Grimaces et misères - Les Saltimbanques

Grimaces et misères - Les Saltimbanques

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Grimaces et misères - Les Saltimbanques

Grimaces et misères - Les Saltimbanques

Grimaces et misères - Les Saltimbanques

Date de création : 1888

Date représentée :

H. : 261 cm

L. : 668 cm

Photographie de la peinture sur négatif original sur verre réalisée par François Vizzavona.

La toile monumentale demeure dans l'atelier de l'artiste au boulevard de Clichy jusqu'à son entrée au musée en 1913.

© Ministère de la Culture - Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Dist. RMN-Grand Palais / François Vizzavona / reproduction RMN

Lien vers l'image

97-015055

Fernand Pélez, peintre de la « misère » urbaine

Date de publication : Novembre 2010

Auteur : Alexandre SUMPF

Les saltimbanques ou la grimace de la misère

Pélez montre admirablement l’existence miséreuse que ces saltimbanques mènent dès l’enfance et jusqu’à la vieillesse. Ici réduits au rang d’oripeaux, les costumes, les animaux exotiques et les instruments de musique ne font que révéler les contraintes et le dénuement perpétuel auxquels ce métier les condamne. Le spectacle qu’ils donnent, qui doit sembler gai et léger au public, devient ainsi une mascarade sans joie. À travers l’étalement de l’âge des saltimbanques, croissant de gauche à droite, les vieillards figurent sans doute le sombre futur qui attend les enfants.

Le sourire forcé du clown aux mains jointes en devient presque simiesque, écho au singe qui figure symboliquement le sort des saltimbanques : obligés de se donner en spectacle et toujours exposés aux regards et aux attentes, ils deviennent au sens propre des animaux de foire, costumés contre nature. Le singe tourne d’ailleurs le dos au public, comme pour l’ignorer dans une attitude impossible aux acteurs. Les « grimaces » sont ainsi celles que les saltimbanques se forcent à faire quand ils jouent ou celles que leur tire ce « métier », aussi pénible que les autres « métiers urbains » que Pélez représente souvent : derrière la parade foraine se cachent la fatigue et la misère des baladins qui vont de fête en fête, pour gagner difficilement leur vie.

Installé à Montmartre, contemporain de Toulouse-Lautrec et de Degas, Pélez s’intéresse comme eux au monde du spectacle. Mais son approche révèle une grande sensibilité à la misère sociale et à ceux qui vivent une sorte de martyre urbain. Si Paris est le lieu du divertissement et d’une certaine joie de vivre à cette époque, la Ville lumière présente aussi une face bien plus sombre.

Une composition monumentale

Cette photographie en noir et blanc et cette reproduction en couleurs montrent toutes deux une toile monumentale de Pélez. Avec un sens plastique très fort, l’artiste joue sur un effet de gros plan panoramique dépourvu de perspective pour placer le spectateur devant une scène (dans les deux sens du terme) foraine, presque nez à nez avec des saltimbanques représentés grandeur nature qui semblent prêts à en surgir.

Le cliché en noir et blanc montre l’œuvre à peine achevée, comme l’indique sa mise en perspective et en situation dans l’atelier avec les pinceaux et autres accessoires visibles au premier plan. Délaissant les tons gris qu’il exploite le plus souvent dans sa peinture, Pélez recourt ici à une palette très colorée. Mais les couleurs n’ont rien de joyeux et ne peuvent égayer cette scène : fidèle à ses thèmes de prédilection et à un style naturaliste marqué par une tendance presque photographique, l’artiste a une fois encore figuré les « humbles », leurs corps et leurs visages fatigués. Sous son apparente unité, la toile se décline en trois « tableaux » avec trois groupes de personnes assez distincts bien que réunis sur une même estrade.

À gauche apparaît un groupe de cinq enfants costumés et rangés du plus petit au plus grand entre le tambour et la grosse caisse qui rythment les numéros des bateleurs. Au-dessus d’eux, deux perroquets posés sur des anneaux parmi les lampes qui éclairent la scène. Tous en position d’attente, les artistes présentent des visages mornes, aux traits tirés : la lassitude, l’ennui voire une certaine souffrance semblent habiter ces jeunes forains.

