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La France reconstruit

La France reconstruit

Depuis un an ça va déjà mieux - Retroussons nos manches ça ira encore mieux !

Depuis un an ça va déjà mieux - Retroussons nos manches ça ira encore mieux !

La France reconstruit

La France reconstruit

Date de création : Après 1945

H. : 101 cm

L. : 66 cm

Domaine : Affiches

Domaine Public © CC0 Collections La Contemporaine, Nanterre

Lien vers l'image

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  • La France reconstruit

Retrousser les manches

Date de publication : mai 2023

Auteur : Alexandre SUMPF

Tabula rasa

En juin 1946, la France s’efforce de tourner la page de la guerre. Le sous-secrétariat d’État à l’Information auprès du président du Conseil (Georges Bidault (1)), dirigé par Robert Béchet lance une campagne autour de l’effort de reconstruction avec sa série de « communiqués graphiques » titrés La France reconstruit. De son côté, le parti communiste français dirigé par un Maurice Thorez (2) rentré de son exil moscovite appelle les travailleurs à « retrousser [leurs] manches » pour que ça aille « encore mieux ». L’enjeu est titanesque : 22% des bombes larguées pendant le conflit l’ont été sur le sol français, des villes entières comme Brest, Lorient, Le Havre, Caen ou Saint Lô ont été rayées de la carte en 1944. Près de deux millions de logements manquent à l’appel, 700 000 familles se trouvent à la rue. En outre, la démobilisation et le retour des prisonniers de guerre dans une situation économique fragile engendre un chômage de masse. Le P.C.F., alors au gouvernement, s’engage dans cette bataille au nom de l’intérêt national, mais aussi pour plaider des nationalisations et étendre sa base électorale.

La France, c’est du béton !

Sur un format vertical, La France reconstruit entend faire la démonstration à la population que le pays se relève de ses ruines. Sur un fond imitant un mur de briques orangées, autour du titre en larges lettres grises ombrées, le public peut s’en convaincre au moyen de cinq petits clichés carrés et un grand, tous en noir et blanc. Dans ces cadres faisant figure de fenêtres, on le mène à Orléans (deux fois), à Espenel dans le Vercors, à Évreux et à Sully-sur-Loire. La plus grande photo reste anonyme, comme pour mieux souligner que tout le territoire est concerné. Tout ? Surtout le quart nord-ouest, vaste champ de bataille, et le Vercors avec son maquis laminé et ses villages ravagés. On construit une maison individuelle, et surtout des immeubles collectifs – les derniers du genre avant l’avènement des grands ensembles quelques années plus tard. Mis à part deux grues sur le grand cliché, les chantiers apparaissent peu mécanisés et les ouvriers en nombre réduit. Sur fond blanc, en lettres majuscules noires, le gouvernement assène son message : on reconstruit partout, 425 000 familles ont déjà été relogées, mais ce n’est qu’un début. Profitons de cet immense chantier pour « donner à tous les Français des habitations saines et confortables ».

À côté de cette communication officielle un peu terne, sans doute rassurante, le parti communiste adopte une démarche à la fois plus vivante et didactique. L’affiche Retroussons nos manches, ça ira encore mieux ! joue de l’horizontalité pour appuyer l’idée d’un progrès visible dans le temps – les 14 diagrammes illustrant l’effort dans 14 domaines clefs rappellent le nombre de mois écoulés depuis la Libération. Sur fond blanc, le slogan alterne lettres capitales en bleu (« Depuis un an… retroussons nos manches ») et lettres cursives en rouge (« ça va déjà mieux… ça ira encore mieux ! »). La référence évidente au drapeau tricolore se double d’un subtil usage de la couleur du communisme et de son parti qui, lui, déclare quand ça va et comment ça va aller pour le peuple travailleur. Ce dernier figure au centre de l’image, iconique. De face, jambes solides écartées, un ouvrier dans la force de l’âge fixe le spectateur en souriant et en retroussant ses manches sur ses bras musclés. Il respire l’assurance de celui qui fait et qui sait.

Quand le bâtiment va, tout va ?

Pour la plupart d’entre eux, les Français n’ont sans doute pas prêté attention au détail de la démonstration proposée par le P.C.F. chiffres à l’appui. Sans doute ont-ils été plus marqués par la reprise de cette silhouette d’ouvrier dans des affiches ayant pris pour décor des usines et des chantiers. La situation apparaît très contrastée entre des voies de communication finalement peu touchées et une industrie sidérurgique ruinée. L’accent a été manifestement placé sur les combustibles – charbon, électricité –, l ’aluminium et les péniches. Le fer, le papier et les locomotives demeurent en grave pénurie. Retrousser ses manches, certes, mais pour quel résultat au quotidien ? Tout à sa logique productiviste ouvriériste, et avide de démontrer qu’il est un parti de gouvernement, le P.C.F. néglige la vie quotidienne des Français : pas une statistique sur l’industrie agro-alimentaire, le textile ou le bâtiment. La situation s’améliore donc dans l’ensemble, mais la campagne sur la reconstruction des logements montre que dans le détail, beaucoup laisse à désirer. Certes, la Normandie bâtit à tout va, des immeubles sortent de terre, mais les retours de prisonniers et déportés, les immigrants d’Europe orientale et le baby-boom aggravent la crise du logement. Symboles des années d’après-guerre, baraques et bidonvilles s’imposent dans le paysage français.

Evelyne DESBOIS, Yves JEANNEAU, Bruno MATTÉI, La foi des charbonniers : Les mineurs dans la Bataille du charbon 1945-1947, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1986.

Sabine Efosse, L’invention du logement aidé en France. L’immobilier au temps des Trente Glorieuses, INGPDE, Paris, 2003.

Dominique Lejeune, La France des Trente Glorieuses, 1945-1970, Armand Colin, Paris, 2015.

1 - Georges Bidault (1899-1983) : Résistant, il devient le rédacteur en chef de Combat fondé par Henry Fresnay. Il travaille avec Jean Moulin et participe au Conseil national de la Résistance (C.N.R.). Il est membre du Gouvernement provisoire en 1944 et président du Conseil d'octobre 1949 à juin 1950.

2 - Maurice Thorez (1900-1964) : membre du parti communiste dès les années 1920, il dirige le Parti Communiste (P.C.) en 1927, il est membre du comité exécutif de l'Internationale communiste. En 1939, il déserte l'armée française et part en U.R.S.S où il passera la Seconde guerre mondiale. Il revient en France en 1944 et reprend la direction du P.C., député en 1945, il entre au gouvernement de  1945 à 1947.

Alexandre SUMPF, « Retrousser les manches », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 17/06/2024. URL : histoire-image.org/etudes/retrousser-manches

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