Le commandant Marchand à travers l'Afrique.

Le commandant Marchand à travers l'Afrique.

Le général Marchand, grièvement blessé, est ramené vers l'arrière.

Le général Marchand, grièvement blessé, est ramené vers l'arrière.

Le commandant Marchand à travers l'Afrique.

Le commandant Marchand à travers l'Afrique.

Date représentée :

H. : 198

L. : 137

Lithographie coloriée.Pinayre Jean Paul Louis, dessinateur. Tichon Charle, lithographe.Dessinée et lithographiée vers 1900.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN - Grand Palais / Pascal Segrette

http://www.photo.rmn.fr

06-506187 / 2001.72.2

Le général Marchand

Date de publication : mai 2009

Auteur : Alban SUMPF

De la « Mission Congo-Nil » à la Grande Guerre

La politique française d’expansion impérialiste en Afrique noire, engagée dès le second Empire, s’amplifie sous la IIIe République : Congo (1880), Djibouti et côte somalienne (1888), Guinée et Soudan (1891), Côte d’Ivoire et Dahomey (1893) sont conquis. Ayant le projet de relier ses possessions de Dakar à Djibouti, la France décide, en 1896, d’envoyer une mission d’exploration militaire en Afrique, dont le commandement est confié à Jean-Baptiste Marchand, officier des tirailleurs sénégalais depuis 1887. La « mission Congo-Nil » parvient jusqu’à Fachoda, mais les Britanniques, qui souhaitent aussi contrôler ces territoires situés au sud de l’Égypte, exigent le départ des Français. C’est la « crise de Fachoda » (juillet à novembre 1898) (1), durant laquelle les troupes du général Kitchener sont prêtes à attaquer celles que commande Marchand. Dans une atmosphère de grande tension, alimentée par le nationalisme des populations qui suivent l’affaire avec passion, une solution diplomatique est finalement trouvée : le gouvernement français ordonne à Marchand de se retirer. Pour avoir mené cette expédition, résisté aux Britanniques et n’être parti que par obéissance, le commandant reprend du service en 1914 en tant que colonel de réserve et est promu général de brigade en février. Il est blessé au cours de la seconde bataille de Champagne le 25 septembre 1915, mais il survit et participe à la guerre jusqu’à l’armistice.

Marchand, héros de la coloniale à l’épreuve du combat

La première image correspond à la couverture du premier numéro d’une série de 140 fascicules d’une quinzaine de pages chacun, parus de façon bihebdomadaire à partir de 1900. Intitulée Le commandant Marchand à travers l’Afrique, elle comporte des illustrations de Jean-Paul Pinayre et des textes du romancier Michel Morphy qui racontent les différentes étapes de l’épopée de la mission Congo-Nil. Mêlant le récit d’aventures, l’exotisme de l’Afrique noire et un certain nationalisme, la série, destinée à un large public, connut un grand succès. La lithographie se caractérise par un trait réaliste et des couleurs assez vives, susceptibles d’attirer l’attention. On y voit le commandant Marchand, en uniforme de l’armée coloniale, enjamber le cadavre d’un de ses soldats et indiquer du doigt à ses troupes le chemin de la conquête : droit devant. Au second plan, les soldats réunis sous le drapeau tricolore le suivent avec détermination, pendant que d’autres tirent sur l’ennemi. À l’arrière-plan, sur fond de désert africain, apparaissent un campement et d’autres soldats en position de tir.

La seconde image, Le général Marchand, grièvement blessé, est ramené vers l’arrière, est un dessin sur papier, aquarelle, fusain et gouache, réalisé en 1915 par Georges Bertin Scott, peintre officiel de l’armée. Baignant dans une lumière d’aube voilée, tous les éléments ont une couleur de boue, que le fusain, à peine rehaussé de gouache et d’aquarelle, rend à merveille. Seuls quelques uniformes sont légèrement teintés d’un bleu sali. L’atmosphère qui en découle est à la fois triste et recueillie. Au centre de l’image, le général Marchand gît sur un brancard porté par quatre soldats, dont le lieutenant – le plus à droite dans l’image – qui l’a évacué de la zone de combats. Le blessé a le corps couvert d’un manteau. Son visage a une expression de souffrance. Massé au second plan à droite, le 2e régiment de spahis, reconnaissables à leur sabre et à leur couvre-chef, lui rend hommage tandis que l’officier lui tient la main. Le convoi vient de croiser des troupes qui font mouvement vers le front dont les nuages de fumée blanche, au fond, disent la proximité. Au premier plan, quelques soldats aux pansements immaculés saluent à leur façon le célèbre général.