La composition focalise le regard sur l’espace central, marqué par un fond rouge sombre et profond (annoncé par l’oiseau rouge sur la gauche), où se tiennent trois saltimbanques. En pleine performance, un clown au visage grimé et peint de blanc chante ou déclame. Son vaste costume blanc s’orne d’une grenouille rouge et de divers symboles dont des trèfles et des piques. Assis près de lui, un nain vêtu d’un haut bleu et d’un pantalon rayé de rouge et de noir fixe le spectateur d’un air fermé, tandis que, mains jointes sur le ventre, un autre clown plus âgé affiche une mine exagérément réjouie.

À droite apparaissent les membres de cet « orchestre français » qu’annonce le panneau de bois sur lequel un petit singe en costume se tient, dos au public. L’accablement caractérise ces trois maigres vieillards qui, assis dans l’attente de leur tour, tiennent leurs instruments (hautbois, trombone, basson). Leurs pantalons déchirés, leurs chapeaux informes et leurs chaussures éculées disent leur misère. Les deux musiciens de gauche semblent dormir tandis que le troisième fixe le vide d’un air hagard.

Pélez ou la parade des humbles

Héritière des spectacles des grandes foires marchandes du Moyen Âge où jongleurs, comédiens et baladins donnaient des représentations sur une estrade, la fête foraine connaît un nouvel essor tout au long du XIXe siècle. En reprenant les numéros classiques et en développant des attractions plus « modernes », elle attire un public croissant, notamment dans les grandes villes de plus en plus peuplées. Ce spectacle populaire connaît ainsi son âge d’or dans le dernier quart du siècle.

Si leur public est le plus souvent d’origine modeste, les saltimbanques et autres artistes qui assurent le spectacle et les animations font eux aussi partie du petit peuple, thème cher au peintre Fernand Pélez. Après une formation académique à l’École des beaux-arts, Pélez choisit dans les années 1880 de peindre le Paris populaire de la Belle Époque dans une veine à la fois naturaliste et sociale. Sous l’influence de Jules Bastien Lepage notamment, il représente une certaine « misère » urbaine, celle des victimes que fait cette époque de progrès et de prospérité très relatifs. Peintre des « cris de la ville », des petits métiers urbains et des « petites gens », Pélez s’inscrit ainsi dans une tendance artistique qui va de Sue à Zola en passant par le roman de mœurs, le livre illustré ou encore la presse populaire. Réalisée en 1888, la toile Grimaces et misères ou les Saltimbanques montre ainsi les métiers du cirque et la vie des forains sous un jour inhabituel.

Alain CORBIN, L’Avènement des loisirs (1850-1960), Paris, Aubier, 1995.

Fernand Pélez, La Parade Des Humbles, catalogue de l’exposition du Petit Palais, Paris, Paris-Musées, 2009.

Zeev GOURARIER, Il était une fois la fête foraine...de A à Z, de 1850 à 1950, exposition à la Grande Halle de la Villette, 18 septembre 1995-14 janvier 1996, Paris, R.M.N., 1995.

Pascal JACOB, La Grande Parade du cirque, Paris, Gallimard, 2001.

La Belle époque de l’art forain, catalogue de l’exposition du Musée municipal de Saint-Dié-des-Vosges, 19 novembre 1988-22-janvier 1989, Saint-Dié-des-Vosges, Imprimeries municipales, 1988.

Alexandre SUMPF, « Fernand Pélez, peintre de la « misère » urbaine », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 16/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/fernand-pelez-peintre-misere-urbaine

Anonyme (non vérifié)

bonsoir,
les trois musiciens jouent respectivement de la clarinette (et non du hautbois), ce que révèle la forme du bec, typique des instruments à anche simple, du trombone effectivement, et enfin de l'ophicléide, ancêtre du tuba (et successeur du serpent), et non pas du basson, même si les deux instruments très différents dans leur mode d'émission du son, partagent l'existence d'un bocal et d'une culasse (un coude) qui relie deux tubes accolés et donc ont une forme relativement voisine.
Bien cordialement

mer 27/12/2017 - 19:51 Permalien

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