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La Girafe, visitée par les sauvages indiens au jardin du roi à Paris

La Girafe, visitée par les sauvages indiens au jardin du roi à Paris

Date de création : 1827-1830

H. : 30,5 cm

L. : 39,1 cm

Graveur : Garson.

Imprimeur : Tautin, Paris.

Gravure sur bois au pochoir.

Domaine : Estampes-Gravures

© MuCEM, Dist. RMN-Grand Palais / image MuCEM

Lien vers l'image

1995.14.90 - 07-526688

  • La Girafe, visitée par les sauvages indiens au jardin du roi à Paris

La girafe Zarafa

Date de publication : Novembre 2023

Auteur : Lucie NICCOLI

Les attractions au Jardin du Roi à l’été 1827 : la première girafe de France et une délégation Osage

En juin 1827, la ménagerie du Jardin des Plantes, redevenu « jardin du Roi » lors de la Restauration, accueille un nouvel hôte remarquable : la première girafe vivante à fouler le sol français. A posteriori, elle prit le nom de Zarafa. Offerte par le pacha d’Égypte Méhémet Ali au roi Charles X, elle part d’Alexandrie, accoste à Marseille et arrive à Paris le 30 juin 1827, au terme d’une procession triomphale à travers la France. Présentée à Charles X au château de Saint-Cloud, elle est ensuite logée dans la rotonde du jardin des Plantes avec les autres grands herbivores (éléphants, chameaux). Elle en devient pendant près de trois ans la principale attraction, suscitant une véritable girafomania : production de dessins, littérature, ustensiles, vaisselle, coiffures, etc. Pour le seul été 1827, elle attire environ 600 000 visiteurs, une manne qui permet au Muséum de construire de nouveaux bâtiments.

Parallèlement, six représentants de la tribu amérindienne des Osages – quatre hommes et deux femmes – entreprennent en juillet 1827 de découvrir la France, pays colon avec lequel ils commerçaient jusqu’à la cession de la Louisiane à l’Angleterre et à l’Espagne lors du traité de Paris, en 1763, puis la vente de la dernière portion de ce territoire aux États-Unis par Bonaparte, en 1803. Partis du Missouri, ils débarquent au Havre, arrivent à Paris le 13 août et sont reçus par Charles X. Puis ils poursuivent leur visite en Europe, suscitant également un engouement considérable, auquel la presse fait écho. En 1827 ou 1828, le graveur Garson rend compte de ces deux évènements dans un canard imprimé chez Tautin – feuille relatant des faits divers ou sensationnels, destinée à un public populaire et vendue à la criée. Intitulé La giraffe visitée par les sauvages indiens au jardin du roi à Paris, il illustre la rencontre, fictive ou réelle, de ces deux attractions exceptionnelles.

Un art populaire pour un public avide d’exotisme

Le titre de la page met en valeur, en gros caractères, la giraffe, désignée comme le clou du spectacle. En effet, l’animal au long cou occupe, accompagné de son gardien Atir, les deux tiers de l’image, ne laissant qu’un petit tiers aux six sauvages indiens qui avancent à sa rencontre. Le graphisme de cette gravure sur bois, œuvre d’un artiste sans formation académique, est fruste et son coloriage au pochoir, limité à quatre couleurs, approximatif. La couleur rouge-orangé, attribuée à la girafe, l’est aussi à la carnation des Indiens, dont les Européens qualifiaient déjà la peau de rouge. Le décor est sommaire : la végétation du jardin des Plantes est résumée par deux palmiers et quelques plantes vertes, les bâtiments de la ménagerie, par un pan de mur et une fraction de grillage. Les personnages sont peu individualisés, leur costume et leur visage peu détaillés. Par ailleurs, le décor et les personnages, représentés soit de face, soit de profil, se situent sur le même plan, à l’exception de quelques reliefs derrière la girafe.