Marchand, au service de la République Une et Indivisible


La première image doit donner envie d’acheter le fascicule et de découvrir les aventures du commandant Marchand. En ce sens, elle présente de manière efficace et symbolique différents éléments. Un cadre sauvage et exotique (le désert) ; une figure héroïque célèbre et célébrée (Marchand) qui entraîne des héros anonymes (les troupes) ; de l’action (le combat et la charge) ; du drame (le cadavre). Réalisé après la fin de la mission, l’illustré veut aussi glorifier, en métropole, l’impérialisme français. Mis à mal par la retraite de Fachoda, l’orgueil et la fierté nationalistes qui y sont liés trouvent dans le personnage idéalisé de Marchand et dans ses aventures une nouvelle source de satisfaction et de justification. C’est bien la France et son drapeau que servent avec passion, autour du commandant, ces hommes d’origines diverses. Leur uniforme bleu-blanc-rouge rappelle que ces soldats, qui se battent ici contre des Noirs comme eux, appartiennent à la France républicaine une et indivisible. Marchand, qui tient le premier rôle dans ce récit partiellement fantasmé, sert et illustre à la fois un tel idéal d’intégration des colonies dans la République. Enfin, la littérature « populaire », qui accorde une grande place à la figure militaire, contribue à faire de Marchand un héros républicain. L’armée est alors essentielle dans l’imaginaire national : la représentation massive (et souvent idéalisée) de ses uniformes, de ses valeurs et de ses hommes entretient un patriotisme qui explique en partie « l’enthousiasme » suscité par la mobilisation générale en 1914.

La seconde image, centrée sur le même personnage et lui donnant la même fonction symbolique, met en scène l’icône qu’est devenu Marchand pour alimenter le même patriotisme et affirmer la même unité nationale. Quel que soit leur uniforme, les soldats appartiennent à la même armée. Ainsi le général Marchand est-il porté par des soldats « classiques », mais escorté et salué aussi par des troupes coloniales. Autour de sa figure héroïque qui rappelle la grandeur de la France (peut-être certains des soldats qui le saluent ont-ils été nourris, plus jeunes, de sa légende illustrée), qui est justement à défendre en 1915, tous sont unis dans la même tristesse, la même gravité, la même solennité et le même respect. La lumière pâle qui inonde la scène tend à répandre une atmosphère de sainteté autour du blessé qui, durant toutes ces années et sur différents champs de bataille, a su combattre pour la nation.

Pierre MILZA, Les Relations internationales. 1871-1914, Paris, Armand Colin, 1990.

Henri WESSELING, Le Partage de l’Afrique.1880-1914, Paris, Denoël, 1991.

Marc MICHEL, La Mission Marchand (1895-1899), Paris, Mouton, 1972.

Marc MICHEL, Les Africains et la Grande Guerre. L’appel à l’Afrique (1914-1918), Paris, Karthala, 2003.

1 - Crise de Fachoda : l'armées française menée par le commandant Marchand tente de rallier Dakar à Djibouti tandis que l'armée anglaise menée par Lord Kitchener remonte le Nil pour relier le Caire au Cap. Les deux puissances coloniales s'affrontent à Fachoda (Soudan) de septembre 1898 à mars 1899. Au final, le gouvernement français ordonne à Marchand de se retirer et laisse les Anglais s'installer dans le bassin de Nil après un accord colonial.

Alban SUMPF, « Le général Marchand », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 10/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/general-marchand

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