Classe de filles. Ecole d'Hellemmes (Nord).

Classe de filles. Ecole d'Hellemmes (Nord).

Classe de garçons. Ecole d'Hellemmes (Nord).

Classe de garçons. Ecole d'Hellemmes (Nord).

Classe de filles. Ecole d'Hellemmes (Nord).

Classe de filles. Ecole d'Hellemmes (Nord).

Date représentée :

H. : 17

L. : 22,5

photographie

© Archives départementales du Nord

31 Fi 195, fonds Marchand

Le développement des écoles primaires à la fin du XIXe siècle

Date de publication : Février 2009

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS et Marine VASSEUR

Le développement des écoles primaires à la fin du XIXe siècle

Le développement des écoles primaires à la fin du XIXe siècle

Progrès de la scolarisation

Le progrès de la scolarisation, tendance générale en Europe de l’Ouest au XIXe siècle, se développe d’abord avec la loi Guizot[1] (1833), puis avec la loi Duruy [2]. Mais l’école publique, gratuite et obligatoire telle que définie par la loi Ferry (16 juin 1881) et par celle du 28 mars 1882, constitue un phénomène assez tardif en France et il y revêt une importance particulière, pour deux raisons. D’une part, l’Ecole, qui est aussi laïque, lutte contre l’influence de l’Eglise catholique. D’autre part, au nom de l’idée courante à l’époque que c’est le maître d’école prussien qui a vaincu à Sedan, elle doit préparer les futurs citoyens, désormais tous électeurs, et tout autant les futurs soldats.

De gros efforts sont entrepris pour la construction et l’aménagement de bâtiments permettant un véritable enseignement. L’école telle que nous la connaissons aujourd’hui, avec un logement distinct pour l’instituteur, une salle autonome pour le conseil municipal et de grandes classes largement éclairées, date de la IIIe République. Dans le paysage rural, le bâtiment école-mairie s’oppose dès lors directement et de façon visible à l’église paroissiale.

Des lieux d’apprentissage séparés

Ces photographies prises à l’école primaire d’Hellemmes, dans la banlieue de Lille (Nord) à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle montrent des classes séparées de filles et de garçons car la mixité n’existe pas. Spacieux et confortables, ces locaux neufs, clairs et aérés répondent aux règles prescrites par la loi du 17 juin 1880 : hauteur de 5 m sous plafond (sans colonnes métalliques de soutènement), trois rangées de tables par classe (avec un couloir de 50 cm entre chaque rangée), de façon à ce que chaque élève dispose d’au moins 1,25 mètres carrés et 6,25 mètres cubes. Les bancs-tables biplaces sont adaptés à la taille des élèves. Les armatures de ceux des garçons semblent en fonte[3].
La lumière vient de gauche comme de droite pour répondre aux normes des hygiénistes, qui pensaient lutter ainsi contre les scolioses et les myopies. Plusieurs lampes pendent du plafond car la classe bénéficie aussi d’un éclairage au gaz[4]. La hauteur des allèges sous les fenêtres ne semble pas supérieure à 1,20 m, par suite des thèses des « psychologues » de l’époque qui pensaient préférable que les élèves satisfassent sur-le-champ leur curiosité en voyant ce qui se passait à l’extérieur, plutôt que de continuer à s’interroger sur ce qu’ils ne pouvaient qu’imaginer. Cette loi fixe pour la première fois le nombre maximum d’élèves à 40 par classe dans une école à plusieurs classes, et à 50 dans le cas d'une classe unique.
Dans Classe de filles, les élèves portent toutes la blouse, uniforme qui joue un rôle égalitaire. Les écoles de filles se créent très progressivement, car elles ne peuvent être tenues que par un personnel féminin. L’institutrice, ici au fond de la classe où trône un grand poêle rond, prépare un nouvel exercice ; une autre circule dans les rangs. Les coiffures des petites filles dégagent le front, et les cheveux des garçons sont coupés très court pour des raisons d’hygiène.
La leçon d’écriture suscite la même application dans cette Classe de garçons. Sur le mur du fond sont affichées de grandes planches d’anatomie, de botanique et de zoologie, qui manifestent l’orientation scientifique recherchée pour la formation des esprits. Dans une armoire-bibliothèque classique[5] sont soigneusement rangés les manuels et le nécessaire métrique.
L’instituteur se trouve sur la gauche. Le deuxième personnage, au fond de la classe, pourrait être l’inspecteur primaire[6]. Vêtu d’une jaquette et d'un gilet orné d’une chaîne de montre, il porte un collier de barbe[7].