Comme il est d’usage dans les canards, l’image est accompagnée de textes : à gauche, une chanson composée sur un air de vaudeville exprimant les Adieux de la Giraffe à son pays natal ; à droite, des Détails sur les sauvages, extraits remaniés d’un petit livre édité la même année, intitulé Six Indiens rouges de la tribu des grands Osages. La complainte de la girafe, triste d’avoir quitté son pays, mais fière de se présenter au peuple et au roi de France, l’humanise, tandis que les Détails sur les sauvages fournissent des informations très précises sur le peuple Osage, signe d’un intérêt ethnographique sincère, et vantent au public le spectacle de ces Indiens que tout Paris voudra voir. Ils mêlent remarques péjoratives sur leurs mœurs (grossières cabanes) et admiratives sur leur physique (très-beaux hommes, très-beaux cheveux), donnant l’image de spécimens beaux mais peu civilisés.

Parcs zoologiques et exhibition d’êtres humains au XIXe siècle

Cette gravure présentant dans le même jardin exotique un animal venu de loin et les représentants d’un peuple lointain perçu comme sauvage, soit proche de l’animalité, rappelle la pratique de l’exhibition d’êtres humains extra-européens dans les premiers parcs zoologiques, au début du XIXe siècle. Jusqu’alors réservée aux cours aristocratiques, elle devient un divertissement populaire. Le phénomène prend de l’ampleur dans la seconde moitié du XIXe siècle, avec la colonisation de l’Afrique et de l’Asie par les Européens. Les richesses de ces territoires attirent les foules lors des expositions coloniales et universelles, et des individus de diverses ethnies sont exhibés dans des villages reconstitués. Au Jardin d’acclimatation de Paris, Albert Geoffroy Saint-Hilaire, petit-fils d’Etienne – premier directeur de la ménagerie, qui avait été choisi pour escorter la girafe – inaugura en 1877 les expositions ethnographiques en donnant à voir, à côté d’animaux venus d’Afrique de l’Est, quatorze chasseurs nubiens. Contrairement au triste précédent que constitua, de 1810 à 1815, l’exhibition dégradante de la Vénus hottentote, Saartjie Baartman, une esclave née en Afrique du Sud et emmenée par son maître faire une tournée en Europe, la délégation Osage était venu de son plein gré en France, désireuse de suivre les traces d’un ancêtre reçu par Louis XV en 1725.

Cependant, les Indiens, accompagnés dans leur périple par David Delaunay, un Français espérant en tirer profit, ne tardèrent pas à passer du statut d’hôtes de marque à celui d’attraction de foire. L’escroc finit d’ailleurs par les abandonner et ils errèrent sur les routes d’Europe, ne sachant pas comment rentrer en Amérique ; la moitié finit par y parvenir, grâce à l’aide de l’évêque de Montauban, tandis que leurs compagnons moururent en chemin. La girafe, en revanche, finit sa vie paisiblement à la ménagerie, où elle vécut dix-huit ans.

Jean-Pierre SEGUIN, Un grand imagier parisien : Garson ainé. Son œuvre et notes sur les canards et canardiers parisiens de la première moitié du XIXe siècle, dans Arts et traditions populaires, n° 2 (avril-juin 1954), pp. 97-146.

Olivier LEBLEU, Les avatars de Zarafa, première girafe de France. Chronique d’une girafomania (1826-1845), Arléa, Paris, 2006.

Gabriel DARDAUD, Olivier LEBLEU (présenté et annoté par), Une girafe pour le roi. La véritable histoire de Zarafa, la première girafe de France, Dumerchez-Naoum, 1995 / Elytis éditions, Bordeaux, 2007.

Philippe BRASSART, Le Voyage chez les yeux-pâles, Michel Lafon, Paris, 2015.

Lucie NICCOLI, « La girafe Zarafa », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01/03/2024. URL : histoire-image.org/etudes/girafe-zarafa

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