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Trotski trouve un refuge au Mexique

Trotski trouve un refuge au Mexique

Trotski trouve un refuge au Mexique

Trotski trouve un refuge au Mexique

Auteur : ANONYME

Lieu de conservation : Bridgeman Images

Date de création : 09-janv-37

Date représentée : 09-janv-37

H. : 14,2 cm

L. : 17,9 cm

le chef bolchevik avec Mme Trotsky (à gauche) et Mme Rivera, épouse de Diego Rivera ; photographie parue dans The Illustrated London News le 30 janvier 1937

© The Illustrated London News Picture Library, London, UK / Bridgeman Images

ILN138855

Frida Kahlo accueille Léon Trotski au Mexique

Date de publication : Novembre 2016

Auteur : Marie-Louise SCHEMBRI

La fin de l’exil politique pour Léon Trotski et Natalia Sedova

Cette photographie de Léon Trotski, (1879-1940), accompagné de son épouse Natalia Sedova, (1882 -1962), et accueillis par Frida Kahlo (1907-1954) et le marxiste américain Max Shachtman, (1904- 1972), a été prise dans le petit port mexicain de Tampico le 9 janvier 1937 alors qu’ils viennent de débarquer du Ruth, pétrolier norvégien. Ils ont quitté le port d’Oslo le 20 décembre 1936. La Norvège a décidé de les expulser, comme tous les autres pays ou ils ont vécu précédemment, depuis que Staline les a banni d’URSS en 1929 et qu’il leur a retiré la citoyenneté soviétique.

C’est au Mexique qu’ils vont enfin trouver un refuge après ces longues années de pérégrinations. Ils doivent leur salut a un homme, l’artiste mexicain Diego Rivera (1886 - 1957), peintre muraliste et fervent communiste qui a intercédé en leur faveur auprès du président de la république Cardenas (1895-1970) afin qu’il leur accorde l’asile politique. Le pays, où est encore vivace le souvenir de Zapata et de Pancho Villa, apparait au couple russe exilé comme une terre promise.

Convaincu que les agents de la Guépéou sont partout, Trotski exige que des amis sûrs viennent a sa rencontre à l’arrivée à Tampico. Sur le débarcadère, les accueillent donc des fonctionnaires gouvernementaux ainsi que deux trotskistes américains. Au milieu du groupe, une très jolie femme s’avance et leur explique que Diego Rivera, hospitalisé a Mexico, n’a pu venir à leur rencontre mais qu’il l’a délègue elle Frida Kalho, son épouse, pour le représenter. Ils ont prévu de rentrer tous à Mexico ou Diego Rivera les retrouvera pour les ramener chez lui à la Caza Azul, la maison bleue ou il vit avec Frida. Cette hospitalité dure 2 ans. Diego transforme la maison en une véritable forteresse. La vie de Trotski est menacée, Staline a juré sa perte. Bientôt une intrigue amoureuse se noue entre l’exilé et son hôtesse.

La première rencontre de Frida et Trotski, naissance d’une passion

Les époux Trotski sourient à leur arrivée à Tampico, ils semblent vraiment satisfaits de cet heureux dénouement. Ils entourent Frida Kahlo qui est au centre de l’image. Bien que le sujet de la photographie soit l’arrivée des époux Trotski au Mexique, le personnage central de cette image est Frida Kahlo qui, dans quelques mois, aura trente ans.

La beauté particulière de l’artiste à l’ascendance indienne, espagnole et allemande est en train d’atteindre son apogée. Elle porte la coiffure et la tenue traditionnelle des femmes indiennes, le costume de Tehuana. Rien ne laisse imaginer les souffrances physiques qu’elle endure pourtant depuis cet accident d’autobus qu’elle a eu quand elle avait dix sept ans et qui lui laissé de terribles séquelles. C’est une artiste déjà reconnue, moins célèbre cependant que son mari Diego mais qui a déjà peint un certain nombre de toiles fortes et personnelles. Elle souffre pourtant beaucoup du tempérament infidèle de son époux. Revenue d’une fugue à New York, elle a même songé à se suicider après avoir découvert la liaison que Diego entretient avec sa sœur cadette Cristina.

La rencontre avec Trotski va, pour quelques mois, bouleverser sa vie. Nous sommes en train d’assister à la naissance de cette passion. Le visage tourné vers elle, Léon Trotski a l’air déjà séduit. Il est beaucoup plus âgé que Frida, il a déjà cinquante huit ans. Avec sa beauté et sa jeunesse, Frida lui semble sans doute plus attirante que Natalia plus âgée et qui parait fatiguée de ce long voyage. Des années plus tard, l’artiste confiera que cette rencontre a été l’une des meilleures choses qui lui soient arrivée dans la vie, et qu’elle a, en outre, correspondu a une des périodes les plus fécondes de sa peinture.

La liaison est bientôt découverte par Diego et Natalia, ce qui met un terme à cette idylle passionnée qui n’aura duré que quelques mois. Bientôt le couple russe déménage. Moins de trois ans plus tard, le 20 août 1940, Trotski est attaqué dans sa maison par un homme de Staline, Ramon Mercader avec un pic à glace. Il meurt le lendemain.

Frida ou la naissance de la femme moderne mexicaine internationalement célèbre

La place centrale que Frida Kahlo occupe dans la photographie met aussi en valeur la force de sa personnalité. Le Mexique de ces années là a vu l’émergence de femmes artistes dotées de personnalités exceptionnelles telles que Tina Modotti, Lola Alvarez Bravo, Nahui Ollin.

Ces femmes vont se faire repérer non seulement par leurs aptitudes artistiques remarquables mais aussi par leur prise de position politique, elle adhère au parti communiste des 1928. Elle revendiquera par ailleurs, toute sa vie, l’expression de sa sexualité libérée.

Elle symbolise l’évolution de cette femme mexicaine qui s’affranchit enfin de la tutelle masculine pour accomplir son propre destin. Cette photographie de presse annonce sa future notoriété médiatique à l’envergure internationale. Frida est aujourd’hui aussi célèbre que Diego et Trotski réunis.

BURRUS Christina, Frida Kahlo : « Je peins ma réalité », Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard : arts » (no 512), 2007.

CORNETTE Jean-Luc, BALTHAZAR Flore, Frida Kahlo : pourquoi voudrais-je des pieds puisque j’ai des ailes pour voler ?, Paris, Delcourt, coll. « Mirages », 2015.

CORTANZE Gérard de, Les amants de Coyoacán, Paris, Albin Michel, 2015.

KAHLO Frida, Frida Kahlo par Frida Kahlo : écrits, choix, prologue et notes de TIBOL Raquel, Paris, Christian Bourgois, 2007.

Marie-Louise SCHEMBRI, « Frida Kahlo accueille Léon Trotski au Mexique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/frida-kahlo-accueille-leon-trotski-mexique

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