Plan d'assemblage des vingt planches du plan en perspective de la ville de Paris

Plan d'assemblage des vingt planches du plan en perspective de la ville de Paris

Auteur : LUCAS Claude

Lieu de conservation : musée du Louvre (Paris)
site web

Date de création : vers 1734-1739

H. : 64 cm

L. : 84,5 cm

eau-forte, burin

© RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / droits réservés

lien vers l'image

12-566415 / 3731 C/ Recto

Le plan de Turgot

Date de publication : Décembre 2016

Auteur : Stéphane BLOND

Une commande de prestige

Réalisé au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, le plan de Paris dit « Plan de Turgot » doit son nom à Michel-Étienne Turgot (1690-1751), père du futur Contrôleur général des finances de Louis XVI. Nommé prévôt des marchands de la ville de Paris par Louis XV le 14 juillet 1729, Turgot ordonne cinq ans plus tard la réalisation d’un plan grand format de la capitale. Sur la vue générale de celui-ci, un cartouche surmonté d’une allégorie de la Ville de Paris comprend une dédicace qui mentionne le nom du commanditaire principal, plus celui de quatre échevins (Million, Le Fort, Fauconnet de Vildé et Josset), de l’avocat de la ville (Moriau), du greffier en chef (Taitbout) et du receveur (Boucot). Enfin, une mention précise que la gravure est achevée en 1739.

Le travail de terrain est réalisé entre 1734 et 1736 par le géographe Louis Bretez, membre de l’Académie de Saint-Luc. Celui-ci possède un laissez-passer lui permettant d’accéder à tous les recoins de la ville, afin de ne rien omettre dans sa représentation. Afin de diffuser ce travail, une gravure est opérée par Antoine Coquart et poursuivie par Claude Lucas, membre de l’Académie royale de peinture. Les toponymes qui indiquent les rues et les principaux édifices sont réalisés par le dénommé Aubin.

Au total, le plan est distribué sur vingt-et-une plaques de cuivre conservées dans le fonds de la Chalcographie du musée du Louvre. Vingt planches forment le plan proprement dit et la dernière correspond à un tableau d’assemblage, avec un Avertissement rédigé par Lucas : « On a cru devoir, pour en faciliter l’usage faire graver cette vingt-et-unième planche dans laquelle ce plan est réduit en petit suivant le même trait de la perspective qu’on a observée dans le grand. » Dès 1738, le bureau de la ville de Paris passe un contrat avec l’imprimeur Pierre Thévenard pour la diffusion des planches sous deux formes : des feuilles reliées dans un volume in-folio en maroquin rouge ou vert, ou des feuilles assemblées et collées pour former un plan de grande taille vendu en rouleau.

La capitale vue à vol d’oiseau

D’abord dessinées au crayon par Louis Bretez, les planches sont mises au net à l’encre de Chine, puis copiées au burin par les graveurs, en vue d’une impression sur papier « Grand Aigle ». Les quatre premières planches (rang en haut du plan assemblé) mesurent 48 centimètres sur 80, contre 40 centimètres sur 80 pour les autres planches. L’échelle est d’environ 1/400e, un rapport qui permet une analyse très fine des différents quartiers de la capitale. Cette œuvre connaît un grand succès, en lien notamment avec le contexte de « cartomanie » du XVIIIe siècle. Par son coût et sa représentation résolument artistique, comme l’observe Jean-Yves Sarazin, ce plan s’adresse à un petit nombre de lecteurs, « le plan de Paris commandé par Turgot montre une ville d’exception pour des gens d’exception ». L’orientation choisie reprend le modèle des plus anciens plans de la capitale, car le nord se trouve sur la gauche du plan qui est coupé par la Seine de haut en bas. Le cartographe rompt donc avec la convention introduite à la fin du XVIIe siècle, lorsque la méridienne de Paris sert de point de référence pour les cartographes français.

