Façade ouest de la cathédrale Saint-Gatien à Tours

Façade ouest de la cathédrale Saint-Gatien à Tours

Eglise Saint-Ouen à Rouen

Eglise Saint-Ouen à Rouen

Portail nord de la façade ouest, cathédrale Notre-Dame à Strasbourg.

Portail nord de la façade ouest, cathédrale Notre-Dame à Strasbourg.

Façade ouest de la cathédrale Saint-Gatien à Tours

Façade ouest de la cathédrale Saint-Gatien à Tours

Auteur : LE GRAY Gustave

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : 1851

Date représentée :

H. : 34,2

L. : 25,2

Négatif sur papier ciré sec

© Photo RMN - Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

http://www.photo.rmn.fr

01-017546 / DO1982-561

La genèse de la Mission héliographique de 1851

Date de publication : Décembre 2011

Auteur : Charlotte DENOËL

Née sous la Révolution française autour de l’abbé Grégoire et d’Alexandre Lenoir, la notion de monument historique s’impose dans le courant de la première moitié du XIXe siècle, avec la mise en place d’institutions publiques et privées destinées à sauvegarder le patrimoine national. Ces instances prennent rapidement conscience du rôle que peut tenir la photographie, inventée en 1839, dans les missions de reconnaissance des monuments historiques qui leur incombent.

En 1851, alors que la Société héliographique qui rassemble photographes et défenseurs du patrimoine vient de voir le jour, la Commission des monuments historiques décide, sous la houlette de Prosper Mérimée, de faire réaliser un inventaire photographique du patrimoine monumental français, dans le sillage du catalogue publié en 1818 par le baron Taylor et Charles Nodier, Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France. Ce sont les photographes Gustave Le Gray, Auguste Mestral, Hippolyte Bayard, Édouard Baldus et Henri Le Secq, tous membres de la Société héliographique, qui sont retenus pour mener cette mission à bien.

Une commande officielle

Officiellement chargés par le ministère de l’Intérieur de photographier 175 monuments sélectionnés en raison de leur caractère précieux et de leur intérêt historique, les cinq photographes doivent chacun couvrir une portion du territoire national. Gustave Le Gray et Auguste Mestral, qui ont décidé de voyager ensemble, élaborent un itinéraire commun qui regroupe leurs sites respectifs. De juillet à octobre 1851, ils sillonnent les routes des châteaux de la Loire jusqu’aux Pyrénées et réalisent une série d’épreuves dont la quantité – plus de 600 négatifs –, et la qualité témoignent du considérable travail accompli par le tandem. Ils rapportent ainsi plusieurs prises de vue de la cathédrale Saint-Gatien de Tours. L’une d’entre elles, une vue de la façade occidentale, reflète le double souci documentaire et esthétique qui les anime. Les photographes s’efforcent à la fois de documenter l’architecture et de la situer dans son environnement. Tandis que l’ombre et la lumière soulignent le moindre détail de la façade, le cadrage inscrit l’édifice dans la perspective de bâtiments qui accentuent encore sa monumentalité. À côté de la chambre photographique de grand format qui trône devant la cathédrale sont assis deux personnages, sans doute les photographes eux-mêmes. Leur épreuve se présente sous la forme d’un négatif sur papier ciré sec, procédé inventé par Le Gray et qui permet de préparer à l’avance des négatifs, à sec.

Hippolyte Bayard était pour sa part chargé des environs de Paris et de la Normandie, comme en témoigne une vue de l’église Saint-Ouen de Rouen. Dans cette épreuve sur papier salé, obtenue d’après un négatif verre à l’albumine suivant le procédé déposé par Talbot en 1841 et que Bayard maîtrisait à la perfection, l’église Saint-Ouen apparaît au milieu d’une vue d’ensemble de la ville. La position légèrement dominante et la perspective choisies par le photographe montrent qu’il s’intéresse avant tout à la silhouette des édifices et à leur place dans le paysage.

Dans un autre esprit, Henri Le Secq, qui a parcouru l’est de la France, photographie la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg dans son ensemble et dans le détail. Grâce à des jeux d’ombre et de lumière, ce cliché où le portail nord de l’édifice occupe la totalité de l’image dévoile toute la finesse et la richesse de ses sculptures.

Critères documentaires et esthétiques

Ces trois photographies montrent que leurs auteurs ont tenté de concilier les exigences documentaires de la mission avec leurs ambitions esthétiques. Ils ont exploité les procédés photographiques les plus aboutis de leur temps et traité leurs sujets avec une grande sensibilité, une grande précision et une perception fine de leur environnement. Surtout, ils ont brillamment montré l’apport considérable que la photographie pouvait faire à la vue d’architecture, un genre artistique dominé depuis des siècles par la gravure puis la lithographie.
Ce sont ainsi des centaines de clichés d’une grande valeur artistique que les cinq hommes remettent à la Commission des monuments historiques à l’automne 1851. Si les passionnés de photographie et la critique accueillent avec enthousiasme le fruit de leur travail et en louent les qualités techniques et esthétiques, la Commission refuse en revanche d’accorder à ces vues le statut d’œuvres d’art et de les publier. Elle les traite comme de simples documents destinés à alimenter l’œuvre d’inventaire et de restauration des monuments qu’elle mène. Pendant longtemps, ces photographies furent ainsi assimilées à des archives, et il fallut attendre les années 1980 pour que leur intérêt esthétique soit redécouvert et valorisé au travers de publications et d’expositions.

Pour en savoir plus sur la mission héliographique, allez sur le site Arago, le portail de la photographie

Françoise BERCÉ, Les Premiers Travaux de la Commission des monuments historiques, 1837-1848, procès-verbaux et relevés d’architectes, Paris, Picard, 1979.Sylvie AUBENAS (dir.), Gustave Le Gray, 1820-1884, catalogue de l’exposition organisée par la B.N.F., 19 mars-6 juin 2002, Paris, B.N.F.-Gallimard, 2002.Anne CARREZ, « La Commission des monuments historiques de 1848 à 1852 », in Histoire de l’Art n° 47, novembre 2000.Jean-Michel LENIAUD, Les Archipels du passé : le patrimoine et son histoire, Paris, Fayard, 2002.Anne de MONDENARD, La Mission héliographique.Cinq photographes parcourent la France en 1851, Paris, Éditions du patrimoine, 2002.Pierre NORA (dir.), Les Lieux de mémoire. La nation. Le territoire. L’Etat. Le patrimoine, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 3 vol., 1986.

Charlotte DENOËL, « La genèse de la Mission héliographique de 1851 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 12/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/genese-mission-heliographique-1851

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