces, lui a permis d’être élu en 1834 à l’Académie française et de cumuler reconnaissance officielle et faveur du public. D’abord vaudevilliste, il renouvelle profondément le genre en développant des intrigues pleines de quiproquos et en peignant les mœurs de son temps. En 1820, le Théâtre du Gymnase-Dramatique est spécialement ouvert pour représenter ses « comédies-vaudevilles », qui obtiennent un immense succès. Autour de 1830, Scribe aborde les scènes officielles – ce qu’illustre la planche de costumes publiée par l’imagerie d’Épinal : à la Comédie-Française (où il est l’auteur contemporain le plus joué au XIXe siècle), Scribe donne des comédies historiques (Bertrand et Raton, 1833 ; Le Verre d’eau, 1840) ou contemporaines (La Camaraderie, 1837 ; Une chaîne, 1841), tandis qu’il s’impose à l’Opéra comme le meilleur librettiste de son temps et le créateur du « grand opéra » (La Juive avec Halévy, 1835 ; Les Huguenots avec Meyerbeer, 1836). Scribe travaille également beaucoup pour l’Opéra-Comique où son association avec Auber fait merveille. Rossini, Boieldieu, Donizetti, Gounod, Offenbach ou encore Verdi collaborent avec lui. Très attaqué à la fin de sa vie et méprisé après sa mort, Scribe n’en demeure pas moins une figure centrale du théâtre dramatique et lyrique du XIXe siècle, par rapport à laquelle tous ses confrères et tous ses successeurs durent, bon gré mal gré, se positionner. Son théâtre a influencé aussi bien Ibsen qu’Oscar Wilde et Hugo von Hofmannsthal.

Un auteur et son œuvre

Dans les années 1850, Eugène Scribe est à la fois une personnalité reconnue (un théâtre portant son nom est inauguré à Turin en 1858) et un auteur contesté par l’avant-garde littéraire. Son répertoire, notamment ses nouvelles pièces, est assez mal reçu à Paris, mais il reste très applaudi en province et à l’étranger. En témoigne la planche de costumes que la célèbre maison Pellerin d’Épinal édite en 1854. La lithographie regroupe dix-neuf personnages des Huguenots (1836), opéra en cinq actes de Scribe et Meyerbeer, et cinq personnages du Verre d’eau, comédie en cinq actes de 1840. Ces deux ouvrages comptent parmi les plus célèbres de Scribe : le premier raconte les amours tragiques du protestant Raoul et de la catholique Valentine à l’époque de la Saint-Barthélemy, et le second, sous-titré « les effets et les causes », montre comment un verre d’eau renversé sur la robe de la reine Anne provoqua un changement de ministère en Angleterre au début du XVIIIe siècle. La lithographie présente les principaux personnages de l’opéra et de la comédie, ainsi que des scènes de la Saint-Barthélemy et deux danseuses, un ballet étant obligatoire dans tout « grand opéra ».

Quand il commande des panneaux à Jules Héreau, Scribe fait le choix de ne montrer aucune scène de théâtre, mais d’évoquer les lieux qui ont scandé sa vie : sa maison natale, le collège Sainte-Barbe, le Théâtre du Gymnase, son château de Séricourt, l’Institut et son hôtel particulier de la rue Pigalle. La première toile montre ainsi la maison de la rue Saint-Denis où l’écrivain est né en 1791. Son père y tenait un commerce de soieries, à l’enseigne du Chat noir.

Situé en Seine-et-Marne, près de La Ferté-sous-Jouarre, le domaine de Séricourt est acheté en 1835 par Scribe qui, dès lors, consacre une large partie de sa fortune à son embellissement, créant par exemple le lac situé au premier plan du tableau.

Édifié sur un terrain acheté en 1853, l’hôtel particulier de la rue Pigalle, enfin, s’avère très vite être une mauvaise opération financière qui assombrit considérablement les dernières années de Scribe. Héreau l’a-t-il pressenti en montrant le couple Scribe sortant de la riche demeure ? En fondant la Société des auteurs et compositeurs dramatiques en 1829, l’écrivain avait pourtant promu la notion de droit d’auteur et était parvenu à s’enrichir considérablement.

La bourgeoisie en majesté

L’œuvre d’Eugène Scribe est le fidèle reflet des mentalités bourgeoises de son époque. Le public bourgeois aime les pièces à sujet historique. Si, dans Le Verre d’eau, l’histoire n’est qu’un cadre décoratif, Scribe, dans Les Huguenots, cherche à délivrer un message de tolérance. Les moyens importants dont dispose l’Opéra de Paris lui permettent de proposer une minutieuse reconstitution historique, et l’œuvre, comme en témoigne la planche de Pellerin, montre les horreurs du fanatisme.

Mettant souvent en scène l’aristocratie dans ses pièces, Scribe n’entend pas pour autant renier ses origines. Lorsqu’il fait appel au peintre réaliste Jules Héreau (1839-1880), futur conservateur du Louvre pendant la Commune, c’est la réussite d’un bourgeois qui doit tout à son travail qu’il lui demande d’illustrer. Peu de souvenirs heureux sont associés à la boutique de la rue Saint-Denis, les parents de Scribe ayant divorcé dès 1794. Mais l’écrivain a tenu à ce que cette toile soit peinte pour ne pas renier ses origines. On peut penser que l’une des deux femmes au premier plan est sa mère, dont la mort en 1807 fut un traumatisme profond. Une autre figure féminine, son épouse Julie – une veuve qui se remaria avec lui en 1841 –, anime le tableau consacré à Séricourt, véritable havre de paix où le couple aimait mener, selon les propres termes de Scribe, « la vie de seigneur et dame châtelaine, tenant table et maison ouvertes, hébergeant toute la saison [leurs] parents et [leurs] amis ».

Le tableau représentant l’hôtel de la rue Pigalle veut suggérer la même opulence et la même quiétude, mais, en 1857, Scribe écrivait : « J’ai achevé de bâtir, mais non pas encore de décorer, mon bel hôtel beaucoup trop beau et qui me reviendra beaucoup trop cher pour ma modeste fortune. » Finalement, en 1859, le couple Scribe dut se résoudre à louer une partie de sa demeure qui, revendue en 1865, abrita à la fin du siècle les bureaux de Me Labori, l’avocat de Zola lors de l’affaire Dreyfus. En 1928, l’hôtel fut rasé pour laisser place au Théâtre Pigalle, hélas démoli à son tour.

Jean-Claude YON, Eugène Scribe, la fortune et la liberté, Saint-Genouph, Librairie Nizet, 2000.

Décors, théâtres de papier, le Théâtre du Peuple à Bussang, catalogue de l’exposition du musée de l’Image, 2 juillet 2005-8 mai 2006, Épinal, Musée de l’Image, 2005.

Le Parisien chez lui au XIXe siècle, 1814-1914, catalogue de l’exposition des Archives nationales, hôtel de Rohan, novembre 1976-février 1977, Paris, Les Presses artistiques, 1976.

Jean-Claude YON, « Eugène Scribe, le plus grand auteur dramatique du XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/eugene-scribe-plus-grand-auteur-dramatique-xixe-siecle

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