D’autres partis pris sont adoptés par le cartographe qui cherche à produire une œuvre esthétique plus que géométrique, même s’il est l’auteur d’un traité savant publié en 1706 sous le titre La perspective practique de l’architecture. L’angle de vue adopté est zénital, en contre-plongée depuis l’angle en bas à gauche (axe nord-ouest/sud-est). Les rues sont démesurément élargies, afin d’observer l’élévation des façades et d’embrasser la diversité de la ville. Cette approche est justifiée dans la dédicace : « On s’est proposé en faisant graver ce Plan de la Ville de Paris, de faire voir d’un seul coup d’œil, tous les édifices, et toutes les Rues qu’elle renferme, ce qui ne pouvait s’exécuter qu’en prenant quelques licences, que les Règles austères de la Géométrie, et de la Perspective condamnent ; mais sans ces licences, on aurait perdu une partie des Objets les plus intéressants, qui se seraient trouvés cachés par d’autres, ou entièrement défigurés. »

Les embellissements de la ville des Lumières

Réaliser un plan constitue une marque identitaire par les édiles parisiens. Le prévôt des marchands Turgot s’inscrit donc dans la lignée de ses prédécesseurs, comme Étienne de Montmirail qui commande le plan dit de la Gouache au milieu du XVIe siècle. En 1737, il ordonne également l’achat par la municipalité le plan dit de la « Tapisserie » réalisé un siècle et demi auparavant, confirmant ainsi son attachement aux représentations urbaines. Ainsi, le plan de Turgot constitue une source de premier choix pour la connaissance de la capitale au cours des années 1730, avant les grands travaux de la suite du siècle, comme la démolition des maisons des ponts sur la Seine ou le transfert du cimetière des Saints-Innocents. Cet état des lieux repose toutefois sur une vue figée et idéalisée de la ville qui est dépourvue d’animations ou de chantiers, pourtant nombreux à la même période.

Ce plan fait la part belle aux monuments emblématiques de la capitale où le patronage de la monarchie est omniprésent. Sur chaque planche, le regard se focalise sur les édifices majeurs, pour représenter les embellissements entrepris par la municipalité, comme la construction de nouveaux quais ou l’éclairage des rues. Ainsi, la planche 6 figure notamment le Petit et le Grand Arsenal, la forteresse de la Bastille et la place des Vosges. La planche 11 comprend la cathédrale Notre-Dame, le palais du parlement, la place Dauphine, le pont Neuf et le palais du Luxembourg. La planche 16 représente les nombreux hôtels particuliers de la rive gauche, comme ceux de la rue de Varenne qui s’achève sur les Invalides édifiés sur l’ordre de Louis XIV, à la limite entre l’espace bâti et le monde rural. La planche 19 évoque l’extension de l’urbanisation vers l’ouest, avec les hôtels particuliers de la rue du faubourg Saint-Honoré, comme l’hôtel d’Évreux (futur palais de l’Élysée). Si la place Vendôme est repérable, la place de la Concorde n’est pas encore tracée, même si la perspective de l’avenue des Tuileries est déjà ouverte (future avenue des Champs Élysées).

BOUTIER Jean, Les plans de Paris : des origines (1493) à la fin du XVIIIe siècle. Étude, carto-bibliographie et catalogue collectif, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2002.

CHAGNIOT Jean, Nouvelle histoire de Paris. VIII : Paris au XVIIIe siècle, Paris, Association pour la publication d’une histoire de Paris, 1988.

FIERRO Alfred, SARAZIN Jean-Yves, Le Paris des Lumières d’après le plan de Turgot (1734-1739), cat. exp. (Paris, 2005-2006), Paris, Réunion des musées nationaux, 2005.

LAVEDAN Pierre, Nouvelle histoire de Paris. XV : Histoire de l’urbanisme à Paris, Paris, Association pour la publication d’une histoire de Paris, 1993.

LE MOËL Michel (dir.), Paris à vol d’oiseau, cat. exp. (Paris, 1995), Paris, délégation à l’Action artistique de la ville de Paris, coll. « Paris et son patrimoine », 1995.

PINON Pierre, Les plans de Paris : histoire d’une capitale, Paris, Atelier parisien d’urbanisme / Bibliothèque nationale de France / Le Passage / Paris Bibliothèques, 2004.

Stéphane BLOND, « Le plan de Turgot », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/plan-turgot

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