L’enseignement pour tous

Sous l’impulsion de Jules Ferry puis de la loi Goblet en 1886, l’enseignement primaire organise ses méthodes pédagogiques. Des instructions fixent des programmes, les manuels illustrés apparaissent, et les livres de lecture sont largement diffusés. Lire, écrire, compter restent les bases de cet enseignement élémentaire et continuent à être assimilés par répétition. Le cahier[8] apparaît dans la seconde moitié du XIXe siècle. L’écriture demeure un art qui s’apprend, car une écriture de qualité est encore considérée à l’époque comme l’expression de la valeur morale et professionnelle [9].
Après 1880, l’enseignement devient enfin efficace. Il le doit à des conditions matérielles transformées, à une réelle organisation pédagogique et à une véritable révolution des méthodes. L’école primaire peut alors dépasser les rudiments : dictée, problèmes sur le système métrique, résumés d’histoire et de géographie, notions de sciences à travers les leçons de choses.
La leçon de couture revêt une importance considérable à l’école primaire, car l’époque souhaite initier les filles à leur « vocation » de ménagère et de mère, considérée comme essentielle. Le choix de cette activité pour la photo trahit la méfiance persistante du pouvoir vis-à-vis des femmes, de leur éducation, de leurs éventuelles revendications en matière de droit de vote.

Antoine PROST L’Enseignement en France 1800-1967 Paris, Armand Colin, coll. « U », 1968.

Pierre ALBERTINI L’Ecole en France XIXe-XXe siècles Carré Histoire, Hachette Supérieur, 1995.

Albert DEVEYER La Flandre d’autrefois Lille, éditions La Voix du Nord, 1995.

Collectif Mille ans d’école. De Charlemagne à Claude Allègre Les collections de L’Histoire , hors-série n° 6, octobre 1999.

Mona OZOUF L’Ecole, l’Eglise, la République Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1992.

Collectif Ecole et écoliers dans le Nord au XIXe siècle , catalogue d’exposition rédigé par P. Marchand en 1982. Remanié en 1992 par M.Dumont et C. Wallart.

Luce-Marie ALBIGÈS et Marine VASSEUR, « Le développement des écoles primaires à la fin du XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/developpement-ecoles-primaires-fin-xixe-siecle

Anonyme (non vérifié)

Belle analyse d'images, mais il est faux de dire que la mixité "n'existe" pas, car dans les villages où il n'y a qu'une classe du fait du nombre insuffisant d'élèves, la classe est mixte. C'est le cas de mon village, Vulaines/Seine en Seine et Marne. Cela pose d'ailleurs le problème de l'enseignement de la couture, qui dans mon cas, est fait par la femme de l'instituteur.

dim 28/04/2013 - 15:39 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Je travaille sur les rapports d'inspection de toute ma famille d'instituteurs depuis 1883 . La règle veut que les rapports débutent par un état des lieux : lumière, taille de la classe, meubles, poussière ou non sur les meubles, propreté des lieux et des élèves, état et propreté de la cour et surtout des WC s'ils existent...Ces considérations détaillées s'adressent au maître mais sans doute aussi au maire de la commune. Certains enseignants se voient aussi reprocher de ne pas avoir ouvert la fenêtre à la récréation.

dim 23/09/2018 - 10:24 Permalien

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