Attaque d'Alger par mer.

Attaque d'Alger par mer.

Date de création : 1831

Date représentée : 29 juin 1830

H. : 129

L. : 193

(29 juin 1830).Peinture à l'huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais - H. Lewandowski / C. Jean

http://www.photo.rmn.fr

89EE416/MV 1804

La prise d'Alger

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Pascal TORRÈS

Les débuts de la conquête de l’Algérie

Depuis longtemps la France, comme les autres puissances européennes, avait eu à souffrir du gouvernement de la Régence d’Alger, et notamment des actes de piraterie de ses marins. La crise couvait donc, et, des différends commerciaux ayant encore envenimé une situation déjà tendue, un incident diplomatique – le dey ayant souffleté le consul de France en audience publique, puis refusé de s’excuser – provoqua un conflit ouvert. Un corps expéditionnaire français fut envoyé en Afrique du Nord et s’empara d’Alger au début de juillet 1830.

Une peinture militaire

Peintre de marines et de scènes militaires renommé et apprécié, Théodore Gudin exécuta cette toile peu de temps après les événements. N’étant pas présent sur place, il s’aida de sa documentation personnelle et des témoignages de première main qu’il avait pu recueillir. La scène se situe sur les hauteurs d’Alger, avec à l’arrière, en contrebas, la rade depuis laquelle la flotte française bombarde la ville. Gudin résume ainsi les deux aspects du combat, Alger ayant été prise au terme d’opérations menées à la fois par terre et par mer. L’épisode purement illustratif du premier plan anime le paysage auquel le peintre a apporté tous ses soins (on remarquera, par exemple, le détail avec lequel est décrite la végétation, sur la droite). Des soldats français attaquent à la baïonnette un groupe d’autochtones, dont le costume apporte une touche de pittoresque ajoutant à l’exotisme de la végétation. C’est par le rendu réaliste des vêtements et des uniformes, ainsi que par celui du décor, réduit à une dimension presque symbolique, plus que par un réel compte rendu des événements ayant abouti à la prise d’Alger que passe ici la narration historique : l’anecdote ne se justifie en réalité que par une nécessité esthétique.

Ce type de peinture relativement conventionnel est pourtant plus complexe qu’il n’apparaît à première vue : il reprend en effet une tradition remontant au XVIIe siècle, où la représentation d’une bataille se singularise plus par l’exactitude de la topographie que par celle des événements eux-mêmes (les troupes sont souvent à l’arrière-plan, l’accent étant mis sur le commandement, avec en particulier la figure du roi, des princes ou des maréchaux). Cette tradition, toutefois, a été profondément renouvelée par les peintres de l’Empire, plus soucieux de représenter fidèlement les opérations militaires. A tout ceci s’ajoute une tendance générale à résumer l’histoire sous l’angle le plus anecdotique.

 

L’œuvre illustre en même temps un succès militaire extérieur qui conforta l’intransigeance du gouvernement ultra de Charles X dans sa politique intérieure, le roi et ses ministres pensant qu’il leur permettrait de mieux faire accepter le coup de force qu’ils préparaient avec les ordonnances – qui devaient en fait aboutir aux « Trois Glorieuses » et au renversement de la branche aînée des Bourbons. C’est à Louis-Philippe qu’allait revenir de décider de la suite des opérations. Il décida, assez vite, de ne pas s’en tenir seulement à Alger, mais de conquérir et de coloniser le pays tout entier, ce qui, à l’origine, était loin d’être évident.

Claire CONSTANS Musée national du château de Versailles. Les Peintures , 2 vol Paris, RMN, 1995.

Pierre GUIRAL Les Militaires à la conquête de l’Algérie 1830-1857 Paris, Critérion, 1992.

Jean MEYER Histoire de la France coloniale , tome 1, « La conquête » Paris, Pocket, 1996.

Benjamin STORA Histoire de l’Algérie coloniale Paris, La Découverte, 1991.

 

Pascal TORRÈS, « La prise d'Alger », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 12/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/prise-alger

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